Les photographes Yves Marchand et Romain Meffre documentent depuis plus de dix ans les ruines. Passionnés par ce qu’ils appellent la « déshérence urbaine », leurs photos montrent des endroits délaissés par l’homme…Et pourtant, il s’en dégage une atmosphère particulière qui créée une sorte de poésie du déclin.
Après la villle de Detroit, les deux photographes sont revenus de ce côté de l’Atlantique. Ils s’attaquent à un emblème des friches industrielles d’Ile de France : les magasins Généraux de Pantin. Leurs photos illustrent le livre d’un spécialiste du graff français, Karim Boukercha, sont publiées dans le livre Graffiti Général conçu avec l’agence internationale de publicité BETC, qui s’installera dans les lieux réhabilités en 2016.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 6 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

En quoi ce projet vous a intéressé ?
Au fil des années nous avons vu la plupart des grandes friches industrielles être réaménagées (ex : les usines Renault, les Grands Moulins de Paris ou l’ancienne usine de la SUDAC dans le 13ème arrondissement). Les entrepôts de Pantin étaient donc l’un des tous derniers fragments, sûrement la dernière grande ruine de l’époque industrielle aux portes de Paris. Le bâtiment avait une vraie force d’évocation visuelle avec son côté paquebot monumental, ses coursives, et sa façade complètement graffée. Il était très représentatif de ce qu’on peut attendre d’une ruine en milieu urbain.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 11 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

Aviez-vous une appétence pour le graffiti avant ce projet ?
Nous avons toujours été sensibles aux métamorphoses que subissent les lieux une fois à l’abandon. La décrépitude liée à la ruine n’est qu’un aspect de cette évolution et la ré-intrusion et la colonisation des ruines par les graffs – en milieu urbain et surtout en Ile de France – en est un des éléments les plus importants.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 1 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

Quelle est votre définition de « déshérence urbaine », expression que vous utilisez souvent ?
Il s’agit des espaces laissés pour compte, hors aménagement urbain, confrontés au hasard et à l’immaîtrisable, le négatif de la vision officielle qu’on propose d’une ville. Cependant les friches et les graffs sont de plus en plus assimilés dans le process de réaménagement. C’est d’ailleurs pour cela que l’on nous as fait intervenir pour conserver un peu de cet état des choses, de cette conscience avant qu’elle ne disparaisse.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 3 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre

Qu’est-ce que vous aimez dans ce genre d’atmosphères ?
Dans un espace urbain planifé et gentrifié, spécifiquement dans des villes musée comme Paris, les ruines sont des espaces confrontés au hasard. Elles sont des fragments urbains arrachés au cours logique de la ville. On s’y balade entre fascination et appréhension, on peut se laisser aller à la peur, à une méditation mélancolique. Les ruines deviennent donc une échappatoire, un espace de retraite.
Graffiti Général, Les Magasins Généraux 8 (c) BETC, photo Yves Marchand et Romain Meffre


La photographie n’a-t-elle pas un rôle un peu à part dans le domaine du graf ?
La photographie a effectivement un rôle important dans le domaine graf. Il est difficile de trouver des graffeurs qui font des fresques sans en garder une trace photographique. Pour eux, ce medium est parfait pour la conservation de leurs œuvres.

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Ma grand-mère classait ses photos dans de vieilles valises. Récemment, j’ai retrouvé une petite valise en vinyle à l’effigie d’Air Afrique dans une pièce sombre où s’entassent beaucoup de vieilleries. A l’intérieur du bagage, des photos de mon père et de mon oncle avec des coupes de moustache qu’on aurait préféré oublier (ah les années 70…). Leur principal intérêt est sans doute de me faire marrer.
Mais il y avait aussi une série de cartes postales anciennes sur le centenaire de l’entreprise Bolloré datant de 1922. Oui Bolloré, le fabricant de papier à tabac, l’ami de Sarkozy, le Breton de coeur qui fait immatriculer 29 toutes les Autolib parisiennes….La dynastie Bolloré a beaucoup marqué le territoire et les gens du côté d’Ergué Gabéric, le berceau historique de cette famille et d’une partie de la mienne.
J’ai donc scanné ces images un peu improbables de Bretons en costume, de femmes avec leur coiffe qui posent assis dans l’herbe au dessus de guirlandes de fête foraine. Il y a aussi cette image de manège installé en plein milieu d’un champ qui plante le décor…Difficile de vous en dire plus que ce qui est inscrit sur la carte. Je me contente de partager avec vous ma trouvaille.

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