Cette interview a été réalisée, il y a quelques mois déjà. Antoine Vuillermet, ingénieur qui passe beaucoup de temps à l’étranger pour son travail, était venu son Leica sous le bras. Il semblait douter de sa légitimité à s’exprimer sur le Leica, cet appareil photo de légende utilisé entre autres par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Peut-être parce qu’il n’est qu’un amateur, sans doute parce qu’il « n’aime pas spécialement montrer ses photos ». Photosmatons l’a interrogé sur son Leica et publie cinq de ses clichés.

Origine. En 2004, il achète son Leica à un étudiant, au Mali. Ce dernier prenait des photos dans la rue pour se faire de l’argent. « Il avait trois appareils en bandoulière -pour le style photographe de rue- dont un Leica qui lui avait été offert par un policier français, raconte Antoine. L’appareil ne fonctionnait pas, il a accepté de me le vendre. »

Addition. « Ca m’a coûté un bras ! » Antoine a dû faire des réparations pour que son Leica des années 80 fonctionne. L’addition s’élevait à 600 € pour un appareil acheté 300 000 francs CFA [ndlr : nous n’avons pas effectué la conversion, si certains veulent s’amuser….].

Souvenir, souvenir ? « En 2004, avant que je ne me mette à photographier des paysages et des personnes en Afrique, je trouvais ça ridicule de faire des photos. J’ai rencontré une photographe britannique. Elle passait des heures à photographier. Je l’accompagnais, je voyais la construction des photos. Je me suis alors rendu compte que la photographie, ce n’était pas juste des souvenirs ramenés à mamie. Il y a un photographe dont j’admire le travail c’est Ansel Adams qui fait des photos de paysages aux Etats-Unis dans les années 50-60. »

Côté artisanal. Quand il l’achète, le Leica ne représente rien pour lui. Il commence à l’utiliser en Afrique : « tu rates forcément certaines photos car il y a une manip et un choix à faire, c’est le côté sympa et artisanal du Leica. Avec lui, tu as les yeux grand ouverts, tu vois ton environnement proche. J’aime aussi le fait de faire attention à ce que tu prends en photo. Il faut être plus préparé, construire les images avant de les prendre. »

Leica connexion. « Ca arrive, oui, qu’un photographe m’interpelle sur mon « bel appareil ». En général, je fuis ces gens-là en courant. Ca ne m’intéresse pas de créer un lien avec quelqu’un juste parce que l’on a le même appareil. Ca me fait le même effet que les gens qui s’extasient et s’auto congratulent sur leurs bagnoles genre les propriétaires de Mercedes ou de BMW. »

Leica relation. Antoine parle d’une relation affective avec cet appareil, un peu comme le fait d’avoir une belle montre.

Anecdote chinoise. Quand je lui demande une anecdote, Antoine ne trouve pas. Il a beau se gratter la tête pour montrer qu’il y met du sien mais rien ! Et puis… « Ah si je me souviens l’avoir oublié dans un cyber café plein à craquer, un jour, en Chine. Quand je m’en suis aperçu, j’ai pris mon vélo et j’ai pédalé comme un dératé. L’appareil, qui était là depuis au moins deux heures, n’avait pas bougé. En Chine, Leica n’a pas la même notoriété. L’aspect vieilli, ça marche pas là-bas. »

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Toussaint, commémoration du 11 novembre, arrivée confirmée de l’hiver. Le livre dont il va être question War is personal d’Eugene Richards n’apportera ni lueur d’espoir, ni réjouissance. Je l’ai découvert dans le Polka #10. Un encadré de Jean-François Leroy résume la démarche : « avec un boîtier, une simple optique, et surtout beaucoup de temps passé à rencontrer les gens, Eugene Richards a construit l’un des reportages les plus puissants contre la connerie de la guerre. Un réquisitoire implacable. »  Sans jamais quitter le sol américain, le photographe livre un témoignage aussi fort qu’un reportage sur le lieu du conflit, en Irak.

Deux précisions : Eugene Richards n’a pas trouvé d’éditeur et a publié le livre à compte d’auteur. Seuls les droits de la couverture du livre sont libres. Je ne peux donc pas diffuser d’images de ces soldats aux gueules ravagées (l’un d’eux a perdu 40 % de son cerveau et se retrouve avec une moitié de visage), aux corps criblés de balles ou définitivement cloués dans des fauteuils roulants, aux témoignages désespérants, aux histoires familiales brisées. Pas besoin d’en ajouter.  Simplement, je conclue par un texte très fort d’un vétéran de la guerre de Vietnam.

A Soldier’s Eyes – Johnny Hutcherson

Regardez dans les yeux d’un soldat et vous pourrez dire combien de guerre et de sang ils ont vu. Le regard ne lui donne pas un air plus courageux, parce qu’il ne pourrait  pas avoir l’air courageux, même s’il essayait. Mais il y a quand même quelque chose chez le soldat qui est allé au combat. L’honneur des soldats naît de la façon dont ils vivent leur vie et du respect qu’ils portent aux autres. Ce sont des personnes qui ont été témoins d’évènements inimaginables. Leurs sentiments sont façonnés par une peur et un courage impensables.

Certains sont des hommes et des femmes bien élevés, d’autres non. Cependant, quand ils se retrouvent ensemble face à l’acier froid, au hurlement du plomb et aux ennemis dont le seul but est de les tuer, ils continuent de combattre les uns pour les autres, pour eux-mêmes, leurs proches, leur pays. Ils meurent dans les bras d’un ami, ou seuls, couverts de boue dans une rizière, certains rentrent à la maison et meurent seuls quand même. Peut-être dans une allée, peut-être dans un lit où, autrefois, s’allongeait près d’eux un époux ou une épouse qui a, depuis, décidé de partir. Certains meurent seuls et malheureux, sans  personne pour leur dire « tu vas me manquer ».

Seront-ils bientôt oubliés ou s’est-on jamais souvenu d’eux ? On se souvient de certains d’entre eux. On se rappelle d’eux en tant que ces fous qui vivent en bas de la rue. On ne s’en souvient pas pour ce qu’ils ont fait pour vous et moi, et pour ce pays. On s’en souvient pour ce qu’ils sont devenus par la suite. Ce qu’ils sont devenus car personne n’a essayé de comprendre et personne n’a voulu voir les dégâts causés par la guerre, les dégâts qui leur ont été causés.

Vous voyez ce regard fixe qui porte à des centaines de kilomètres ? C’est ce qu’il y a dans les yeux d’un soldat.

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Le mois de la photo a 30 ans. En cette année d’anniversaire, le thème retenu est la collection. On retient surtout une foison d’expositions. Tous les lieux d’exposition sont (malheureusement) concentrés dans la capitale. Mais, la plupart des expositions se prolongent au-delà du mois de novembre, ce qui permettra aux Parisiens et non-Parisiens d’en profiter plus longtemps. Photosmatons vous propose une petite sélection (au regard des nombreuses expositions proposées). Le mieux est évidemment de créer son programme : ici.

Photos Femmes Féminisme (1860-2000) : « Si aujourd’hui, la moitié des photographes sont des femmes, leurs aînées ont dû lutter pour se faire un nom. A côté de personnalités illustres telles que Gisèle Freund ou Irina Ionesco sont mis en lumière des talents plus méconnus. » Le teasing est de Jean-Luc Monterosso, directeur artistique de la manifestation. Très convaincant. Galerie des bibliothèques, 22 rue Mahler, IVe arr. Contact :01 44 59 29 40. Entrée : 2 € TP et 4 € TR.

Laurent Van der Stockt : il ne se reconnaît pas dans le qualificatif de photographe de guerre. Pourtant il a beaucoup travaillé en zone de conflit (République démocratique du Congo, Tchétchénie, Bosnie, Afghanistan, Haïti). Membre de l’agence Gamma, il a photographié pour la presse internationale l’humain, parfois dans sa plus grande cruauté, parfois capable d’une grande adversité. Les photos exposées sont celles réalisées en marge de son travail. Galerie Le petit endroit, 14 rue du Portefoin, IIIe arrondissement. Contact : 01 42 33 93 18. Entrée libre.

André Kertész : Pour l’instant, c’est la seule dont on peut parler en connaissance. La rétrospective consacrée au photographe hongrois (1894-1985) débute par des tirages originaux. Priez pour qu’il n’y ait pas trop de monde et qu’il reste des loupes mises à disposition par le musée pour pouvoir en apprécier les détails. La visite organisée de façon chronologique se poursuit avec des cartes postales de Paris, la séries de distorsions (où le corps photographie est déformé par un jeu de miroirs), des photos de New-York  et enfin une série de Polaroïd réalisés en homage à sa femme. Kertész est un photographe du quotidien au parcours chaotique mais capable de transcender les images du quotidien par un regard poétique et emprunt d’humilité. Une exposition à ne pas manquer et idéale pour ceux qui ne sont pas habitués aux expos-photos. Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, VIIIe arr. Contact : 01 47 03 12 50. Entrée : 7 € TP/ 5€ TR.

Saul Leiter : Pourquoi Saul Leiter ? Parce que l’on nous promet une exposition de photographies mais aussi de peintures. Ce photographe de mode reconnu n’a pas choisi entre les deux. Parce qu’il y a des photos de New-York, du noir et blanc et tout un travail sur les couleurs. Parce qu’en tombant par hasard sur certaines des photos exposées, on a envie d’en voir plus. Galerie Camera Obscura, 268 boulevard Raspail, XIVe arr. Contact : 01 45 45 67 08. Entrée libre.

Anonymes : Plusieurs photographes font partie de cette exposition inaugurale sur l’Amérique des anonymes. Ouvert en septembre 2010, le Bal est un lieu consacré à l’image-document et voulu par l’Association des Amis de Magnum. L’occasion de découvrir ce nouveau lieu d’exposition, « ancien plus grand PMU de France jusqu’en 1992 » !, d’après le site. Le Bal, 6 impasse de la Défense, XVIIIe arr. Contact : 01 44 70 75 50. Entrée : 4 € TP/ 3 € TR.

– Michael Ackerman : Ses photos de la ville de Bénarès (End time city, 1999) ont été récompensées du prix Nadar. Cet autodictate n’est pas guidé par une démarche documentaire quelconque. C’est plutôt un explorateur : des lumières/des flous/des contrastes/de l’âme humaine ou simplement de ses propres tourments. Il présente ses nouvelles photographies dans une série appelée Half time. Galerie Vu, 58 rue Saint-Lazare, IXe arr. Contact : 01 53 0105 03. Entrée libre.

Le rituel de la pose – L’Afrique en noir et blanc dans les années 70 : Dans les années 50, l’apparition du studio établit un lien très solennel entre le photographe et son modèle en Afrique. Le premier est un professionnel respecté qui jouit d’un statut social élevé. Le second vient pour immortaliser un présent universel. Les images seront ensuite transmises aux générations futures. Les photos de quatre photographes (Malick Sidibé, Jean Depara, Sébastien Mehinto et Oumar Ly) révèlent le respect mutuel qui s’installe entre le photographe et son modèle. Musée des Arts Derniers, 28 rue St-Gilles, IIIe arr. Contact : 01 44 49 95 70. Entrée libre.

… ET AUSSI…

New-York Promenade/USA underground : Galerie David Guiraud, 5 rue du Perche, IIIe arr. Contact : 01 42 71 78 62. Entrée libre.