En cette fin d’année, j’avais envie de me faire plaisir (en espérant qu’il soit partagé). Ça faisait longtemps que je n’avais pas parlé d’une femme. Je voulais aussi évoquer un univers en l’occurrence un univers fait de douceur, de légèreté, de poésie et un brin hippie. Cet univers est celui de la photographe Maud Chalard. J’ai découvert son travail en entendant parler de son amoureux, le photographe Théo Gosselin. Elle en parle d’ailleurs dans l’interview. Il me reste à vous souhaiter une bonne lecture et de belles fêtes de fin d’année !

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Alors j’ai 24 ans. Je vis sur Paris depuis 4 ans…ce qui est déjà beaucoup trop. J’ai d’abord suivi un BTS Communication Visuelle multimédia à l’école Estienne ainsi qu’un DSAA Design et stratégies de communication. Aujourd’hui je me suis dirigée vers la publicité. Je fais de la photo pour me vider la tête et faire ce que j’aime vraiment sans contrainte.

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Est-ce que tu te rappelles la première fois que tu as eu un appareil photo dans les mains ?

Absolument pas, j’ai une mémoire terrible. En revanche, je suis retombée sur une photo argentique de mon chien prise lorsque je devais avoir 7 ans. Elle est vraiment chouette. Je m’en souviens très bien, je l’avais installé sur une chaise longue avec un parasol et il me regarde bien en face, d’un air pédant. Très bonne retrouvaille.

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Tu photographies à l’argentique ou au numérique ?

J’ai d’abord commencé au numérique. À l’époque j’ai récupéré un d5000 de mon père. J’ai commencé en prenant ma sœur en photo principalement. Puis Théo m’a offert mon premier argentique… Ça a été le coup de cœur ultime ! Tout a pris son sens, depuis je ne travaille plus qu’avec ça.

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J’ai vu que tu as sorti une série de carnets sur les fleurs. Tu as eu une préférence dans les sujets que tu photographies ?

Oui, je porte une attention particulière à la lumière (enfin c’est pas un scoop pour quelqu’un qui prend des photos) et j’essaye toujours d’apporter une certaine sensibilité, poésie et fragilité dans mes photos. J’évite au maximum tout ce qui est mise en scène, retouches à outrance…J’ai une attirance énorme pour la lumière du matin, les corps nus (particulièrement les dos) et les lits… Le trio parfait.

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Si tu devais citer 3 photographes qui t’inspirent…

Mon cher Théo Gosselin, Ryan Mc Ginley, Kevin Russ, Jeff Luker…

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Que peut-on te souhaiter pour cette année à venir ?

Faire de belles photos, trouver un vrai chouette boulot, profiter deux fois plus de mes amis et enfin, le plus important, voyager avec Theo et s’aimer toujours plus fort.

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Parce que je fais toujours mes cadeaux de Noël en dernière minute, voici la sélection de livres de Noël qui arrive également à la dernière minute. Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive et volontairement subjective. Elle est réalisée avec la complicité de Catherine Le Pape de la Librairie des Curiosités à Quimper (29).

Avec le coeur de Théo Gosselin (éditions du LIC) 45 €

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Théo Gosselin est un jeune photographe qui monte. Il photographie ses proches lors de ses virées en France et à l’étranger. Beaucoup de corps nus, de gens beaux, de paysages incroyables. Il y a l’insouciance de la beauté et la légèreté de la jeunesse dans ces photos. A découvrir.

Genesis de Sebastião Salgado (éditions Taschen) 49,99 €

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«Dans GENESIS, mon appareil photo a permis à la nature de me parler. Écouter fut mon privilège.» — Sebastião Salgado. Au cours de 30 voyages, à pied, en petit avion, en bateau, en canoë et même en ballon, par une chaleur extrême ou un froid polaire et dans des conditions parfois dangereuses, Salgado a réuni des images qui nous montrent la nature, les peuples indigènes et les animaux dans toute leur splendeur.

Les bains, résidences d’artistes, Magda Danysz (éditions Drago) 40 €

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La photographie a un statut à part dans un art éphémère comme le street art. Elle laisse la trace, elle est la pièce à conviction de l’oeuvre qui a vocation à s’effacer. Du 1er janvier au 30 avril 2013, Magda Danysz avait donné carte blanche à 50 artistes venus s’installer en résidences dans l’ancienne boîte de nuit sélect, Les Bains. Le résultat est à voir dans ce livre.

How to be a good photographer in four lessons de T. VDD (éditions André Frère) 19,50 €

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Avec humour, armé de sa machine à écrire, le photographe Thomas Vanden Driessche passe en revue l’éventail des genres photographiques, qu’il parodie allègrement.

Kingsley : Carnet de route d’un immigrant clandestin, Olivier Jobard (éditions Marval)

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L’engagement du photographe Olivier Jobard dans son travail m’a toujours épaté. Récemment un reportage de M6 a fait polémique. Les reporters ont suivi de jeunes Africains qui voulaient venir en France par le biais de passeurs. J’ai donc repensé à ce livre qui est sorti en 2006. Olivier Jobard a suivi le périple de Kingsley, un Camerounais, qui rejoint l’Europe dans des conditions épouvantables. Les compagnons d’infortune embarquent dans une embarcation de fortune semblables à celles qui font dramatiquement l’actualité quand elles chavirent. L’exposition qui a été tirée de ce travail était elle aussi très émouvante.

Catalogue d’exposition d’Anders Petersen (éditions BnF Paris) 49 €

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Encore un catalogue d’expo ! Celle de l’un des plus grands photographes actuels, Anders Petersen (né en 1944). Jusqu’en février 2014, la BNF à Paris accueille 320 photographies qui montrent les étapes marquantes de son œuvre. Photographie de rue, portrait, nature morte, les images sont d’abord une manifestation de ses affects.

Alchimies de Sarah Moon (Delpire éditeur) 15 €

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Ce livre a été édité à l’occasion d’une exposition de Sarah Moon au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, du 24 novembre au 1er décembre derniers. Il s’agit du catalogue de l’exposition. J’aime toujours autant les ambiances de Sarah Moon qui photographie avec beaucoup de poésie.

Un moment si doux de Raymond Depardon (éditions RNM) 29 €

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« Disons que, au départ, comme beaucoup de photographes de ma génération, une bonne photo, c’était en noir et blanc (…) Puis, tout doucement, c’est avec ma série sur la France que je me suis aperçu qu’avec la couleur, j’allais vers autre chose« , expliquait Raymond Depardon à L’Oeil de la photographie. Voici le catalogue de la première grande expo entièrement consacrée à l’œuvre en couleurs du photographe. À voir au Grand Palais jusqu’au 10 février 2014.

Joyeuses fêtes à tous !

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Petite pensée pour vous chers lecteurs de ce blog que je délaisse un peu. J’étais dans les brumes bretonnes avec l’impression d’être seule avec le brouillard. En m’approchant de la jetée, j’ai vu ce type. Il devait avoir la même impression que moi : d’être tout seul, dans le calme, face aux bateaux. L’arbre orné de sa guirlande me rappelle de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année à tous <3.

Nicolas Datiche est un photographe indépendant membre du Collectif Off Source. Basé à Tokyo, il nous avait fait vivre ses instants de photographie dans la capitale nippone. Après le passage du typhon Haiyan qui a ravagé les Philippines et fait plus de 5000 morts, il a décidé de se rendre dans les régions sinistrées. Voici le récit de ses quelques jours passés sur place.

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-> Pourquoi as-tu décidé d’aller aux Philippines ?

Au sein du Collectif Off Source, les catastrophes naturelles sont des thèmes que nous voulons couvrir. Depuis Tokyo, les Philippines ne sont « pas trop loin ». C’était l’occasion d’y aller et j’avais le sentiment que l’ampleur de la catastrophe avait des similitudes avec le Tohoku touché par le tsunami en 2011.

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– > Combien de temps es-tu resté sur place ?

Je suis resté une petite semaine, rester plus longtemps en raison des conditions compliquées. Je suis parti de Tokyo avec un vol pour Cebu. Et de Cebu j’ai embarqué dans un des vols de la Pal express pour Tacloban. Le départ de Cebu a été long, très long (retard de 6 heures)…En plus des rotations militaires sur l’aéroport de Tacloban, l’avion de Pal Express qui effectue les rotations Cebu/Tacloban avait un problème de freins (il avait failli sortir de la piste à son retour de Tacloban). Ils ont dû faire venir un autre avion…

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– > Comment as-tu travaillé ?

Les conditions de travail sur place sont assez difficiles, le manque de nourriture fait que tu dois t’alimenter avec ce que tu as prévu avant de partir. J’avais fait le stock de nourriture de survie ici à Tokyo…C’est aussi l’avantage de vivre dans une ville qui attend le big one ! Mais au bout de 3-4 jours, la nourriture de survie te sort par les yeux. Pour l’eau, ça n’a pas été trop compliqué. L’hygiène ? C’est simple, tu la laisses à Cebu…Pas d’eau courante, pas d’électricité. Et une ville dans un état d’insalubrité extrême, les corps dans les bodybags qui restent au soleil depuis une semaine, l’eau stagnante dans les ruines, les ordures rendent les conditions d’hygiène dangereuses. Surtout pour nous qui avons trop l’habitude de vivre dans des environnements aseptisés. Le minimum d’hygiène reste la désinfection des mains avec de l’alcool, le plus souvent possible. Les sinistrés (les Philippins) sont incroyablement agréables et faciles d’accès même après une catastrophe comme celle-là. Une grande majorité parle un anglais rudimentaire donc tu peux facilement échanger avec eux.

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– > Peux-tu décrire la situation sur place ?

Ce que j’ai vu sur place ? La pire situation que l’on puisse imaginer après une catastrophe naturelle. Des corps dans des sacs à tous les coins de rues. Une fois qu’ils sont ramassés par les équipes de secours, de nouveaux apparaissent. L’odeur est insupportable, les corps gonflés d’eau sont restés plus d’une semaine au soleil à 32 degrés. Tacloban ressemble à une ville rasée par un tsunami, j’avais l’impression d’être dans le nord du Japon. Sauf qu’ici les moyens font défaut, les pompiers n’ont pas de matériel pour travailler dans ces conditions. Certains fouillent les ruines en tongs !

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– > Es-tu parti en ayant des commandes ?

Non malheureusement pas, j’ai l’impression que la presse française ne voulait pas mettre de photographes en commande sur cette histoire (hormis le Parisien qui a envoyé quelqu’un). La presse anglo-saxonne avait pour chaque canard un ou deux photographes en commande. Deux styles différents sûrement…

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-> As-tu réussi à vendre des photos au retour ? Est-ce que ce voyage était économiquement rentable ?

Pour l’instant, comme on dit au babyfoot, je suis fanny sur ce reportage. Rentabilité 0, mais pour le collectif Off Source et même pour moi c’est une bonne expérience (certes un peu traumatisante). Je fais ce métier pour raconter des histoires et témoigner. Si je dois attendre d’être certain d’avoir un retour sur investissement pour aller témoigner, je ne vais pas beaucoup quitter mon fauteuil devant mon ordi. Par contre c’est clair que je ne peux pas me permettre de le faire à chaque fois…A un moment, c’est le banquier qui dira non.

© 2013 Nicolas Datiche/Off source. Toutes les photos sont reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur.