Elles reposaient depuis de nombreuses années dans un entrepôt du New Jersey. Aujourd’hui, elles sont diffusées sur Internet. Ce sont les images d’archives du magazine américain Life. Fleuron de la presse illustrée aux Etats-Unis des années 30 aux années 60, ce magazine a définitivement cessé de paraître en 2007.

Le groupe Time inc., propriétaire du titre,  a signé un partenariat avec Google pour publier l’intégralité des 2 millions de photos d’archive, la plupart n’ont jamais été publiées : http://images.google.com/hosted/life

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Le monde entier est sa galerie. Après la Sierra Leone, le Liberia, la Belgique, c’est au tour du Cambodge d’accueillir les visages de femmes photographiés par JR. Invité pour le festival Phnom Penh photo (organisé par le centre culturel français), le jeune photographe expose ses clichés sur les murs de l’ambassade de France (soit 200 mètres de regards de femmes en noir et blanc).

Dans une interview accordée à Libération ( édition du 8/12/2008), Christian Caujolle, directeur artistique de la manifestation explique : « la photographie au Cambodge est soit inexistante, soit handicapée par l’absence de culture et de formation visuelle. Il est plus difficile ici (…) d’amener les gens à pousser la porte (…) d’un musée, même gratuit. D’où la nécessité de montrer les choses dans la rue, avec un accès simple et immédiat. »

Sur son blog (où l’on peut voir les photos des Cambodgiens observant le mur de l’Ambassade), JR raconte les réactions des passants qui semblent très interloqués mais n’osent pas demander ce que sont ces yeux. D’autant qu’au Cambodge, la culture des fantômes, des esprits malins semble très présente. Certains ont vu d’un mauvais oeil (ou le Mauvais Oeil, c’est selon) l’arrivée de cette exposition collage des photos. De là à  dire qu’elles hantent les esprits des Cambodgiens ?

Je me baladais dans les rues de Bruxelles en juin dernier. Il faisait beau, j’avais du temps. J’en profitais pour traîner aux alentours de la Grand Place.

J’arrive dans une rue pavée, sombre. Au bout de la rue, je vois une palissade en bois avec une photo noir et blanc. J’ai d’abord cru que c’était un homme, un chanteur de soul ou de blues. J’ai pensé ça parce qu’en dessous une affiche indiquée « It’s not only rock’n’roll baby ». En fait, c’est une dame.

Cette photo dégage du mystique. Deux choses : la puissance du sourire est démultipliée par la position des mains liées. Le rayon de soleil irradiant contraste avec l’obscurité de la rue. La femme sur la photo regarde vers le ciel, les passants leurs pieds ou droit devant eux. Ces marcheurs citadins ancrés dans la contingence du quotidien ne voient pas la force de cette affiche car (paradoxe du travail bien fait) elle s’insère parfaitement dans ce paysage urbain (c’est le propre du travail de JR).

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Cet article est paru dans Libération du 6 août 2008. Reproduit avec l’aimable autorisation de Julia Tissier.

Photographe de quartier, il réalise des portraits croisés de «sans» et d’«avec» qu’il appose sur les murs parisiens.

Chaque jour, c’est le même scénario : à l’heure du déjeuner, Fabien Breuvart ferme son échoppe, rue Charlot, dans le IIIe arrondissement de Paris. Et va poser son trépied à quelques pas, devant les locaux de la Bourse du travail, occupés depuis début mai par la Coordination 75 des sans-papiers. Bientôt quatre mois qu’il fige, sur Polaroid, les «sans» et les «avec» qui posent pour les soutenir. Chaque double portrait est ensuite consciencieusement numéroté, collé dans de gros albums et placardé sur les murs de la rue Charlot.

Dans sa boutique, Fabien Breuvart est un photographe de quartier, comme on en voit de moins en moins. Portraitiste mais aussi antiquaire de l’image. Le cheveu est gris et épais, la silhouette longiligne.
A 46 ans, il vit seul dans un appartement, rue de Saintonge, et passe régulièrement devant le bâtiment occupé. «Il fallait que je le fasse», dit-il simplement. Il s’est lancé dans ce projet intitulé «Vas-y, montre ta carte», dès qu’il a découvert ce qui se passait à la Bourse du travail.«Il fallait que je le fasse» A l’entendre, c’est un «acte civique», rien de plus, facilité par sa relation avec Anzoumane Sissoko, le leader de la Coordination 75.

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Crédits photos : Sophie Marceau par Dominique Isserman, Jane Birkin par Carole Bellaïche, Isabella Rossellini par André Rau, Elsa Zylberstein par Kate Barry et Sandrine Kiberlain par Marcel Hartmann.

Un précepte journalistique veut qu’on sépare les faits du commentaire.

Les faits : le dernier album de Reporters sans frontières est sorti en kiosque. Il coûte 9,9 € et célèbre les 10 ans de l’agence H&K, spécialiste des photos de célébrité. Une agence qui veut donner ses lettres de noblesse au mot « people », trop souvent associé à la vulgarité et au scandale. Voilà l’esprit revendiqué par la directrice de l’agence, Monique Kouznetzoff. Les photos sont signées -entre autres- Bettina Rheims, Kate Berry, Dominique Isserman ou encore Audré Rau.

Le commentaire : Je doute. Je doute de ce choix. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’il n’y a pas besoin de RSF pour publier de sublimes photos de stars. Les magazines féminins le font très bien. Paris Match aussi.

Alors peut-être qu’en ces temps moroses, mieux vaut distiller du glamour que du malheur ? Peut-être…Permettez-moi de douter, une fois encore. Car ces images -aussi belles soient-elles- sont aussi le reflet d’une tendance au people déjà omniprésente dans les journaux. Une tendance qui tend à lisser les images, à figer une idée de la beauté représentée par les quelques femmes qui se partagent les unes des magazines, à masquer la vraie vie. Or, le journalisme n’a pas vocation à être la courroie de transmission de ce monde là. Et c’est présiment le combat menés par les reporters défendus par RSF : ils luttent pour transmettre une réalité autre que celle lissée par des pouvoirs autoritaires ou totalitaires.

Personne ne se permettra de remettre en cause la lutte acharnée menée au quotidien par RSF (qui se finance -entre autres- par la recette des ventes d’album). Presque chaque jour, les colonnes de nos journaux prouvent que se battre pour la liberté de la presse est une nécessité jusque dans nos démocraties occidentales (cf la dernière affaire en date concernant Vittorio de Filippis).

Finalement, l’acte de critiquer un album qui vise à soutenir la liberté de la presse est une façon de l’exercer.

Un soir de décembre 2008, je testais le photomaton vintage du Point Ephémère…Je rencontre un vieux assez étrange…En fait, je découvre qu’il est aussi fada que moi de photomatons. Cette rencontre nocturne et furtive est de celles (rares) qui ont créé l’envie de faire ce blog. Il y a quelques semaines, un photographe argentin me contacte pour me demander ses coordonnées. Il voulait faire un article sur Pierrot qui n’est pas sans rappeler le personnage joué par M. Kassovitz dans Amélie Poulain. J’étais incapable de l’aider, ne sachant ce qu’il est devenu, n’ayant jamais eu de moyen de le contacter. J’exhume donc ce post comme on lance une bouteille à la mer…Puisse-t-il aider à retrouver Pierrot ! Si vous avez des indices, n’hésitez-pas… 

Un soir je me suis mis dans la tête de faire des photomatons dans la cabine old school du  Point Ephémère ( 200 quai de Valmy, Paris Xe). Quand j’étais ado, les photomatons coûtaient moins cher et permettaient de faire des guirlandes de photos : sur la première la grimace, sur la seconde les gros yeux…etc, etc. Quand je suis arrivée à Paris, j’ai appris avec délectation que dans certains endroits bien choisis de la capitale, des cabines à flashs multiples permettaient de faire des photos d’identité à l’ancienne. Et pour un prix défiant toute concurrence : 2 €.

J’y vais un jeudi soir vers 22h. A l’extérieur du Point éphémère, des types s’enfilent des bières… Ils me regardent avec un sourire scrutateur. De quoi vous mettre à l’aise… Bref, je m’approche du photomaton, éclairé par un néon, une lumière blême à la Wong Kar-Waï. Je m’installe dans la cabine (je découvrirai plus tard qu’il s’agit des photomatons de la Joyeuse de photographie). A l’intérieur, c’est un beau pêle-mêle de tags, de messages gribouillés (avec les classiques du genre), des photos abandonnées et des flys de concert.

Quand je sors pour récupérer mon forfait, je vois un homme déjà âgé, maigrelet, avec une barbe blanche et le pantalon retroussé. Il tourne autour de moi sans rien dire comme un chat qui rode. Il me gêne et je le lui fais sentir.  Doucement, il demande : « je peux rester pour voir ce que ça donne ? « .

Il s’appelle Pierrot et aime se faire prendre en photo ou récolter les photos laissées ou oubliées par les gens. Pierrot, c’est un peu le Mathieu Kassovitz d’Amélie Poulain, la jeunesse en moins. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas lui qui a inspiré le personnage.

Quatre minutes plus tard, l’appareil crache ma bande de photos. Pierrot la regarde, se contente d’un « ah oui, pas mal ! ». Il sort de sa poche un billet vert de Monopoly. Au crayon bille, il y a inscrit cette adresse (que je vous invite à consulter) : http://adepier.free.fr . Le site créé par Antoine de Pierrefeu consacre une page à Pierrot,  » le colporteur parisien épris de liberté ». L’appellation est bien trouvée, elle donne un aperçu du personnage.

[Post publié le 3 décembre 2008]