Foot et Afrique… Du très banal en cette période de Mondial. Il fallait donc trouver un projet particulier pour en parler. Il s’appelle Rencontres africaines. Ce site a été créé par deux « courageux partenaires », comme ils se définissent. Flo Laval et Joan Vigouroux, ont débuté leur voyage lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en Angola, en janvier dernier. Ils ont ensuite sillonné une partie du continent. Leurs vidéos, photos, diaporamas sonores racontent l’histoire de ces hommes et de ces femmes croisés au fil du voyage. Une toile de fond : le football. Une ambition : parler d’Afrique en évitant misérabilisme et exotisme.


Photosmatons leur a envoyé par mail une liste de mots. Depuis l’Afrique du sud, ils ont joué les interviewés/contributeurs en les commentant.

CONTINENT (Flo) : J’ai beaucoup de mal à trouver la bonne distance avec le mot Afrique. Il y a un milliard d’individus sur ce continent. Et pourtant on met très rapidement un Sénégalais, un Kenyan et un Marocain derrière le même mot. On n’imaginerait pas mettre dans le même sac un Espagnol, un Français et un Danois… En même temps, il doit être possible de trouver une certaine cohérence propre à chaque continent… Il ne faut pas pour autant tomber dans les stéréotypes et les idées réductrices. Vaste chantier !

FOOT (Joan) : « Le bloc équipe est totalement déstructuré, les joueurs manquent d’inspiration, ça construit sans concrétiser »… J’arrive presque à faire illusion maintenant dans les conversations de bar avec les supporters ivres. Mais j’en peux plus de parler de foot ! J’aimais déjà pas ça avant de partir, alors là je frôle l’overdose en pleine Coupe du Monde.

Bamako, Mali, avril 2010 ©Flo Laval

WEB (Flo) : Notre projet est complètement axé web. C’est compliqué de rencontrer les grands médias traditionnels sur un projet comme le nôtre : on a ni références, ni expériences précédentes. Bref, on est personne ! Entre les réseaux Facebook et notre collaboration avec Dailymotion, nous avons environ 60 000 lectures pour toutes nos vidéos réalisées durant le projet. On espère bien booster cette audience avec le partenariat que nous venons de mettre en place avec TV5 Monde.

RENCONTRES (Joan) : Oui, souvent ! Belles, intenses, parfois intéressées, toujours éphémères. Restent les images, la nostalgie et… Facebook.

BUT (Flo) : GOOOoooooooaaaal ! …. Ca fait du bruit, surtout quand ça se fête avec une vuvuzela.

Quartier de Magnanboubou, Bamako, Mali, avril 2010 ©Flo Laval

MUSIQUE (Joan) : « La musique amoindrit les heurts ». Pour chaque vidéo, une musique locale, si possible. Sauf pour le Kenya où ça a été un cauchemar pour trouver quelque chose qui nous plaise. Une trop grosse influence de la soupe commerciale américaine y règne (même si on se refusait d’y croire), le tout déraisonnablement assaisonné de vocodeur… Gros coup de coeur en revanche pour la musique angolaise, foisonnante, terriblement variée et carrément identitaire.

TERRAIN (Joan) : Le plus beau terrain qu’on ait vu, c’était en pays Dogon au Mali. Les gamins jouent sur la terre rouge, entre une falaise démesurée et une plaine parsemée de centaine de baobabs. Visuellement, un truc de dingue !

Bidonville de Mathare, Nairobi, Kenya, février 2010 ©Flo Laval

ANECDOTE (Flo) : On ne va pas jouer aux anciens combattants et raconter des histoires d’aventuriers ! Pour reprendre quelques phrases de Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss (il nous a bien remis à notre place ce grand monsieur !) : « Je hais les voyages et les explorateurs (…) tant de compte-rendus d’expéditions (…) où l’effet domine trop pour que le lecteur puisse apprécier la valeur du témoignage qu’on apporte. (…) C’est un métier maintenant que d’être explorateur, métier qui ne consiste pas comme on pourrait le croire à découvrir au terme d’années studieuses des faits restés inconnus, mais à parcourir un nombre élevé de kilomètres (…) Des platitudes et des banalités sembleront miraculeusement transmutées en révélations pour la seule raison qu’au lieu de les démarquer sur place, leur auteur les aura sanctifiées par un parcours de vingt mille kilomètres. »

Pour compléter (entre autres) :

* La note d’intention sur la page Facebook de Rencontres Africaines

* L’article d’Alice Thierry sur le site l’Afrique in Visu

* Le partenariat avec TV5

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Photos de Hughes Leglise-Bataille prises à Haïti après le séisme du 12 janvier 2010.

Trois questions à Jean Abbiateci, journaliste multimédia, touche à tout du web, machine prolifique à idées. Il est l’un des créateurs de L’Oeil du Viseur, le petit frère frenchy de Big Picture. Une idée simple, géniale et bien réalisée : une photo, le photographe qui en parle et des bonus. Interview de l’un des papas de ce concept en or qui n’est pas prêt de s’arrêter !, assure-t-il. Et pourquoi même ne pas le décliner sur différents supports ?

Reportage sur la prostitution à Shenzhen en Chine par Axelle de Russé, photographe indépendante. Elle raconte l'émotion qui accompagne ces photos difficiles à prendre.

Comment est né ce blog ?

Dans un monde où les images abondent le public, où elles ne sont plus qu’un flux parmi beaucoup d’autres, nous voulions prendre le temps de parler de photographie. Il manque en France un lieu qui montre toute la richesse de la production photographique. Partant de ce constat, nous avons donc décidé, Fabrice Gonthier et moi,  de donner la parole aux photographes en leur demandant de choisir une de leurs photos, de la publier en grand format et de les enregistrer quand ils en parlent. J’aime l’idée que l’on entendent leur grain de voix. Et puis, il y a les bonus : les réglages techniques ou la planche contact. L’Oeil du viseur est une sorte de documentaire au long cours qui explique, par petites touches, ce qu’est le métier de photographe aujourd’hui.

"Une photo un peu racoleuse pour la bonne cause" dit François-Régis Durand de cette photo prise pour une ONG à Madagascar

Qui sont les photographes qui s’expriment ?

Au départ, j’ai fait appel à des copains. Progressivement, le bouche à oreille a fonctionné même si j’aimerais encore élargir le cercle des photographes invités. Globalement, nous sollicitons de jeunes professionnels… Cette génération de trentenaires qui représente l’avenir du métier. Ils ont parfaitement conscience de la dure réalité du métier aujourd’hui mais n’ont pas d’aigreur. Ce sont des passionnés, des gens qui en veulent qui sont dans une dynamique. Je ne voulais pas interviewer les vieux combattants du milieu : ceux dont il faut raconter le parcours, qui ont vécu dix guerres et qui pleuvent d’anecdotes. Ce n’était pas l’idée.

Sandro di Carlo Darsa, il était l'un des rares journalistes occidentaux présents en Birmanie en 2007. Les moines manifestaient alors contre la junte au pouvoir.

Les photographes se plient facilement à l’exercice  ?

Je crois que c’est un vrai plaisir pour eux de parler de leurs photos. Certains partent trois semaines à l’étranger, s’investissent énormément pour trois pages de publication dans un magazine parfois pour que les photos restent dans leurs archives. Donc, oui, je crois qu’ils sont contents. D’ailleurs, je n’imaginais pas qu’ils parleraient aussi bien de leur travail. Chacun dans son style. Des gens comme Sébastien Calvet ont un vrai regard, une vraie pensée sur la photographie. D’autres répondent plus instinctivement. A chaque fois, on apprend quelque chose. Dans tous les cas, je préfère une photo ratée avec une histoire derrière qu’un propos trop bien léché.

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