Pour finir en beauté cette conversation avec Candace Feit, voici un portrait chinois auquel elle a bien voulu répondre.

Si tu étais une ville, tu serais…San Francisco

Si tu étais un pays, tu serais…l’Amérique

Si tu étais un compliment, tu serais…la patience

Si tu n’étais pas photographe, tu serais…soudeuse

Si tu étais une femme que tu admires, tu serais…Sally Mann

Si tu étais un sentiment, tu serais…bouleversée

Si tu étais un appareil photographique, tu serais…un Kodak Land Camera

Si tu devais réunir quatre personnalités (vivantes ou mortes) pour un dîner, tu inviterais…

1) Paul Simon     2) Gertrude Stein       3) Jonathan Franzen       4) Sally Ride

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Avant de savoir que Candace Feit était photoreporter, j’ai d’abord su qu’elle avait photographié l’Inde et notamment la région de Pondichéry. J’avais beaucoup aimé le travail sur les couleurs, l’atmosphère et l’étrange calme qui se dégagent de ses photos. Voici donc la deuxième partie de notre échange centrée sur l’expérience indienne de Candace Feit.  
Combien de temps as-tu vécu en Inde ? J’y ai vécu 2 ans et demi.
Pourquoi en être partie ? Pour des raisons professionnelles, nous avons déménagé à Johannesbourg en Afrique du Sud.
Comment décrirais-tu les Indiens (en 2 ou 3 mots) ? C’est impossible en 2 ou 3 mots !
Tu as choisi de photographier avec un Hasselblad…Pourquoi ? J’utilise un Hasselblad parce que j’ai de bonnes sensations avec et j’aime les photos qu’il prend. C’est tout un processus : je shoote, je ramène le film à la maison puis le développe. Après ça, je scanne image par image. Ca prend beaucoup de temps ! Je pense que ça m’aide à m’engager davantage, parce que chaque photo est un effort.
Qu’as-tu appris de ce pays…devrais-je dire de ce continent ? Tellement de choses et à la fois pas tant que ça…L’Inde est immense. Je dois dire que après 2 ans et demi passés là-bas, j’avais l’impression que je venais d’arriver. J’ai un peu voyagé à travers le pays mais il reste de nombreux coins où je n’ai pas mis les pieds et que je rêve de découvrir.
Comment as-tu décidé de travailler sur la proximité avec la mer, sur la relation entre les gens, le manque d’intimité, l’espace personnel de chacun ? Ces thèmes s’imposent-ils d’eux-mêmes dans un pays de 1,2 millions d’habitants ?
J’ai commencé le projet à Pondichéry en 2010, à l’occasion d’une résidence d’artiste de trois semaines. La mer m’a toujours attirée donc j’ai commencé à travailler progressivement sur les communautés de pêcheurs autour de Pondichéry. J’ai l’impression que mon travail est de meilleure qualité dans des endroits plutôt calmes – et ce n’est pas toujours simple à trouver en Inde. Grâce au processus photographique, j’ai essayé d’imposer un peu de calme dans le décor.
Les paysages en Inde sont très colorés avec des couleurs très vives. Mais sur tes photos, les couleurs sont très douces, comme adoucies. Beaucoup de sérénité et de calme ressortent de ces photos…Merci, c’est très gentil ! C’est effectivement ce que j’essaie de représenter avec mes photos. J’ai cette sensation que dans un endroit comme l’Inde, si chaotique et coloré, extraordinaire mais très intense, il y a aussi de la tranquillité, du calme et de l’espace – pour celui qui en cherche.
Un grand merci à Alexander Turnbull.
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Voici la 1ère partie de l’interview de Candace Feit. Cette photographe américaine a travaillé pour de nombreux journaux dont les noms ne vous sont pas inconnus, citons dans le désordre et sans être exhaustif le New York Times, Le Monde, le Christian Science Monitor…Au départ, nous devions discuter par mail (Candace habite à Johannesbourg) de ses photos prises en Inde. Puis de fil en aiguille, la conversation virtuelle s’est élargie. Je vous propose d’en découvrir quelques fragments et surtout les photos de Candace Feit que vous retrouverez sur son site Wishyouhappy

Rebelle Touareg, Niger, 2008 ©Candace Feit

Avant de devenir photographe, j’ai lu que tu as travaillé pour la marque de jouets Lego…Oui, tout à fait ! J’ai travaillé pendant presque quatre ans pour la Lego company à New York. J’étais en charge du site web des produits enfants et des Duplo. J’ai adoré travailler pour eux. C’est presque aussi fun que ce qu’on imagine.

Pêcheurs, 2009, Sri Lanka ©Candace Feit

Etre une photographe femme dans un milieu très masculin change-t-il quelque chose ? Je ne sais pas en quoi le fait d’être une femme influence mon travail. Parfois, je pense qu’être une femme permet de se fondre plus facilement dans le décors ou d’être moins intrusive que ne pourrait l’être un homme. Parfois, c’est l’inverse. Chaque situation est différente donc ça peut être un avantage come un inconvénient. Je pense que le comportement adopté par un photographe lorsqu’il travaille est plus important que son genre. Il est évident que si tu es capable d’observer, d’être naturel et de mettre les gens à l’aise, ils seront alors plus acessibles, ce qui se ressentira dans les photos obtenues.

Masque de Gorée, Sénégal, 2006 ©Candace Feit

Y a-t-il des pays où il est plus difficile de travailler ? Des exemples ? Oui, bien sûr. Par exemple : le Maroc et le Nigéria. Dans ces deux pays, j’ai connu des situations difficiles. Il s’agit de deux cultures très différentes mais dans les deux cas, les gens ne veulent pas être photographiés. Il faut du temps et beaucoup d’efforts pour qu’ils s’ouvrent.  Je travaillais sur un sujet d’actualité au Nigéria et sur un reportage de voyage pour un magazine au Maroc. Les deux étaient aussi difficiles.

Débris après le combat, nord du Niger, 2008 ©Candace Feit

Comment tu travailles en zone de conflit, comment gères-tu ta peur ? Je n’ai jamais travaillé en zone de guerre.

Femme rentrant chez elle, delta du Sine Saloum, Sénégal, 2008 @Candace Feit

Nous avons déjà parlé d’une fondation dans ce blog, le Dart center, qui travaille sur le stress post-traumatique chez les journalistes, reporters, photographes. Te souviens-tu de situations délicates particulières ? Je ne suis pas hantée par des souvenirs traumatisants. Mais je pense toujours à certaines situations que j’ai vécues en me demandant ce que les personnes que j’ai photographiées deviennent. Non pas parce qu’elles étaient en zone de conflit, mais plutôt si elles sont malades, si elles ont accès à l’eau potable, si elles ont assez à manger…

Camp, Vermont, Etats-Unis, 2007 ©Candace Feit

Quelles sont les principales qualités d’un bon photoreporter ? Pour moi, un bon photoreporter s’intéresse et s’implique dans le monde qui l’entoure. Si tu n’as pas d’empathie, si tu ne t’intéresses aux gens, c’est très difficile de faire des images fortes de ce qu’ils vivent. Tu dois t’intéresser au monde, suivre l’actualité et écouter les histoires des autres. Sans ça, il est difficile d’être un bon photojournaliste.

Village le long de la rivière Ivindo, Gabon, 2009 ©Candace Feit

Quels conseils donnerais-tu à un jeune photoreporter qui veut se lancer ? Mon conseil, c’est d’apprendre à observer le monde qui t’entoure. Sors dans ton jardin et photographie les objets qui s’y trouvent. Prends plein de photos et exerce-toi. C’est pas trop grave si tu n’as pas l’équipement dernier cri ou l’appareil le plus cher. On peut faire des photos très intéressantes avec n’importe quel appareil.

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UNE VILLE, UN PHOTOGRAPHE #3. Pendant les vacances en Bretagne, Photosmatons poursuit ses rencontres… Philippe Béasse fait de la photo, depuis des années, pour son plaisir. L’autre plaisir qu’il se fait régulièrement est de s’envoler pour les Etats-Unis, un pays qu’il adore parcourir. Cet amoureux de Big Apple expose, jusqu’au 24 août, une série de photos sur la ville au château de Tronjoly, à Gourin (56).

C’est l’ambassadeur des Etats-Unis en France himself, Charles H. Rivkin, qui a inauguré l’exposition de Philippe Béasse. Et quand l’Ambassadeur se déplace, il n’apporte pas les Ferrero mais plutôt une horde de men in black…qui vous lancent des regards suspicieux parce que vous sortez fumer une clope avant la fin des causeries officielles. On ne badine pas avec la sécurité de l’Ambassadeur, assurée par les Marines. Dans ce château au nom improbable -Tronjoly-, la venue du plus jeune ambassadeur américain bouscule le cadre et le calme si champêtres. Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander pourquoi il venait à Gourin ? Le fin mot de l’histoire se trouve sur la page Wikipédia de la ville qui explique très bien les liens particuliers existants entre la mégalopole américaine et cette commune rurale bretonne. Pour des raisons économiques, de nombreux Gourinois se sont envolés aux Etats-Unis, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Beaucoup de Français vivant ou ayant vécu à New York ont un lien avec Gourin. Selon le maire David Le Solliec, ils sont 5000 New Yorkais dans ce cas, alors que la commune ne compte que 4400 habitants ! New York est la ville la plus Gourinoise du monde, plus Gourinoise que Gourin ! Je ferme cette parenthèse et laisse place au New York de Philippe Béasse.

Trois mots pour qualifier New York ? 

Energie : On la ressent en permanence, comme une secousse sismique, sourdement, voluptueusement. Il pourrait y avoir un sentiment de panique tant l’énergie est palpable. Mais, à aucun moment, on ne se sent en danger !

Audace : Il en faut pour tenter l’expérience new-yorkaise, pas pour y séjourner quelques jours ou quelques semaines mais pour s’y établir. Et quelle audace il a fallu pour élever l’ensemble de la cité vers les nuages !

Elégance : Il y a certes des écarts impressionnants entre tous les boroughs de New York mais l’ensemble créé une manière de vaisseau improbable, posé en équilibre sur l’eau comme sur le bout du monde et d’une folle élégance.

Premier souvenir photographique là-bas ? 

Les premières photos des toutes premières minutes sont prises comme le premier repas après une famine, jusqu’à l’écœurement. La  « bonne » première photo, celle qui donne un sens à toutes les autres, comme le titre d’un livre, s’impose tout naturellement et donne à une série son homogénéité et équilibre le regard.

Qu’est-ce que tu préfères photographier : les gens/l’architecture/le paysage ? 

Les gens ? C’est compliqué à New York… je n’aime pas voler les images. Il faut que j’établisse le contact lorsque je veux photographier des personnes. Les perspectives sur la ville explosent littéralement devant l’objectif. En fait, il y a eu tant de photographies faites sur New York qu’on est constamment tenté de se « censurer » pour ne pas tomber dans le cliché. Alors il reste les ambiances, les impressions, au sens pictural du terme et les sons aussi, curieusement les sons se laissent photographier. Je photographie avec mon état d’âme et les émotions du moment.

Un quartier particulièrement intéressant à visiter/photographier ?

C’est comme  si on me demandait de choisir entre mes enfants ! Mais bon, c’est le jeu. J’ai adoré photographier Coney Island, les attractions d’un autre temps, immobilisées par l’hiver, les cabanes glauques du walkboard, les boîtes à burgers ou à hot dogs. Le quartier, en déconfiture complète, est à deux pas de la superbe plage de Brighton et à 40 minutes en train du cœur de Manhattan. Il vit certainement ses dernières heures avec sa nostalgie. A mon avis, les promoteurs auront vite fait de s’approprier l’endroit. Au prochain séjour je me suis promis de découvrir le quartier de Red Hook. Il paraît que c’est une expérience incroyable.

Moment préféré de la journée pour prendre des photos ? 

Je vais à New York en hiver, pour des raisons de calendrier professionnel. J’aime me lever avant l’aube et profiter de la première lumière toute fragile, quand la ville commence à peine à s’animer…Contrairement aux idées reçues, New York s’endort aussi ! J’aime quand la ville est givrée, très tôt le matin, et qu’on peut apercevoir toute sa respiration.

As-tu un rituel dans la ville ?

On marche énormément dans cette ville. Et, il y a une chose que je fais systématiquement. Je fais les trajets dans les deux sens car les perspectives sont complètement différentes. Quand on a arpenté une rue d’Ouest en Est, il faut absolument faire le chemin inverse pour être certain de n’avoir pas manqué l’essentiel.

Y a-t-il un réglage que tu préconises ?

En travaillant les photos je remarque ne jamais monter au-dessus de 55 mm et ne jamais descendre en-dessous de 20mm.. Alors le 24-70 f :2.8 de Nikon est parfait pour moi, il fait des merveilles avec un plein format. Et je rêve d’avoir une genouillère à la jambe droite car pour retrouver la perspective des images qui m’ont fait rêver de New York (Saul Leiter), je photographie toujours un genou à terre avec une sorte d’humilité et de respect, bien vu dans les quartiers tièdes.

Aurais-tu des bons plans, des adresses à partager avec les lecteurs de Photosmatons ?

Une soirée au Fat Cat sur Christopher et la 7e, dans Greenwich Village, un club que j’ai découvert grâce à ma fille. On peut jouer au ping-pong entre les cafards en buvant des bières et en écoutant des groupes très différents. Il y a aussi le marché sous Grand Central Terminal, une balade par la ligne F qui surplombe Brooklyn de Manhattan à Coney Island. Pour jouer les touristes, on peut embarquer pour une croisière Circle Line depuis l’embarcadère de Pier 83, à l’ouest de la 43e. En hiver, le mieux est de prendre un départ vers 16h, pour voir la ville s’illuminer au retour.

Légendes : Reproduit avec l’aimable autorisation de Philippe Béasse. De haut en bas : « Sandwich man », « New York times, The grey lady », « Meet miss Subway », « Lunch time », « Rub under snow », « Barber shop », « Mr Parking », « Smoke and snow », « Trinity church ». 

PHOTOSMATONS en vacances – Première escale de ces vacances : la Bretagne. Je m’éloigne un peu de la photo mais reste dans l’univers visuel pour vous conseiller l’exposition « Du coq à l’âne » à Quimper, un regard sur le travail du graphiste, publicitaireaffichiste, artisteAlain Le Quernec. La médiathèque des Ursulines à Quimper propose une sélection d’affiches créées depuis plus de vingt ans par de celui qui refuse toutes les appellations barrées ci-dessus.

On le retrouve sur un point : il n’est aucun des quatre, il réunit les quatre. Graphiste, inévitablement. Pour l’art de combiner impact visuel et jeu textuel. Publicitaire pour cette attention portée au sens du message et à la façon de le transmettre (il a plus travaillé pour des ONG ou des institutions que pour des marques). Affichiste car depuis 1962 ce support reste, d’après wikipédia, son préféré. Artiste, assurément. Parce qu’il allie les trois qualités, parce que de ses affiches (j’ai failli écrire toiles) transpire une part de cet homme qui manie l’humour parfois avec acidité, doué avec les jeux de mots et de formes, aux engagements fermement humanistes et aux racines résolument ancrées. Une exposition -gratuite- à visiter pour ceux qui se trouvent dans la région.

Infos pratiques : Du coq à l’âne, exposition à la médiathèque des Ursulines à Quimper. Contact : 02 98 98 86 60. Entrée gratuite. Jusqu’au 1er septembre 2012.

Légendes (de bas en haut) : affiche de l’exposition personnelle à la médiathèque des Ursulines, Quimper (2012).  Affiche sur le pâté Hénaff. Affiche pour le maintien de la pêche. Image publiée pour Les Verts à l’occasion du naufrage du pétrolier Erika (1999).