Pour une fois dans ce blog, les gens dont on parle ont un visage. Voici Anaïs Dombret et Sylvain Pioutaz, respectivement photographe et réalisateur du webdoc Mon Faso. Eux ont voulu donner un visage à un pays, le Burkina Faso, à travers six de ses habitants. Ces Burkinabés évoquent leur pays, leurs aspirations, leur quotidien. Le format du webdocumentaire valorise particulièrement ce type de narration. Une navigation simple et libre, pas de voix off, des personnages attachants, des séquences où les vidéos prolongent les photos sont autant de partis pris des auteurs. Efficace !

Anaïs, photographe. Sylvain, vidéaste.

Mon Faso… Ce nom énigmatique cache un jeu de mots. Explications d’Anaïs. « Pour la petite histoire, Burkina Faso signifie pays des hommes intègres. C’est un mélange des deux langues importantes sur le territoire. Burkina signifie en mooré, la langue officielle, « intègre ». Faso veut dire, en dioula, « terre des pères, mères ». La patrie, quoi ! Ce qui donne pays des hommes intègres. C’est beau, non ? »

Après plus d’un mois de tournage en 2010 (soit 16 heures de rush, une quarantaine de pellicules de 36 poses données gracieusement par Kodak) et quasiment une année de postproduction, les deux amis livrent un portrait du Pays des hommes intègres à travers Hadiza, la jeune scientifique, Germain, le photographe qui résiste, Sam’s K, animateur de radio engagé, Ebou, la femme au foyer, Adama, le chef cavalier et Seri, président d’une association.

©Anaïs Dombret/Monfaso

Les thématiques ont été choisies avant de partir (éducation, environnement, place de la femme, liberté de la presse). Certains intervenants ont été contactés par mail lors de la préparation du voyage. Les autres se sont imposés sur place par la magie des rencontres. Germain, par exemple. Ce photographe rembourse ses dettes comme il peut avec les portraits qu’il réalise dans son studio. Ses photos ont été remarquées et exposées en France alors que lui n’y a jamais mis les pieds….

On pourrait mentionner aussi Sam’s k, l’artiste/journaliste/animateur de radio. Son charisme transparaît dans la vidéo. Charismatique donc mais aussi courageux. Car ce joli garçon, dont les CD sont vendus à la sauvette dans les rues de Ouaga, fait l’objet de menaces. Il ne fait pas bon parler trop fort de certains sujets. Ecouter son reggae traduit en français (dans les bonus ou ici), vous comprendrez.

Germain, le photographe ©Anaïs Dombret/Monfaso

« On voulait parler d’un pays africain autrement que de façon misérabiliste, souligne Anaïs. Les médias, la télé notamment,  focalisent beaucoup sur la famine, le Sida…Or, le Burkina est un pays avec un brassage de populations, beaucoup d’ethnies. Les gens vivent entre eux et ça se passe plutôt bien. » Leur objectif est atteint. Et l’avenir ? « on a super envie de repartir pour montrer notre vision du monde ! »

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Il m’a été présenté comme « un jeune photographe africain prometteur ». Et pour cause, en 2009, Nestor Da gagne le prix découverte de la Fondation Blachère lors des 8èmes Rencontres de Photographie de Bamako. Il part alors en résidence six mois dans l’école de photographie d’Arles. Belle récompense pour cet artiste autodidacte, né en 1982 en Côte-d’Ivoire. Reconnu comme photographe professionnel en France et aussi au Burkina Faso, le pays où il vit. L’appelation d’artiste-photographe lui va  particulièrement bien tant elle révèle le travail très plastique de ce photographe qui colle et découpe ses propres photos.

©Nestor Da. Crucifixion.

Nestor, qui es-tu ? Un photographe ? Un artiste plasticien ?

Un photographe qui aime transformer et reconstruire les images pour leur donner un côté plastique.

Tu te souviens de la première fois où tu as eu un appareil photo entre les mains ?

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était en 1998 à Bobo-Dioulasso [ndlr : au Burkina Faso].

Pourquoi coller sur tes photos des bouts de magazine ou peindre dessus ?

J’aime rendre les images maniables et transformables.

Tu  dis porter un « regard africain et contemporain » sur le monde ? En quoi est-ce que le fait d’être Africain influence ton travail ?

On pourrait dire un regard européen si j’étais Européen ou Américain si je venais d’Amérique. C’est notre environnement qui nous construit et qui fait de chacun de nous quelqu’un d’unique. Un regard africain et contemporain sur le monde signifie simplement que je regarde les choses en tant qu’individu qui s’est construit au cœur des réalités africaines, et que je ne suis pas seulement spectateur de ce qui m’entoure et influence mon travail.

©Nestor Da. Sans titre.

Tu as gagné le prix de la fondation Blachère c’est-à-dire six mois de résidence dans la prestigieuse école de photo d’Arles. Comment le photographe autodidacte que tu es a-t-il vécu cette expérience ?

Ça m’a beaucoup impressionné de voir l’importance donnée à la photographie par la France. J’ai pu accéder au monde de la photographie par son histoire, ses influences, ses différents regards et sensibilités, et acquérir une certaine technique photographique.

Que penses-tu de la place et de lisibilité accordée aux artistes africains contemporains en Europe et en Afrique ?

Je pense qu’il y a de plus en plus de choses qui sont faites pour permettre aux artistes africains contemporains de se faire leur place dans le monde de l’art, mais il faut pour cela s’en donner les moyens.  Ce n’est pas toujours évident en Afrique car il n’y a pas les mêmes facilités au niveau matériel. Et l’accès à l’art en général est limité.

Peux-tu citer le nom d’un photographe qui t’inspire ?

L’un des artistes qui m’inspire actuellement est Vik Muniz, un Brésilien, avec son travail de retouche et de manipulation de l’image.

©Nestor Da. Sensation.

Quels sont tes projets ?

Mes projets ont un peu changé. Pour le moment, je veux sortir de mon pays pour enrichir mon travail par de nouvelles rencontres artistiques, d’autres inspirations, en continuant le long et infini voyage de l’apprentissage. J’aime être nomade et créer des projets en fonction des lieux, des mouvements, des gens rencontrés. J’ai envie de rendre accessible la photographie à des gens qui n’ont pas les moyens de s’y intéresser.

Pour avoir plus de renseignements biographiques sur Nestor Da, cliquez sur cette page du site Ivoireinfo.com. Allez également visiter son Flick’r qui montre une partie de ses travaux.

Le dernier-né de la collection Les Carnets de la Création des Editions de l’Oeil est précisément consacré à Nestor Da. Pour le commander, cliquez ici.

Info parisiano-parisienne : ravalement de façade des photomatons tristounets du métro parisien par le designer star Philippe Starck. Cette initiative de la société Photomaton semble tout à fait sympathique. Me voilà partie pour le premier « j’ai testé pour vous » de ce blog.

Première étape : trouver l’adresse. Une banalité a priori. Sauf qu’au service de presse de la RATP on a d’autres chats à fouetter que de renseigner une bloggeuse sur les nouveaux photomatons. Quand on sait que des twittos lancent des rumeurs infondées de collisions entre deux rames de métro, on peut difficilement leur en vouloir. Et quand on se rend compte qu’ils ne gèrent pas le dossier mais que c’est la société photomaton, on commence à regretter l’avalanche de mails envoyés…MEA CULPA.

Un jour, l’adresse arrive par mail : station Châtelet Les Halles (au secoooooooooooours !) avec cette précision de circonstance : sortie Lescot (ouf !). Le pouf en plastique rouge éclairé évite de se tromper. Voici la nouvelle cabine. Starck a gardé la couleur grise des anciennes cabines en choisissant une nuance plus foncée, plus élégante.

Si l’on se fie à la fiche produit communiquée par la société, cette nouvelle cabine a l’ambition de passer « de la photo d’identité à la photo tendance ». Entendez pouvoir intégrer sa trombine à des décors kitchissimes genre des poissons bleus qui nagent sous la mer même-que-depuis-les-années-90-tu-pensais-que-ce-type-d’imagerie-était-prohibée. Pour les réfractaires dans mon genre, il y a aussi la possibilité d’avoir sa tête à côté du Taj Mahal (ça c’est du cadrage), sa tête en médaillon et une caravane de chameaux ou sa tête dans un décor de manga réalisé sur Paint par un graphiste sous-payé. Chacun ses goûts, on ne juge pas. Mais, sans rire les mecs, C’est Philippe qui a pompé tout le budget « créa » ou bien…?

Autres options : le paiement par carte et la possibilité d’une connexion 3G pour orner, quasiment en simultané, ton profil Facebook de ta photo fun. Une démarche très LOL, quoi. La cabine est polyglotte (anglais, hollandais, italien, allemand, espagnol). Un détail sans doute. Disons que c’est (un peu) drôle d’entendre des instructions en hollandais. Dernier point, le retour à la méthode d’antan : on peut choisir l’option quatre poses différentes en couleur ou en noir et blanc…Tout ça pour la modique somme astronomique de 5 €. Mieux vaut faire quelques stations supplémentaires et préférer les photomatons de la Joyeuse de Photographie.

Pour voir l’aspect extérieur de la cabine, cliquez ici.