La presse n’a pas manqué de relayer l’ouverture de l’exposition que la galerie du Jeu de Paume à Paris consacre à l’artiste et dissident chinois Ai Weiwei (prononcer Aïe Ouéoué). A ce titre le quotidien Libération lui a ouvert les pages du numéro du 21 février (lire l’interview réalisée par Philippe Grangereau ici)L’artiste qui jongle avec la polysémie et la prononciation des mots a offert aux lecteurs de Libé une photo sur une double page. On y voit des crabes, uniquement des crabes, rouges et gris foncé. “Un joli panier de crabes” qualifié par Nicolas Demorand dans son édito…

…La légende de cette photo est capitale pour en comprendre l’ironie et le sens : “en chinois crabe de rivière se dit “hexie” c’est le mot vulgaire pour dire “censure” car sa prononciation est la même que celle du mot “harmonie”. Or le gouvernement chinois invoque depuis 2004 la nécessité d’une “société harmonieuse” (“hexie shehui”) pour justifier la censure qu’il impose. Par dérision les internautes ont adopté cet euphémisme.”

Il est bon de noter cette expo dans ses tablettes. Peut-être sera-t-il plus malin (ou pas…?) d’éviter la foule du premier week-end et des premiers jours. Toutes les infos pratiques sont sur le site du Jeu de Paume.

Toujours en parcourant les pages de Libé, trois jours plus tard, un autre papier agit comme une caisse de résonance à l’interview de Ai Weiwei. Dans une tribune intitulée “La culture, bien de très haute nécessité”, Nicolas Roméas et Valérie de Saint-Do, revendiquent “l’art et la culture comme outils d’intelligibilité au monde et d’invention du futur, armes de l’imaginaire face à la tyrannie d’une réalité qui ne souffrirait aucune alternative. Dans ce combat pour un autre monde, les outils du rêve, de l’affect sont aussi nécessaires que ceux de la raison et du militantisme politique” (in Libération, 24/02/2012, pp. Débat). Un peu à l’image de Ai Weiwei qui lutte avec ses armes contre cette “tyrannie d’une réalité qui ne souffrirait aucune alternative”. Et d’éviter ainsi de tomber dans le panier de crabes.

Alors qu’il sillonne l’Indonésie en juillet 2011, Jérémie Marais (touriste français et grand ami de ce blog) croise le chemin de Ricky, 24 ans. Photographe de concerts (entre autres) et francophile en plus… Jérémie a écrit un texte, sorte de carte postale virtuelle, pour nous présenter Ricky. Grâce à cette carte postale virtuelle, je découvre l’existence du Serigala Syndicate* qui promeut en France les modes de Bandung. J’apprends, au passage, que l’on ne porte pas de nom de famille à Java… 

Photosmatons, je vous présente Ricky, Ricky Arnold Yuniarto en entier, sans nom de famille car il est Javanais. Il a 24 ans, est photojournaliste à Provoke ! Magazine, un canard musical. Passionné, des projets plein la tête et francophile en plus. Je l’ai rencontré sur les pentes du volcan Tangkuban Prahu, à 30 km au nord de Bandung (où il vit), en compagnie d’une famille française.

Il s’intéresse principalement à la musique, mais aussi à d’autres choses comme le tourisme (il est parfois guide touristique) et les problèmes sociaux. Il prend des photos de concerts, entre autres. “Mon meilleur souvenir de photojournaliste, c’est ma première photo, de Risa Saraswati, une chanteuse d’un groupe indie que j’adore. Aujourd’hui je travaille pour elle aussi, j’ai fait la couverture de son album et je suis le photographe officiel de son groupe qui s’appelle Sarasvati. Quel destin hein ?”. Il gagne 1,7 million de rupiahs par mois (environ 150 euros), et 100 000 à 150 000 rupiahs par photo quand il pige pour d’autres médias.

“Quand j’ai envie de voir quelqu’un, je m’intéresse à comment il ou elle vit, à sa famille, etc, m’a expliqué Ricky quand je le questionnais sur ses débuts dans la photo. Je considère ce désir comme un désir de photographe. Je dirais que mon premier contact avec la photo date de mon enfance, j’aimais bien dormir chez mes amis (même encore aujourd’hui), et je prenais leur portrait sans appareil, dans ma mémoire. Depuis l’âge de 19 ans, j’étudie la photographie dans un club à l’Université de Padjadjaran qui s’appelle Parasastra.”

Sa priorité cette année est d’être diplômé en français, après six ans d’étude. Il prévoit aussi de faire la couverture du deuxième album de Sarasvati ET celle d’un autre groupe, Deugalih & Folks, ET de monter une expo solo… Il a déjà participé à une expo de photos de concerts, Stand Your Ground, en collaboration avec Demajors, un label de Jakarta.

Ricky ne manque donc pas d’idées, ni de projets et conclue en souriant : “j’espère que je pourrai faire tout ce que j’ai mentionné, c’est beaucoup hein ?”

Jérémie Marais.

Serigala veut dire loup. “Nous avons voulu représenter la jeunesse par l’image d’un animal nocturne et communautaire”, précise Ricky / Tous les photos sont ©RickyArnold

Pour voir le portrait de Ricky, cliquez sur more…

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“On aimerait s’asseoir dans tes photos et rester là”.

Peu importe qui a prononcé cette phrase, un jour, en voyant les photos de Stéphanie Foäche. Ce qui compte, me semble-t-il, c’est que dans le fond ce commentaire suffit. Une économie de mots pour définir la sensation que j’ai éprouvée devant les photos de Stéphanie Foäche, par ailleurs photographe amateur. Elle a fait beaucoup de plongée sous-marine et finalement c’est aussi une source d’inspiration. Ses photos pourraient être prises ici ou ailleurs. En fait, il s’agit beaucoup de la Turquie où la photographe a vécu un temps. Les paysages sont de nulle part, calmes et sereins, suspendus dans un espace/temps différent. L’humanité (présente par traces ici et là) s’efface. Comme pour en attester, Stéphanie explique que “les portraits ne [l]‘intéressent pas”. Est-ce de cette absence que née l’envie de rester dans les environnement dessinés par l’oeil de Stéphanie ? A méditer…

Vers la mer noire, Turquie ©Stéphanie Foäche

Le refuge d'Harran, Turquie ©Stéphanie Foäche

Sur le départ, Turquie ©Stéphanie Foäche

Cabanon lointain, Bulgarie ©Stéphanie Foäche

Iskele du Bosphore, Turquie ©Stéphanie Foäche

Légendes : Stéphanie Foäche.

Une nouvelle publication a rejoint les étagères de mon kiosque personnel : Zmâla l’oeil curieux. Parce que le monde, celui qui nous entoure ou celui qui nous dépasse, n’est pas toujours celui que l’on nous montre ou celui que nous voulons voir. Le titre de ce magazine est une invitation (peut-être même un manifeste) : Ayons l’oeil curieux… Présentation du passeport de ce beau bébé (qui a déjà trois ans) grâce à Carole Coen, traductrice, rédactrice et secrétaire de rédaction, qui répond aux questions de Photosmatons. 

© Paolo del Aguila Sajami et Stéphane Moiroux/Hans Lucas

Nom : Zmâla, l’oeil curieux/Zmâla, a curious eye.

Date de naissance : 2009. Le #3 est sorti en septembre dernier.

Filiation : Avant cette date, la publication était un annuaire appelé Collectifs, lancé, sous l’impulsion du collectif lyonnais Item, à Visa pour l’image, qui répertoriait les coordonnées des collectifs de photographes. Puis Zmâla est devenu un magazine épais à la mise en page soignée qui accueille dans ses pages le travail photo de collectifs français (13 pour le #3) et étrangers (13 aussi pour le #3). Si le magazine, qui s’adressait surtout aux professionnels, élargit de plus en plus son contenu au grand public, l’annuaire des collectifs participant au numéro a été conservé.

Adresse : http://www.zmala.net/

Photo de famille (l'équipe éditoriale) ©Aldo Sperber

La notion du collectif : Zmâla offre aux collectifs de l’espace et de la visibilité en publiant un de leurs travaux. Dans le #3, ce sont 26 collectifs qui sont représentés…Arrêtons-nous un instant sur cette notion de collectifs. Comment la définir ? Qui sont ces collectifs de photographes et autres collectifs ? Ils sont si nombreux et si différents que quand je pose la question à Carole, elle fait les yeux ronds. Difficile de répondre : les thématiques de travail, le nombre de membres, les types de métiers du collectif (graphiste, vidéastes et photographes ou uniquement des photographes), les façons de fonctionner diffèrent tellement d’une structure à l’autre… Toutefois, “il y a une démarche qui les unit tous qui se résume en un mot : l‘indépendance, fait remarquer Carole. Ils sont tous confrontés à une problématique de survie dans un monde où il est dur de vivre de la photo…Mais, ils se battent pour maintenir leur indépendance vis-à-vis des médias, des agences de photos, des clients. Parce qu’il y a des choses qu’ils veulent montrer qu’elles plaisent ou non, qu’elles rapportent de l’argent ou non.” 

©Laurent Villeret/Dolce vita

Famille : Les parents du bébé Zmâla sont des passionnés et des travailleurs acharnés (quasi bénévoles). Au départ, ils étaient cinq. Les rangs ont peu à peu grossis. Aucun n’est photographe professionnel mais tous ont des connexions très fortes avec le monde de la photo. Ils s’appellent Céline Pévrier, Carole Coen, Eric Karsenty, Raphaële Kipen, Nicolas Pruvost, Fabiola Salle-Ang, Fabien Vernois.

Langue : bilingue français/anglais.

Périodicité : annuel.

Tirage : 3000 exemplaires. Le magazine est vendu en librairie dans toute la France (19 €). Il peut également se commander en contactant l’équipe (contact@zmala.net).

Leitmotiv : “Montrer le monde dans sa diversité, à travers des regards singuliers et des écritures photographiques différentes”.

Il y a quelques mois, j’évoquais Mamika, cette mamie photographiée par son petit-fils Sacha Goldberger, dans des mises en scène délirantes. En septembre dernier, le photographe a présenté de nouvelles photos lors d’une expo dans une galerie parisienne, histoire de donner un avant-goût d’un prochain livre, prévu pour avril prochain. Une amie approchant la trentaine m’en parlait avec beaucoup d’entrain. J’avais déjà rencontré d’autres trentenaires enthousiasmés voire “fans” de ces photos et je m’interrogeais…

Sur Facebook, à l’heure où j’écris, 17 990 personnes aiment la page officielle. De nombreux articles consacrés au projet artistique sont parus dans de nombreux médias internationaux du Brésil en passant par l’Australie sans oublier des journaux allemands ou italiens. Le Monde a illustré l’article “Tous centenaires ? Les nouvelles armes” avec un cliché de Mamika en costume de super-héros, perceuse électrique fermement tenue en main, manifestant un air…disons déterminé. Si les qualités de communiquant de l’auteur Sacha Goldberger sont indéniables, elles ne suffisent pas à expliquer l’adhésion suscitée par ses photos. Or que l’on adore, que l’on exècre ou que l’on soit mal à l’aise, cette mamie déguisée qui prend des poses improbables ou se met dans des situations coquasses, ne laisse pas indifférent.

J’ai demandé à un sociologue d’éclairer ma lanterne. François de Singly est professeur au CNRS, spécialiste de la sociologie de l’individu et de la famille). Voici son commentaire.

©Sacha Goldberger

“Je vois cette photo du vieux qui dort avec ce qui semble être un doudou. Et spontanément c’est celle-là que j’ai envie de commenter. Normalement, à cet âge-là, on ne devrait plus dormir avec une peluche, n’est-ce pas ? Or on peut être âgé et avoir cette envie là…Ce vieux pourrait être ridicule mais il ne l’est pas…Il assume à la fois son âge (avec toutes ses rides) et le fait de vouloir s’endormir avec un doudou.

Les photos de Mamika et ses comparses nous montrent des vieux qui se déguisent ou jouent de la guitare à 70 ans passés…Et alors ?  Ils ne le font pas parce qu’ils veulent rester jeune, ils le font parce qu’ils en ont envie. Pour moi, c’est de l’anti-jeunisme comme nous en servent les magazines, notamment féminins. D’ailleurs, on devrait voir plus de photos comme celles de Mamika dans la presse. Ces gens-là s’autorisent. Or c’est précisément ce qui définit un individu, c’est une personne qui s’autorise un certain nombre de choses. Voilà une très belle revendication du photographe et une belle définition du rapport à l’âge. En plus, ces photos nous interrogent sur un thème de société d’actualité : qu’est-ce que les personnes âgées s’autorisent ? Qu’est-ce qu’on leur autorise de s’autoriser ? “

Les politiques les citent à longueur d’interviews et de discours…Qui ? Les Français. Vous, moi, eux. Cette masse indéfinie anime moult débats (celui de la nationalité pour n’en citer qu’un). C’est aussi un vrai casse-tête pour les médias. Plus que jamais, à l’aube d’une échéance électorale importante comme l’élection présidentielle, l’envie est grande de prendre le pouls du pays et de ceux qui l’habitent…*

…Mais comment en faire état ? Avec le projet “Une année en France”, LeMonde.fr a choisi de faire “un portrait à hauteur d’homme des habitants” de huit communes et quartiers de France : Avallon (dans l’Yonne), La Courneuve (en Seine-Saint-Denis), Mézères (Haute-Loire), Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), Dunkerque (Nord), Sceaux (Hauts-de-Seine), Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) et Montpellier (Hérault). Des journalistes de la rédaction du Monde et du Monde.fr se rendent régulièrement dans les endroits mentionnés et rapportent ce qu’ils voient. Photosmatons a rencontré Antonin Sabot, photographe et journaliste.

DOUBLE CASQUETTE. Antonin Sabot est quelqu’un de volubile. Sur quasiment toutes les questions posées, il développe et élargit le propos pendant de longues minutes. La tentation est grande d’arrêter de prendre des notes et de se contenter d’écouter. Ce qui ne ferait en rien avancer la marche de cet article. Donc quelques mots introductifs : notre interlocuteur est journaliste et photographe. Une polyvalence en adéquation avec les nouveaux modes de narration du journalisme développés sur le Net qui l’intéressent. Il a notamment réalisé avec Jean Abbiateci Africascopie un webdocumentaire accompagné d’un blog sur la révolution numérique en Afrique. Pour Une année en France, il a la double casquette, photographe et reporter pour son blog Mézères, la récolte d’après et photographe notamment pour le blog sur Avallon et Saint-Pierre-des-Corps.

LES GENS. Antonin est donc envoyé à Mézères, cette commune de Haute-Loire où il a des attaches familiales, pour en faire le portrait. En clair, “montrer la gueule de ce lieu-là et des gens qui sont dedans”, lance-t-il. Une fois sur place, il fait le tour du village pour prendre des nouvelles des uns et des autres, s’arrête prendre un café ici, va manger là…etc. Contents de se raconter, les interviewés se laissent aussi volontiers prendre en photo. “Je travaille sur une matière complexe et mouvante”, note Antonin. Des rencontres il commence à en avoir un certain nombre au compteur depuis le démarrage du projet. Il n’en tire pas de grands enseignements (trop humble qu’il est) mais souligne : “Les gens ne se connaissent pas. S’ils ont une idée des grands problèmes du pays, ils ne savent rien de la situation économique et du quotidien vécu par le voisin alors qu’ils habitent à côté. Et ça c’est une constante ! “

LE METIER. La discussion s’oriente sur le (photo)journalisme et sa définition du métier.“Rares sont les professions où tu peux rencontrer des gens si tu en as envie…Le journalisme permet ça. En fait, j’adore écouter les gens me raconter leurs histoires”, explique l’ancien étudiant du CFJ (une école de journalisme)La part d’empathie transparaît dans les papiers et me semble non négligeable. Lui nuance : “L’écoute est une forme d’empathie. Mais, de manière générale, je ne crois pas que l’empathie soit une qualité nécessaire, c’est plutôt une façon de faire.” Une qualité non négligeable du projet Une année en France, tant pour les lecteurs que pour le journaliste, est qu’il s’inscrit dans la durée. Une durée qui permet d’aborder les petits et grands sujets, de rentrer plus en profondeur dans certaines thématiques (étayés par les nombreux commentaires postés par les internautes). Le journaliste peut choisir de revenir sur telle ou telle problématique rencontrée par les habitants ou apporter un suivi (donner des nouvelles d’un personnage par exemple ou commenter l’évolution d’une situation).“Un retour à la base du métier”.

RAPPORT TEXTE/PHOTO. Les portraits forment une sorte de trame dans les blogs d’Une année en France.“Normal, répond Antonin, Une année en France signifie une année dans la vie des Français…Il faut qu’on voit les gens dont on parle”. Le photographe – qui travaille en numérique et beaucoup au grand angle- les affectionne. Il retouche légèrement les photos : “j’aime que les gens photographiés se détachent de l’environnement dans lequel ils sont, ça renforce leur présence.” Quand il intervient sur un autre blog que le sien, il dialogue énormément avec son collègue écrivant. “Il y a deux types de sujets ceux où la photo est plus une illustration, ce qui n’est pas forcément plus simple à réaliser, précise-t-il. Et ceux où le propos se construit beaucoup plus à travers l’image”. Il nous confiait avoir du mal à prendre du recul sur le travail accompli : “pour le moment, il m’est difficile de voir une grande unité dans mes photos…même si on s’est dit qu’on construisait un portrait de la France par touches impressionnistes. Mais cette unité que j’évoque, je la vois dans le travail dElodie, la photographe d’Urbains sensibles à La Courneuve.” Certes, il est encore trop tôt pour dire ce que deviendra Une année en France…Un livre, peut-être ? Toujours est-il que l’ensemble de ces touches impressionnistes dessine un tableau plus général : l’état actuel du pays.


A LA VOTRE. Les textes et photos d’Antonin (et confrères) racontent et montrent la France qui joue au loto, qui se lève tôt, qui change de boulot, qui s’accoude au comptoir pour une bière ou un p’tit noir, qui se rend à l’isoloir, qui s’appelle Ashab, Iliasse ou Joseph, qui organise des kermesses et fait des lâchers de ballons. La France qui baille, qui prend le TGV, qui investit dans un potager, qui apprend un métier. La France qui coiffe, la France qui graffe….La France…la vôtre.

Légendes : Toutes les photos sont signées Antonin Sabot/Le Monde.fr. De haut en bas : 1) Loto (Saint-Pierre-des-Corps), 2) Lieu-dit Les Français, RN 88 (Mézères), 3) L’attente dans la gare (Saint-Pierre-des-Corps), 4) Réception d’un stock de fourrage (Mézères), 5) Félix Ramel, ancien agriculteur (Mézères), 6) ” Une liste de prénoms vaut souvent mieux que de longs discours” (Saint-Pierre-des-Corps), 7) Lâcher de ballons (Mézères)

Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement. [...] 

Paysage, Les fleurs du mal, Charles Baudelaire.

Palais des Doges, Venise ©Photosmatons, 2011

J’adore la brume et les photos de brume et de brouillard. Ce matin, en regardant par la fenêtre, je ne voyais rien. Il y a 15 jours, j’étais à Venise, et là-bas non plus on ne voyait rien. Sur la photo prise avec le i-phone, depuis le pont d’un vaporetto, on distingue le Palais des Doges mais le célèbre campanile de la place Saint-Marc a complètement disparu. La brume créé cette ambiance très particulière dans la ville et modifie la perception qu’on en a.

Dans une rue d’Aubervilliers un dimanche matin, j’ai vu Alain Polo sans comprendre que c’était le photographe avec qui j’avais RDV. Mon regard focalisait sur sa tenue, un méticuleux mélange de matières, de couleurs et de coupes qui composaient sa tenue du jour. Un vrai travail…presque une science de l’apparence…celle des sapeurs congolais. Une vraie beauté pour les yeux aussi. Veste de smoking noire ajustée, sarouel blanc ceinturé par un foulard noir et blanc, boots en cuir, haut noir et blanc à pois. Une crête bicolore de dreadlocks parfait l’ensemble. Le photographe devient alors le photographié : il se prête au jeu avec un goût évident pour la pose. 

Alain Polo ©Photosmatons, 2011

QUESTIONNEMENTS ET AUTOPORTRAITS. Ne vous fiez pas aux apparences. Le personnage très poseur de ses photos masque la légèreté presque enfantine et la gaieté manifeste que dégage Alain Polo Nzuzi, 26 ans. Ce photographe congolais s’est mis à la photo pour fabriquer des images, pour répondre à des questions aussi. “Au début, je le faisais pour moi, explique Alain Polo qui né à Kinshasa au Congo. J’avais besoin de m’isoler loin des regards extérieurs pour répondre aux questions que je me posais sur moi et mon identité. Mon appareil m’accompagnait dans ces questionnements comme un ami fidèle, un complice.”  Influencé par les magazines, l’univers de la mode, les clips musicaux (le monde de l’apparence encore…) le jeune homme de 25 ans photographie des fragments de son corps mis en scène avec des objets comme un rouge à lèvres, une ceinture à clous ou un miroir. Cette apparence si travaillée qu’il entretient au quotidien laisse place à son intimité livrée avec peu de pudeur. Son corps éclaté, exposé, mis en scène pour exprimer ces fameux questionnements évoqués plus hauts  : ceux de l’identité.

Alain Polo ©Photosmatons, 2011

APPARTENIR A UNE GALERIE. La série d’autoportraits qu’il a réalisés va être repérée, en 2009, par la galerie parisienne Revue Noire [un papier du site Afrique in Visu sur Revue Noire]. Appartenir à une galerie est une opportunité formidable et inespérée pour ce photographe africain… “Il y a plein d’artistes au bled qui font ce que je fais”… Bien sûr la question n’est pas de savoir s’il a eu plus de chance ou pas que les autres. Mais en le sous-entendant, Alain Polo exprime surtout une certaine lucidité sur sa situation : “La galerie m’apporte une certaine visibilité mais ça implique aussi des devoirs. On ne doit pas dormir sur ses lauriers”. Lui qui ne l’avait jamais envisagé a vendu sa première photo en 2010. Son prochain projet sera centré sur les cheveux, sur l’évocation d’un salon de coiffure imaginaire qu’il évoque sur son blog.

Alain Polo ©Photosmatons, 2011

LE COLLECTIF SADI. En parallèle de son travail personnel, Alain fait partie du collectif Sadi. SADI comme Solidarité des Artistes pour le Développement Intégral… Il y a là des indices sur le contenu du projet. Les quatre membres de Sadi se questionnent sur des questions sociales et sur la place de l’artiste dans la société. “Nous n’avions pas d’espace approprié pour les artistes à Kinshasa et nous voulions un art social, qui puisse plonger dans le quotidien” explique Alain. Pour ramener l’art à la population, ils veulent travailler sur des sujets qui touchent les gens avec l’ambition de les faire réagir. Prenons, par exemple, ce travail “Tozokende Wapi ?Tokokende Wapi ?” (Où allons-nous ? Où irons-nous ?) sur un quartier de Kinshasa régulièrement frappé par des érosions. A chaque fortes pluies, des maisons s’écroulent. Les membres de Sadi peignent des fresques sur les maisons vouées à la destruction, prennent en photo le quartier avant la pluie. Ils reconstituent ensuite des vues panoramiques travaillées et volontairement retouchées par des logiciels comme Photoshop. Certes les artistes n’apportent aucune solution au problème de l’érosion des maisons. Mais la mission d’être au coeur de la population et de ses préoccupations est remplie. Alain vit désormais en France, il étudie pour trois ans à l’école des Beaux Arts de Strasbourg. Les autres membres du collectif vivent toujours à Kinshasa. “A la question “d’où je viens ?” le collectif resurgit toujours, souligne-t-il…Ce qui m’arrive les encourage à travailler encore plus…Je suis la preuve que tout est possible”. 

(Vincent Le Bras ce post t’es dédié)

Voici une liste (non exhaustive et même pas subjective) d’expositions à faire en novembre et à Paris. On m’en a parlé, je vous en parle aussi.

- Galerie du Jeu de Paume : qui s’intéresse à la photo ira à la première rétrospective française des oeuvres de Diane Arbus. Nul doute que l’expo attirera bien au-delà du public des mordus. 200 photos provenant de différentes collections privées et publiques retracent le parcours de cette photographe connue pour son goût des portraits de déclassés et de gueules cassées. “Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit moins vous savez” disait l’artiste.

Comptoir général ©Sylvain Granjon

- Le Bal  : C’est vrai qu’il y a plus joyeux que le thème choisi par le Bal pour l’exposition qui a cours en ce moment. “Topographies de la guerre” recense des photographies prises par des photographes qui ont choisi le parti pris de documenter la guerre de façon désincarnée. Ils se focalisent sur les lieux, les espaces géographiques…Jusqu’au 18 décembre 2011. La page de l’expo sur le site du Bal. 6 impasse de la Défense, Paris XVIIIe.

- La mairie du Xe arrondissement et la bibliothèque Château d’Eau proposent un panel d’animations, conférences et expositions dans le cadre de “Rencontres photographiques du 10e” depuis le 20 octobre et jusqu’au 3 décembre. Renseignements : site.

- Maison revue noire : “Jean Depara Night & day in Kinshasa 1951-1975″. Le photographe congolais Jean Depara (1928-1997) immortalise les scènes et les bandes de Kinois qui font vivre/vibrer les nuits de celle encore appelée Léopoldville. Le pays est à l’aube de son indépendance. 150 photographies sont réunies pour cette première rétrospective consacrée au photographe.

- Galerie Perrotin : Street artist ? Photographe ? Plasticien ? Un peu de tout sans doute. JR a confié sa première grande expo solo à la galerie Emmanuel Perrotin que l’on ne présente plus non plus. Du 19 nov au 07 janvier. Galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, Paris 3e.

- Paris Photo : Le salon Paris Photo fête ses 15 ans et déménage pour l’occasion du Carrousel du Louvre au Grand Palais. 117 galeries de 23 pays seront représentées. Cette année, l’Afrique est à l’honneur, un espace rend hommage aux rencontres de Bamako. Du 10 au 13 novembre. Le site ici.

Et en marge de Paris Photo….

PHOTO OFF ©Aline Smithson, Courtesy of Galeria Tagomago

- Photo Off : Au même moment et quasiment à l’autre bout de Paris, “Photo off” met en lumière des photographes jeunes et émergents, souvent reconnus de leurs pairs mais moins du grand public à la Bellevilloise, une ancienne coopérative ouvrière. Cette 2ème édition est parrainée -excusez du peu- par Martin Parr. Le site ici.

- Révélation 5 : pendant trois jours, le 11, 12 et 13 novembre, le Comptoir Général expose 12 jeunes photographes, parmi lesquels Léo Delafontaine que l’on aime beaucoup dans ce blog lors d’une foire de photographie contemporaine qui réunit amateurs et professionnels. Le Comptoir général (un lieu à découvrir) organise cette manifestation depuis 2007. Comptoir général, 80 quai de Jemmapes, 75010 Paris. de 14h à 20h.

Et tellement d’autres…D’ailleurs, n’hésitez SURTOUT pas à en ajouter dans les commentaires…

Rappel des faits

Lucas Dolega a été blessé le 14 janvier 2011 en Tunisie. Le 17 janvier, il décède de ses blessures. Lucas était un photoreporter français qui couvrait la révolte tunisienne lors du “printemps arabe”. Lucas Dolega est mort dans l’exercice de sa profession. Son décès a ému l’ensemble de la communauté des photojournalistes français et au-delà. Cet évènement a rappelé au grand public les conditions difficiles dans lesquelles travaillent certains photographes dans les zones de conflit.

Le prix Lucas Dolega

Un concours a été lancé en hommage à Lucas par l’association qui porte son nom, en partenariat avec Nikon, la Mairie de Paris, RSF et Polka. LE Prix entend à soutenir les jeunes photographes qui exercent leur travail dans des zones à risques. Il est doté de 10 000 €. Le gagnant remportera également une exposition à Paris, une publication de tout ou partie de son travail dans Polka et le financement d’un nouveau reportage. Cette belle dotation montre la volonté de l’association d’accompagner un jeune photographe.

Le thème

Les participants doivent présenter un reportage photographique, fait ou terminé en 2011, sur une situation de conflits et ses conséquences sur les populations civiles. Le terme “conflit” s’entend au sens large : guerre, révolte, émeute, catastrophe naturelle ou sanitaire. “Le prix est ouvert au plus grand nombre, insiste la secrétaire de l’association Juliette Robert. Nous ne sommes pas uniquement dans la photo de guerre. Nous voulons surtout montrer que de jeunes photographes vont sur le terrain.” L’association espère recevoir un nombre important de candidatures françaises et étrangères qui seront examinées par un jury de professionnels.

Les modalités

La participation à ce prix est gratuite. Il suffit de s’inscrire en remplissant le formulaire de participation téléchargeable sur le site. Vous avez jusqu’au 10 novembre 2011 à minuit pour envoyer votre sélection de photos. Pour plus d’informations : envoyez un mail à contact@lucasdolega.com.

(Photo ©Lucas Dolega. Reproduction interdite sans autorisation préalable)

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