Les photographes Yves Marchand et Romain Meffre documentent depuis plus de dix ans les ruines. Passionnés par ce qu’ils appellent la « déshérence urbaine », leurs photos montrent des endroits délaissés par l’homme…Et pourtant, il s’en dégage une atmosphère particulière qui créée une sorte de poésie du déclin.
Après la villle de Detroit, les deux photographes sont revenus de ce côté de l’Atlantique. Ils s’attaquent à un emblème des friches industrielles d’Ile de France : les magasins Généraux de Pantin. Leurs photos illustrent le livre d’un spécialiste du graff français, Karim Boukercha, sont publiées dans le livre Graffiti Général conçu avec l’agence internationale de publicité BETC, qui s’installera dans les lieux réhabilités en 2016.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 6 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

En quoi ce projet vous a intéressé ?
Au fil des années nous avons vu la plupart des grandes friches industrielles être réaménagées (ex : les usines Renault, les Grands Moulins de Paris ou l’ancienne usine de la SUDAC dans le 13ème arrondissement). Les entrepôts de Pantin étaient donc l’un des tous derniers fragments, sûrement la dernière grande ruine de l’époque industrielle aux portes de Paris. Le bâtiment avait une vraie force d’évocation visuelle avec son côté paquebot monumental, ses coursives, et sa façade complètement graffée. Il était très représentatif de ce qu’on peut attendre d’une ruine en milieu urbain.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 11 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

Aviez-vous une appétence pour le graffiti avant ce projet ?
Nous avons toujours été sensibles aux métamorphoses que subissent les lieux une fois à l’abandon. La décrépitude liée à la ruine n’est qu’un aspect de cette évolution et la ré-intrusion et la colonisation des ruines par les graffs – en milieu urbain et surtout en Ile de France – en est un des éléments les plus importants.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 1 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

Quelle est votre définition de « déshérence urbaine », expression que vous utilisez souvent ?
Il s’agit des espaces laissés pour compte, hors aménagement urbain, confrontés au hasard et à l’immaîtrisable, le négatif de la vision officielle qu’on propose d’une ville. Cependant les friches et les graffs sont de plus en plus assimilés dans le process de réaménagement. C’est d’ailleurs pour cela que l’on nous as fait intervenir pour conserver un peu de cet état des choses, de cette conscience avant qu’elle ne disparaisse.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 3 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

Qu’est-ce que vous aimez dans ce genre d’atmosphères ?
Dans un espace urbain planifé et gentrifié, spécifiquement dans des villes musée comme Paris, les ruines sont des espaces confrontés au hasard. Elles sont des fragments urbains arrachés au cours logique de la ville. On s’y balade entre fascination et appréhension, on peut se laisser aller à la peur, à une méditation mélancolique. Les ruines deviennent donc une échappatoire, un espace de retraite.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 8 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre


La photographie n’a-t-elle pas un rôle un peu à part dans le domaine du graf ?
La photographie a effectivement un rôle important dans le domaine graf. Il est difficile de trouver des graffeurs qui font des fresques sans en garder une trace photographique. Pour eux, ce medium est parfait pour la conservation de leurs œuvres.

Publicités

Coil est un magazine en ligne consacré à la photographie en noir et blanc. Il a été créé par deux Grecs : Ilias Georgiadis et d’Iraklis Dimitriadis. J’ai publié une interview de ces deux créateurs (ici).
Tous deux 
partagent une certaine idée de la photographie : ils sélectionnent et compilent des travaux de photographes, émergents ou installés, proches de leur univers.
La suite de cet entretien n’avait pas été mise en ligne. La voici (mieux vaut tard que jamais, dit-on…). 

03cover__Dimitris Triantafylloui

Quel est le processus pour créer un numéro de Coil ?

On commence par faire une sélection de photographes. Après ça on se penche sur la mise en pages des photos, de l’enchaînement des images, de la taille des photos…On essaye de travailler la mise en page avec les photographes en leur demandant leur avis et comment ils imaginent la présentation de leur travail.

Beaucoup de nos contributeurs ont déjà des avis tranchés sur le nombre de photos et l’agencement des séquences. Parfois, nous recevons les photos en vrac et disposons d’une liberté totale pour la mise en page. Il peut s’agir de centaines ou de milliers de photos. Puis, nous envoyons à chaque photographe une maquette pour qu’il voit comment son travail est présenté. Enfin, nous réalisons les derniers ajustements et compilons le tout en un numéro.

04cover_Olivier Pin Fat

Sur votre site, vous parlez de votre tentative « d’explorer et de comprendre certains styles photographiques » : de quels styles photographiques s’agit-il exactement ? Comment définiriez-vous ce que vous aimez et le type de photographie que vous voulez promouvoir ?

Dans ce projet, nous voulions travailler avec des photographes qui sont proches de nos sources d’inspiration. Il faut avant tout qu’il y ait un rapport avec la photo noir et blanc. On préfère les photos réalisées à l’argentiques sans toutefois exclure les photos faites au numérique.

Voici quelques photographes que nous admirons et qui nous inspirent : Michael Ackerman, Daido Moriyama, Anders Petersen, Klavdij Sluban,

L’ouvrage photographique de Masahisa Kukase « Karasu » nous a particulièrement emballé. Nous avons aussi été marqué par le magazine Provoke quand nous l’avons découvert, c’est clair que ça a vraiment inspiré l’idée de Coil.

Nous recherchions donc des photographes proches de ça mais avec leur propre univers, des photographes qui ne se contentent pas de copier le style des autres mais qui ont un regard sincère et unique sur les choses.

05cover_Ester Vonplon

Vous publiez le travail de Michael Ackerman (dont je suis fan). A-t-il été dur à convaincre ?

Dans le 3e numéro de Coil, nous publions le travail du photographe Stéphane C. Il nous a parlé du Temps Zero Project dont il est le curateur. Ce projet propose des projections de photos avec des concerts et exposent les travaux de chouettes photographes connus ou émergents.

Quand nous avons découvert le projet, on s’est dit que ce serait une bonne idée de présenter les photographes qui à ces projections. L’idée était aussi de créer une atmosphère qui se rapproche le plus possible de l’esprit des projections.

Nous en avons discuté avec Stéphane et avons décidé de consacrer 2 numéros au Temps Zero Project. Michael Ackerman faisait partie des photographes. Le fait qu’il accepte de participer nous a procuré beaucoup de joie. Il est l’une de nos plus grandes inspirations tant au niveau personnel qu’au niveau du projet Coil.

 

Crédits photos : Couverture de Coil 03 (©Dimitris Triantafylloui), Couverture de Coil 04 (©Olivier Pin), Couverture de Coil 05 (©Ester Vonplon).

Lire le reste de cette entrée »

J’ai réalisé pour Cheek Magazine, un reportage avec un i-Phone, au pays des t-shirt rayés, c’est-à-dire dans l’usine Armor Lux de Quimper. La marque fabrique en France depuis des années. Elle est devenue un des emblèmes du Made in France à la faveur d’une couverture de magazine sur lequel Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif, posait avec sa marinière. J’ai passé une journée dans l’une des deux usines de Quimper dans le Finistère.

Il me restait ces photos que je publie. Je fais une exception à la règle car ce blog n’a pas vocation à faire mon autopromo. J’insiste également sur le fait que ce reportage n’a rien à voir avec les travaux et les projets des photographes qui sont d’ordinaire évoqués sur ce blog. Je ne suis pas une professionnelle de la photo.

IMG_4130

1. La façade de l’une des deux usines Armor Lux à Quimper (29).

2-bureau-de-collection

2. Dans le bureau des collections, l’équipe est exclusivement féminine.

IMG_4010

3. Un des totems du bureau des collections.

IMG_4001

4. Encore et toujours des échantillons de matières et de couleurs.

IMG_4013

5. Les tricots rayés représentent 25% des ventes de la marque bretonne.

IMG_4039

6. Une fois le modèle déterminé, il faut le créer. Un travail technique réservé aux modélistes.

IMG_4045

7. Même bâtiment, un étage plus bas. Les couturières s’activent.

IMG_4075

8. Les marinières peuvent être réalisées en jersey, coton ou interlock.

IMG_4065

9. La découpe du tissu demande beaucoup de minutie…

IMG_4074

10…les rayures ne doivent subir aucun décalage.

IMG_4059

11. Après la découpe, place à l’assemblage des pièces (les manches, le torse, le dos du t-shirt).

IMG_4086

12. Chaque ouvrière est spécialisée dans une des parties du vêtement…

IMG_4080

13. …jamais elles ne cousent une marinière entière !

IMG_4087

14. La personne en charge du contrôle qualité repère les défauts éventuels.

IMG_4097

15. Les marinières sont ensuite pliées et étiquetées.

IMG_4102

15. Un sticker Armor Lux pour fermer le plastique.

IMG_4104

16. Prêtes pour l’expédition dans les points de vente en France et à l’étranger.

Parce que je fais toujours mes cadeaux de Noël en dernière minute, voici la sélection de livres de Noël qui arrive également à la dernière minute. Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive et volontairement subjective. Elle est réalisée avec la complicité de Catherine Le Pape de la Librairie des Curiosités à Quimper (29).

Avec le coeur de Théo Gosselin (éditions du LIC) 45 €

318;_théo_gosselin_avec_le_coeur_front

Théo Gosselin est un jeune photographe qui monte. Il photographie ses proches lors de ses virées en France et à l’étranger. Beaucoup de corps nus, de gens beaux, de paysages incroyables. Il y a l’insouciance de la beauté et la légèreté de la jeunesse dans ces photos. A découvrir.

Genesis de Sebastião Salgado (éditions Taschen) 49,99 €

Genesis-DEF

«Dans GENESIS, mon appareil photo a permis à la nature de me parler. Écouter fut mon privilège.» — Sebastião Salgado. Au cours de 30 voyages, à pied, en petit avion, en bateau, en canoë et même en ballon, par une chaleur extrême ou un froid polaire et dans des conditions parfois dangereuses, Salgado a réuni des images qui nous montrent la nature, les peuples indigènes et les animaux dans toute leur splendeur.

Les bains, résidences d’artistes, Magda Danysz (éditions Drago) 40 €

LES-BAINS-DEF

La photographie a un statut à part dans un art éphémère comme le street art. Elle laisse la trace, elle est la pièce à conviction de l’oeuvre qui a vocation à s’effacer. Du 1er janvier au 30 avril 2013, Magda Danysz avait donné carte blanche à 50 artistes venus s’installer en résidences dans l’ancienne boîte de nuit sélect, Les Bains. Le résultat est à voir dans ce livre.

How to be a good photographer in four lessons de T. VDD (éditions André Frère) 19,50 €

Sans titre

Avec humour, armé de sa machine à écrire, le photographe Thomas Vanden Driessche passe en revue l’éventail des genres photographiques, qu’il parodie allègrement.

Kingsley : Carnet de route d’un immigrant clandestin, Olivier Jobard (éditions Marval)

Kingsley-600

L’engagement du photographe Olivier Jobard dans son travail m’a toujours épaté. Récemment un reportage de M6 a fait polémique. Les reporters ont suivi de jeunes Africains qui voulaient venir en France par le biais de passeurs. J’ai donc repensé à ce livre qui est sorti en 2006. Olivier Jobard a suivi le périple de Kingsley, un Camerounais, qui rejoint l’Europe dans des conditions épouvantables. Les compagnons d’infortune embarquent dans une embarcation de fortune semblables à celles qui font dramatiquement l’actualité quand elles chavirent. L’exposition qui a été tirée de ce travail était elle aussi très émouvante.

Catalogue d’exposition d’Anders Petersen (éditions BnF Paris) 49 €

anders-petersen

Encore un catalogue d’expo ! Celle de l’un des plus grands photographes actuels, Anders Petersen (né en 1944). Jusqu’en février 2014, la BNF à Paris accueille 320 photographies qui montrent les étapes marquantes de son œuvre. Photographie de rue, portrait, nature morte, les images sont d’abord une manifestation de ses affects.

Alchimies de Sarah Moon (Delpire éditeur) 15 €

sarah-moon

Ce livre a été édité à l’occasion d’une exposition de Sarah Moon au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, du 24 novembre au 1er décembre derniers. Il s’agit du catalogue de l’exposition. J’aime toujours autant les ambiances de Sarah Moon qui photographie avec beaucoup de poésie.

Un moment si doux de Raymond Depardon (éditions RNM) 29 €

momen-depardon-DEF

« Disons que, au départ, comme beaucoup de photographes de ma génération, une bonne photo, c’était en noir et blanc (…) Puis, tout doucement, c’est avec ma série sur la France que je me suis aperçu qu’avec la couleur, j’allais vers autre chose« , expliquait Raymond Depardon à L’Oeil de la photographie. Voici le catalogue de la première grande expo entièrement consacrée à l’œuvre en couleurs du photographe. À voir au Grand Palais jusqu’au 10 février 2014.

Joyeuses fêtes à tous !

Le 5e numéro de Coil est en ligne depuis mi-septembre. Voici l’interview des deux fondateurs de ce webzine de photos, Ilias Georgiadis et Iraklis Dimitriadis. Ces deux Grecs hyper dynamiques partagent une certaine idée de la photographie et la partagent en compilant les travaux de photographes, émergents ou installés. Pour vous donner une idée, le 5e numéro fait 222 pages. Et ils cherchent des contributeurs pour le prochain numéro. N’hésitez pas à les contacter !

_Damien Daufresne

Chers fondateurs de Coil, qui êtes-vous ?

Nous sommes Ilias Geirgiadis et Iraklis Dimitriadis, nous sommes Grecs et avons fondé et animé Coil Magazine. Nous travaillons par ailleurs sur nos propres projets photographiques et sur un projet collectif et pluridisciplinaire (audio, vidéo et photo).

Quand avez-vous débuté ce projet ?

En 2011, nous avons commencé à utiliser la plate-forme Issuu avec différentes manières de présenter des travaux en ligne, en se servant de nos propres photographies.

Le choix de la plate-forme est dû au fait que nous avons été fortement influencés par des albums photos contemporains et qu’Issu pourrait intégrer ce mode de fonctionnement du photobook.

On préférait se concentrer sur l’ensemble des oeuvres plutôt que sur des photographies individuelles et nous voulions nous éloigner des mises en page standards des magazines qui intègrent souvent des articles, des interviews, etc.

Généralement, lorsque cela se produit, l’essence même de la manière de présenter un photobook s’estompe. Au bout d’un certain temps, nous nous sommes aperçus que le tout fonctionnait de lui-même comme une publication en ligne, plutôt que d’imiter un livre imprimé.

Alors, quand nous avons commencé à rassembler de la matière pour le premier numéro, nous avons pris contact et nous avons partagé notre idée avec des photographes dont les œuvres nous étaient familières.

En avril 2012, le premier numéro du magazine COIL a été publié.

©Stéphane C.

Pourriez-vous expliquer ce nom, Coil… Est-ce une sorte de paradoxe ou peut-être un lien entre le numérique et l’argentique ?

C’est assez drôle que tu aies fait ce rapprochement. Nous n’avons jamais pensé à ça. Le nom été l’idée d’Ilias et a été choisi surtout parce qu’il sonne bien et qu’il est beau quand il est écrit. Un nom ne doit pas nécessairement signifier quelque chose ou informer sur le contenu.

Il devrait plutôt servir comme une extension de l’ensemble et donner des indications sur les valeurs esthétiques. Le mot «bobine» et la spirale sont des symboles et peuvent être interprétés différemment selon les personnes.

Le mot «bobine» peut être une expression audiovisuelle à part entière et peut fonctionner comme une introduction à ce qui va suivre.

Copyright : de haut en bas, ©Damien Daufresne, ©Michael Ackerman, ©Stephane C.

For the English version, click More

Lire le reste de cette entrée »

OFF-the-wall-Fatoumata-Diabate

« Révéler les photographies émergentes, réveiller les images mal connues ».

L’ambition de OFF the wall, une revue dont le 1er numéro est sorti en avril dernier, est affichée. Sortir une revue papier de qualité, un « album d’images » que le lecteur voudra toucher, feuilleter et garder. Et pour cette belle carcasse, l’équipe de OFF the wall concocte une sélection faite de représentants de la photographie contemporaine et d’images vintage. Chaque édition, limitée à 1000 exemplaires, est tirée sur du papier de qualité éco-certifié. Un site accompagne la version papier avec des galeries de portfolios de photographes.

OFF-the-wall-FX-Gbre

La fondatrice Anna Alix Koffi, 34 ans, est journaliste et a officié comme réd chef-adjointe de la revue MORE. Avec OFF the wall, elle a semble-t-il mené jusqu’au bout, l’un de ses rêves, peut-être le plus fou. Pour expliquer le choix du nom de la revue, elle cite tout simplement le morceau de Mickaël Jackson Off the wall (1979) :

Gotta hide your inhibitions
Gotta let that fool loose deep
inside your soul
Want to see an exhibition
Better do it now before
you get to old
‘Cause we’re the party people
night and day
Livin’ crazy that’s the only way

OFF-the-wall-Lisa-Roze

Peut-être plus ringarde (quoique…), cette citation de René Char m’a traversé l’esprit en lors de l’écriture de ce billet. A bon entendeur…

René Char : « il n’y a que deux conduites avec la vie : ou on la rêve ou on l’accomplit. »

Derrière un nom sautillant et enfantin, Our age is 13 se cache un site d’actu de photographie. Lancé par Molly Benn -qui a été rejointe par François de Montremy- ce webzine culturel a vocation à prendre une place importante dans le champ des médias qui traitent de la photographie contemporaine. Leur créneau est de regarder autant du côté des photographes dits émergents que de celui des plus connus. La vidéo occupe une large place sur le site. Présentation et perspectives avec les deux principaux concernés : Molly et François.

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

Qui êtes-vous Molly Benn et François de Montremy ?

Molly : J’ai 24 ans, je suis passionnée de photographie depuis l’enfance. Sur Our age is 13, je m’occupe de la direction éditorial. Je choisis les sujets, rédige les articles et mène les interviews.
J’ai créé Our age is thirteen en novembre 2011, alors que j’étais dans une période de chômage. Pour garder mes neurones éveillés, j’ai décidé d’aller interroger les photographes qui m’intéressaient, me perturbaient…et c’est ainsi qu’est né le blog.
Ce qui m’inspire…les belles images et les parcours de vie. Je suis fascinée par l’énergie que développe les photographes pour réaliser leurs images et les montrer.

Imp-ecran-Our-age-is-13

François : J’ai 26 ans, je m’occupe essentiellement des couvertures en vidéo. J’ai commencé à travailler avec Molly pour l’aider sur ses premiers sujets vidéo alors qu’elle tenait le blog toute seule. Lorsqu’on a décidé de faire de Our Age is 13 une aventure sérieuse, j’ai voulu m’intégrer plus sérieusement dans l’équipe. Maintenant je me charge de filmer, de gérer la prise de son, de monter et de mixer nos sujets le plus vite possible. Ces sujets sont pour certains publiés sur le site, les autres sont proposés à d’autres magazines de photographie sur Internet qui sont demandeurs de contenu vidéo. J’essaie aussi de réfléchir à de nouvelles manières de transmettre l’information en vidéo sur Internet, à de nouvelles manières de s’organiser dans le travail pour pouvoir avoir un bon flux à deux et d’expérimenter par moment de nouveaux formats pour les sujets, mais je pense qu’on en verra plus sur le prochain site.
Ce qui m’inspire le plus ? Ce sont les différentes manières que l’on a de transmettre l’information en règle générale, que ce soit le langage, le son, l’image, la musique ou même le goût et les odeurs. J’ai toujours été fasciné par les artistes, les journalistes, les cinéastes et les personnes qui ont été capables de communiquer avec brio des émotions et des découvertes à d’autres êtres humains. Rien n’est plus beau que d’être sorti de sa bulle, et d’y revenir pour l’agrandir avec ce qu’on a trouvé dehors.

Quelle est la ligne éditoriale de Our age is 13 ?

Our age is thirteen s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la photographie. Notre ambition de départ était d’aller interroger les photographes sur leur parcours, sur leur vie quotidienne. Sans vouloir entrer dans leur intimité, on se demandait tout de même ce qui nous pousse aujourd’hui à poursuivre nos rêves malgré le contexte de crise assez présent.Aujourd’hui, on peut résumer notre positionnement en trois axes :
– une place aussi importante à la photographie émergente qu’aux photographes installés
– Our age is thirteen vit avec les photographes et se pose comme un insider du milieu de la photographie
– une liberté éditoriale due à notre liberté financière (notre viabilité économique ne dépend pas des annonceurs).

Vous venez de réussir une collecte KissKissBankBank pour transformer ce site en web-magazine…Que trouvera-t-on dans la nouvelle formule de Our Age is 13 ?

Depuis plusieurs mois, on réfléchissait à un modèle économique pour notre blog. On avait envie de pousser le projet plus loin en devenant un vrai web-magazine. Le kisskissbankbank nous a permis de réunir des fonds pour acquérir du matériel et mettre en place un nouveau site internet qui signera les débuts d’Our age is thirteen en tant que magazine en ligne.
Qu’est-ce qui va changer pour l’internaute ?
– plus d’éditorial, nous nous entourons en ce moment pour faire grandir notre équipe éditoriale
– un véritable agenda et relais des évènements photographiques
– un agenda des concours, bourses et résidences pour photographes
– plus de vidéos sur ce beau milieu de la photographie (on a couvert récemment le festival des Rencontres d’Arles, les Promenades Photographiques de Vendôme et Portrait(s) à Vichy).

19 journalistes ont été tués dans le monde, depuis le début de l’année. 9 Net-citoyens et citoyens-journalistes sont également morts. Une ONG comme Reporters sans frontières défend la liberté de la presse partout dans le monde. Plusieurs fois par an, elle sort un album photo que le public peut acheter. Nous en avons souvent parlé dans ce blog : ici et . Les ventes de cet album financent (entre autres recettes) les activité de l’ONG. Le nouveau numéro est consacré au photographe de l’agence Magnum, Paolo Pellegrin. Un petit aperçu…

Paolo Pellegrin_1

1. Un sans-abri à Fresno, États-Unis 2011

Paolo Pellegrin_2

2. James, résident du foyer House of Mercury, un abri dans le nord-est de Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

Paolo Pellegrin_3

3. Une famille dans le quartier de Crescent à Rochester. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

Paolo Pellegrin_4

4. Vanelia, une jeune mère de Puerto Rico, chez elle dans le quartier de Crescent. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

Paolo Pellegrin_5

5. Un gérant de fast-food au nord-est de Rochester est interrogé, soupçonné d’avoir menacé un client avec un fusil de chasse. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

Paolo Pellegrin_6

6. Des membres du RID de Miami (Robbery Intervention Detail) font un contrôle de routine à Miami, Floride. États-Unis, 2012

Paolo Pellegrin_7

7. Un enfant du côté mexicain de la clôture à Colonia Rancho Anapra, un quartier voisin de Ciudad Juárez. États-Unis/Mexique, 2011

Paolo Pellegrin_8

8. Des membres du TRU, la Tactics and Rescue Unit de la police de Miami, effectuent un contrôle. Miami, Floride. États-Unis, 2012

Toutes les photos sont l’oeuvre de @Paolo Pellegrin-Magnum Photos

J’ai retrouvé dans les tiroirs de cette grande commode qu’est le back office de ce blog, une sélection de livres qui était prête pour les soirées hivernales. Elle n’a pas été publiée. Pourquoi ? Allez savoir….L’été approche et l’occasion de lire dans les parcs ou de faire grimper son quota de lectures annuelles aussi. Et puis ce n’était que délicatesse que cette liste composée avec inspiration par la délicieuse Catherine Le Pape, de Librairie & Curiosités située à Quimper. 

the roma journeys cover550

The Roma journey de Joakim Eskildsen, Steidl

Le photographe danois Joakim Eskilden et l’écrivain Cia Rinne ont vadrouillé en Europe et dans le monde (Grèce, France, Inde…) pour aller à la rencontre du peuple tsigane. Pour tailler en pièce les clichés négatifs sur les Roms et pour apprendre à découvrir ce qui façonne ce peuple.

Félix Nadar at work, 1889 -by atelier Nadar

Quand j’étais photographe de Nadar, Actes Sud

Quand j’étais photographe a paru en 1900 alors que Nadar avait quatre-vingts ans. Il s’agit d’une suite de récits dans lesquels le célèbre photographe (…) raconte ses expériences les plus surprenantes, dont les premières photographies aérostatiques effectuées en ballon ou ses déambulations dans « Paris souterrain », des anecdotes liées aux gens qu’il photographie, aux artistes et inventeurs qu’il fréquente.

thomas-lelu-manuel-de-la-photo-ratee-o-2756100781-0

Le manuel de la photo ratée de Thomas Lélu, Léo Scheer

Quitte à rater sa photo autant bien le faire et cultiver une esthétisme du ratage. C’est en tous cas ce que propose l’écrivain-photographe-plasticien Thomas Lélu dans son Manuel de la photo ratée.

Mort de la photo de famille ? De l’argentique au numérique de Irène Jonas, chez L’Harmattan

La sociologue Irène Jonas s’interroge sur les mutations des photos de famille à l’ère du numérique. Quelle influence ce nouveau support va-t-il créer sur une pratique vernaculaire, que chacun a pratiqué ou a vu pratiquer ? L’auteur mène dans le livre de nombreux entretiens et rappelle l’histoire de la photographie de famille, un sujet sur lequel elle travaille depuis longtemps.

Selection-livres-Mamika-DEF.php

– Mamika & co de Sacha Goldberger chez Editions place des Victoires

Les aventures de Mamika reviennent ! Nous avions déjà parlé de cette super mamie mise en scène par son petit-fils, le photographe Sacha Goldberger. Cette fois, Mamika n’est plus seule. Elle est entourée. L’univers de cette mamie particulière est fait de capes, de déguisements, de tout l’univers des super-héros. Un monde toujours aussi fantasque, des photos réjouissantes !

>>>>>>> Et un petit dernier pour la route…

– Les collections de livres photos pour enfants chez Tourbillon

Les éditions Tourbillon font de « la poésie, la fantaisie, l’imaginaire et l’éveil
du sens esthétique » leur credo maison. Le pari est réussi et les livres photos pour enfants aussi!

L’un a les mots, l’autre les yeux.

En mars 2012, Arnauld Bernard (journaliste) et Nicolas Datiche (photographe), se sont rendus au Japon, un an après le tsunami qui a ravagé les côtes du nord-est de l’île de Honshü. Ils viennent d’auto-produire un livre Tsunami Afternath, tiré de leurs travaux sur place. Ces deux membres du Collectif Off source racontent et photographient des immensités fantomatiques où les déchets sont les seuls restes du passage de l’homme. Le silence étourdissant, parfois rompu par le bruit des palmes d’un hélico, s’impose à tous les niveaux. « On se mettait spontanément à chuchoter, raconte Nicolas, alors qu’il n’y avait aucune raison de le faire. »

Les auteurs embarquent le lecteur dans un monde qu’il a la sensation de connaître en raison du flot incessant de reportages publiés à l’époque. Et pourtant… Nicolas Datiche et Arnauld Bernard ont pris leur temps, ont rencontré des survivants, des déshérités, des familles de victimes. Pas question de faire un instantané de la situation. Au contraire, ils proposent un portrait construit et réfléchi de l’état des choses.

Page après page, le lecteur prend le temps de réaliser : l’ampleur de la catastrophe, ses conséquences. Il ne faut pas se tromper sur ce livre : ce n’est pas un récit de journalistes dans un paysage de récit de SF. C’est un témoignage qui implique à la fois les auteurs et la réalité qu’il y a derrière. Pas étonnant d’ailleurs que Nicolas Datiche, le photographe, part s’installer au Japon.

>>>> Pour Photosmatons, ils ont chacun choisi une photo qu’il commente.

Check point d'entree de la zone interdite a Hirono ©Nicolas Datiche/Wostok Press

Check point d’entree de la zone interdite a Hirono ©Nicolas Datiche/Off source

Arnauld Bernard : « Dans le cadre de ce reportage, notre premier rendez-vous avait lieu à l’entrée de la zone interdite, autour de la centrale accidentée de Fukushima. Sur l’autoroute, rien ne laissait présager de ce qui se trouvait à une poignée de kilomètres. A la sortie d’un village, la route s’arrête, tout simplement. Les automobilistes sont appelés à faire demi-tour, et s’ils ne suivent pas ce conseil, ils tombent nez à nez avec le check-point de J-Village. Et en quelques centaines de mètres, les compteurs s’affolent : la radioactivité est là, tout autour, invisible, et instinctivement, on respire moins bien. De la zone interdite sort des camionnettes ou des autobus remplis de travailleurs qui ont l’air exténués. Les gardes nationaux qui tiennent le check-point ont pour seule protection un masque, comme celui que l’on porte dans le reste du Japon quand on a la grippe. Les militaires viennent à notre rencontre, veulent connaître nos intentions. Derrière l’un d’eux, j’aperçois une pelouse ornée d’un ballon de football grotesque, rappelant que c’est ici que s’entraînait l’équipe nationale, avant la catastrophe, car le coin était réputé pour son bon air marin. Dans l’épicerie du village, les travailleurs rencontrés ont l’air jeunes, très jeunes pour certains. Ce sont des travailleurs journaliers, qui touchent des primes pour travailler dans ces conditions dangereuses, et à qui on demande parfois de débrancher leurs compteurs pour sous-évaluer les taux de radiation. La photo de ce barrage symbolise pour moi la gravité de la situation, mais également le début des mensonges, de la désinformation, de l’inefficacité des dispositifs mis en place autour de cette crise. Et l’impression d’une improvisation permanente, aussi. »

Sanctuaire shinto detruit parmis les ruines ©Nicolas Datiche/Wostok Press

Sanctuaire shinto détruit parmi les ruines ©Nicolas Datiche/Off source

Nicolas Datiche : « La première fois que je me suis rendu à Omagarihama (Higashi-Matsushima), le sentiment le plus fort était que rien n’avait changé depuis le jour du tsunami, que l’eau venait de se retirer, et ce même un an après la catastrophe. Nous avions, dans un premier temps, rencontré des habitants de ce quartier résidentiel de bord de mer pour réaliser des interviews. Au milieu des maisons ravagées, un mélange de boue, de détritus, d’objets de la vie courante et d’éléments de vie humaines recouvrait le sol… Et puis il y avait ce bateau, le Chôkai-maru, qui avait été porté par les vagues par dessus la jetée et qui avait écrasé plusieurs maisons, dont nous venions de rencontrer les propriétaires survivants. C’était la fin de l’après-midi, la lumière commençait à tomber sur le lotissement, on se promenaient au milieu de ces ruines, parlant peu, chuchotant plutôt, tant le silence était impressionnant. Puis le vol d’un hélicoptère de la sécurité civile a commencé à se faire entendre, et l’absence totale de bâtiment ou de relief amplifiait le son de manière cinématographique, bien avant qu’on ne puisse le voir. C’est ce qu’avait dû entendre les rescapés, quelques heures après la vague. Avant que le soleil ne se couche, j’ai aperçu le sanctuaire Shintô. J’avais trouvé ma photo. »