N’avez-vous jamais entendu un de vos amis vous préciser dans un bar ou un restaurant qu’il fallait absolument voir les toilettes avant de partir ? Car oui certains restaurateurs ou cafetiers soignent jusqu’à la décoration de leurs toilettes.

La photographe Anaïs Dombret a fait des selfies dans des WC de bars ou de musées, en France ou à l’étranger. Il ne s’agit pas d’une série car la photographe n’a jamais imaginé publier les photos. J’ai dû insister un peu, autour d’une bouteille de Petit Chablis, pour qu’elle accepte que je les publie. C’est vrai que ces photos (certes rigolotes mais anecdotiques) ne disent rien du travail photographique de la jeune femme. Depuis plusieurs années, Anaïs fait un travail sur les migrants, visible sur son site. 

En attendant, ces selfies pris dans les chiottes (les selfchiottes ?) ferait un beau projet participatif pour rendre hommage à ces décorateurs d’intérieur qui ne s’arrêtent pas à la porte des toilettes.

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La barbe et du turban sont deux signes d’appartenance à la culture sikh. Il y a presque autant de Sikhs dans le monde (30 millions) que de façon de les combiner. Les photographes Amit et Naroop, spécialisés dans le domaine musical, rendent hommage à cette esthétique avec des portraits d’hommes britanniques de culture sikh. Le duo a expliqué aux médias britanniques qu’ils ont eu l’idée de cette série en voyant monter la tendance de la barbe chez les hommes. Si les hipsters portent en étendard le poil sur le visage depuis peu, la barbe est un signe d’appartenance depuis des centaines d’années dans la culture sikh. Boxeur, banquier, enseignant, garagiste se sont tous prêtés au jeu en posant dans le studio d’Amit et Naroop. Une expo a eu lieu à Londres en novembre dernier, les photos sont visibles sur un site dédié.

Jeunesse des îles

02/04/2014

Il y a quelques semaines, le festival Pluie d’images de Brest mettait en lumière l’adolescence en rappelant que « l’adolescence (…) est un processus et non un état ». J’avoue que le thème ne m’emballait pas plus que ça.  Une des expos m’a particulièrement émue : celle d’Anne-Claire Broc’h et de Gilles Pourtier. Lors d’une résidence soutenue par le Conseil général du Finistère, ils ont tiré le portrait à des adolescents des îles de Batz et Ouessant. Ils ont appelé ce travail « La ligne d’ombre » comme le récit maritime de Joseph Conrad.

@Anne-Claire Broc'h

@Anne-Claire Broc’h

Voici l’extrait qu’ils ont choisi de mettre en exergue dans l’exposition : « Seuls les jeunes gens connaissent de semblables moments. (…) On referme derrière soi la petite porte de l’enfance – et l’on pénètre dans un jardin enchanté. Les ombres même y prennent un éclat prometteur. Chaque détour du sentier a sa séduction. Et ce n’est pas l’attrait d’un pays inconnu. On sait bien que c’est par là qu’a passé le flot de l’humanité tout entière. C’est le charme d’une expérience universelle dont on attend une sensation extraordinaire et personnelle – la révélation d’un peu de soi-même. »

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@Anne-Claire Broc’h

 

Leurs portraits, certains en Noir et Blanc, d’autres en couleurs sont accompagnés de photos des paysages de ces îles. Je vous laisse découvrir ce travail émouvant que vous retrouverez sur le site des deux photographes : Anne-Claire Broc’h et Gilles Pourtier.

 

@Gilles Pourtier

@Gilles Pourtier

Leur confiance a-t-elle été facile à gagner ?

La plupart du temps nous obtenons leur confiance rapidement en leur expliquant clairement le projet et en passant du temps avec eux. Les adolescents ont l’habitude de la photographie car ils se photographient beaucoup eux-mêmes donc l’expérience que nous leurs proposons ne les surprend que peu.

@Anne-Claire Broc'h

@Anne-Claire Broc’h

 

Comment ont-ils reçu le projet ?

Pour essayer de répondre à cette question, il y a deux temps différents dans le projet. Le temps de réalisation du projet sur place avec les jeunes et le temps de finalisation avec l’exposition et la publication.

Donc pendant le temps de réalisation du projet, les jeunes iliens collaborent souvent de façon assez naturelle. Notre projet leur a paru intéressant et un peu différent des autres du fait de nos âges et de notre façon de fonctionner en duo.

Pour ce qui est de la réception de l’exposition, quelques jeunes se sont déplacés pour voir l’exposition et certains sont même venus au vernissage.

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@Gilles Pourtier

Un juge aux affaires familiales qualifiait l’île de Sein de territoire « hostile » pour élever des enfants. Certes vous n’avez pas travaillé à Sein mais qu’en pensez-vous ?

Nous avons passé du temps sur les îles de Batz et d’Ouessant et n’y avons rien vu de trop « hostile » pour qu’un enfant y grandisse. D’un point de vue personnel, sans faire autorité juridique, il nous semble que le milieu insulaire possède certains particularismes qui sont plutôt rassurant pour y passer son enfance avec joie et plaisir.

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@Anne-Claire Broc’h

Comment avez-vous procédé pour photographier à  «  quatre yeux » ?

En situation de reportage, nous photographions chacun de notre côté puis nous nous réunissons  autour de « l’editing ». Nous avons chacun nos idées et nos leitmotivs, cette diversité nous permet de construire des narrations plus surprenantes.

 

@Gilles Pourtier

@Gilles Pourtier

Qu’est-ce qui vous restera des enfants que vous avez photographiés ?

Il nous reste les photographies que nous avons fait d’eux qui véhiculent pour nous des souvenirs assez fort.

Suite et fin de notre promenade dans les rues de New York, à la rencontre de ses habitants et à travers le regard du photographe Philippe Béasse, qui ne se lasse de shooter Big Apple. Il aime rappeler ses références : Saul Leiter, Norman Rockwell, Edward Hopper, Joel Sternfeld.

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« Manger est une activité essentielle à New York, à n’importe qu’elle heure du jour ou de la nuit, des gens mangent. Ces deux personnes-là ont alimenté mon appétit d’images. »

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Runaway

« C’est une véritable enquête dans une seule photo. Cette jeune fille est en fuite, une fugueuse peut-être ? Ses genoux écorchés sont malgré tout en contradiction avec la propreté de ses chaussures. Et commande-t-on un Sprite quand on a dévoré les kilomètres ? S’habille-t-elle ou se défait-elle ? Cette photo est un véritable cadeau. »

 

 

Alors qu’il sillonne l’Indonésie en juillet 2011, Jérémie Marais (touriste français et grand ami de ce blog) croise le chemin de Ricky, 24 ans. Photographe de concerts (entre autres) et francophile en plus… Jérémie a écrit un texte, sorte de carte postale virtuelle, pour nous présenter Ricky. Grâce à cette carte postale virtuelle, je découvre l’existence du Serigala Syndicate* qui promeut en France les modes de Bandung. J’apprends, au passage, que l’on ne porte pas de nom de famille à Java… 

Photosmatons, je vous présente Ricky, Ricky Arnold Yuniarto en entier, sans nom de famille car il est Javanais. Il a 24 ans, est photojournaliste à Provoke ! Magazine, un canard musical. Passionné, des projets plein la tête et francophile en plus. Je l’ai rencontré sur les pentes du volcan Tangkuban Prahu, à 30 km au nord de Bandung (où il vit), en compagnie d’une famille française.

Il s’intéresse principalement à la musique, mais aussi à d’autres choses comme le tourisme (il est parfois guide touristique) et les problèmes sociaux. Il prend des photos de concerts, entre autres. « Mon meilleur souvenir de photojournaliste, c’est ma première photo, de Risa Saraswati, une chanteuse d’un groupe indie que j’adore. Aujourd’hui je travaille pour elle aussi, j’ai fait la couverture de son album et je suis le photographe officiel de son groupe qui s’appelle Sarasvati. Quel destin hein ? ». Il gagne 1,7 million de rupiahs par mois (environ 150 euros), et 100 000 à 150 000 rupiahs par photo quand il pige pour d’autres médias.

« Quand j’ai envie de voir quelqu’un, je m’intéresse à comment il ou elle vit, à sa famille, etc, m’a expliqué Ricky quand je le questionnais sur ses débuts dans la photo. Je considère ce désir comme un désir de photographe. Je dirais que mon premier contact avec la photo date de mon enfance, j’aimais bien dormir chez mes amis (même encore aujourd’hui), et je prenais leur portrait sans appareil, dans ma mémoire. Depuis l’âge de 19 ans, j’étudie la photographie dans un club à l’Université de Padjadjaran qui s’appelle Parasastra. »

Sa priorité cette année est d’être diplômé en français, après six ans d’étude. Il prévoit aussi de faire la couverture du deuxième album de Sarasvati ET celle d’un autre groupe, Deugalih & Folks, ET de monter une expo solo… Il a déjà participé à une expo de photos de concerts, Stand Your Ground, en collaboration avec Demajors, un label de Jakarta.

Ricky ne manque donc pas d’idées, ni de projets et conclue en souriant : « j’espère que je pourrai faire tout ce que j’ai mentionné, c’est beaucoup hein ? »

Jérémie Marais.

Serigala veut dire loup. « Nous avons voulu représenter la jeunesse par l’image d’un animal nocturne et communautaire », précise Ricky / Tous les photos sont ©RickyArnold

Pour voir le portrait de Ricky, cliquez sur more…

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Dans une rue d’Aubervilliers un dimanche matin, j’ai vu Alain Polo sans comprendre que c’était le photographe avec qui j’avais RDV. Mon regard focalisait sur sa tenue, un méticuleux mélange de matières, de couleurs et de coupes qui composaient sa tenue du jour. Un vrai travail…presque une science de l’apparence…celle des sapeurs congolais. Une vraie beauté pour les yeux aussi. Veste de smoking noire ajustée, sarouel blanc ceinturé par un foulard noir et blanc, boots en cuir, haut noir et blanc à pois. Une crête bicolore de dreadlocks parfait l’ensemble. Le photographe devient alors le photographié : il se prête au jeu avec un goût évident pour la pose. 

Alain Polo ©Photosmatons, 2011

QUESTIONNEMENTS ET AUTOPORTRAITS. Ne vous fiez pas aux apparences. Le personnage très poseur de ses photos masque la légèreté presque enfantine et la gaieté manifeste que dégage Alain Polo Nzuzi, 26 ans. Ce photographe congolais s’est mis à la photo pour fabriquer des images, pour répondre à des questions aussi. « Au début, je le faisais pour moi, explique Alain Polo qui né à Kinshasa au Congo. J’avais besoin de m’isoler loin des regards extérieurs pour répondre aux questions que je me posais sur moi et mon identité. Mon appareil m’accompagnait dans ces questionnements comme un ami fidèle, un complice. »  Influencé par les magazines, l’univers de la mode, les clips musicaux (le monde de l’apparence encore…) le jeune homme de 25 ans photographie des fragments de son corps mis en scène avec des objets comme un rouge à lèvres, une ceinture à clous ou un miroir. Cette apparence si travaillée qu’il entretient au quotidien laisse place à son intimité livrée avec peu de pudeur. Son corps éclaté, exposé, mis en scène pour exprimer ces fameux questionnements évoqués plus hauts  : ceux de l’identité.

Alain Polo ©Photosmatons, 2011

APPARTENIR A UNE GALERIE. La série d’autoportraits qu’il a réalisés va être repérée, en 2009, par la galerie parisienne Revue Noire [un papier du site Afrique in Visu sur Revue Noire]. Appartenir à une galerie est une opportunité formidable et inespérée pour ce photographe africain… « Il y a plein d’artistes au bled qui font ce que je fais »… Bien sûr la question n’est pas de savoir s’il a eu plus de chance ou pas que les autres. Mais en le sous-entendant, Alain Polo exprime surtout une certaine lucidité sur sa situation : « La galerie m’apporte une certaine visibilité mais ça implique aussi des devoirs. On ne doit pas dormir sur ses lauriers ». Lui qui ne l’avait jamais envisagé a vendu sa première photo en 2010. Son prochain projet sera centré sur les cheveux, sur l’évocation d’un salon de coiffure imaginaire qu’il évoque sur son blog.

Alain Polo ©Photosmatons, 2011

LE COLLECTIF SADI. En parallèle de son travail personnel, Alain fait partie du collectif Sadi. SADI comme Solidarité des Artistes pour le Développement Intégral… Il y a là des indices sur le contenu du projet. Les quatre membres de Sadi se questionnent sur des questions sociales et sur la place de l’artiste dans la société. « Nous n’avions pas d’espace approprié pour les artistes à Kinshasa et nous voulions un art social, qui puisse plonger dans le quotidien » explique Alain. Pour ramener l’art à la population, ils veulent travailler sur des sujets qui touchent les gens avec l’ambition de les faire réagir. Prenons, par exemple, ce travail « Tozokende Wapi ?Tokokende Wapi ? » (Où allons-nous ? Où irons-nous ?) sur un quartier de Kinshasa régulièrement frappé par des érosions. A chaque fortes pluies, des maisons s’écroulent. Les membres de Sadi peignent des fresques sur les maisons vouées à la destruction, prennent en photo le quartier avant la pluie. Ils reconstituent ensuite des vues panoramiques travaillées et volontairement retouchées par des logiciels comme Photoshop. Certes les artistes n’apportent aucune solution au problème de l’érosion des maisons. Mais la mission d’être au coeur de la population et de ses préoccupations est remplie. Alain vit désormais en France, il étudie pour trois ans à l’école des Beaux Arts de Strasbourg. Les autres membres du collectif vivent toujours à Kinshasa. « A la question « d’où je viens ? » le collectif resurgit toujours, souligne-t-il…Ce qui m’arrive les encourage à travailler encore plus…Je suis la preuve que tout est possible ». 

(Vincent Le Bras ce post t’es dédié)

Un message est arrivé, il y a quelques jours, sur ce blog : « Ceci est pour vous » avec l’adresse d’un site. Séduisant et intriguant. Ce qu’il faut pour se lancer dans l’exploration de l’URL inscrite en guise de signature : http://www.bonjourjohanna.com/.

Je n’ai pas cherché à savoir qui est Johanna. Simplement, cette artiste est française/installée à Berlin/sans avancer d’âge je dirais qu’elle paraît plutôt jeune (ce qui laisse une sacrée marge, j’en conviens)/elle est brune ou teinte en brune/jolie aussi.

En guise de réponse à son message, j’ai fait ce post qui brosse, en trois traits, une esquisse de ses activités artistiques. Johanna fait des photomatons (chapitre 1), du street art (chapitre 2) et décore ses enveloppes quand elle envoie des lettres (chapitre 3).

CHAPITRE 1 : Les photomatons

CHAPITRE 2 : Le street art

Mes copains, Strasbourg, 2011 ©Johanna Tagada

« No money but ideas » dit un monstre collé sur un mur de Zürich en Suisse. Ce monstre et les autres, Johanna Tagada les appellent « Mes copains » comme elle l’explique dans le mini documentaire réalisé par Steve Ellington sur les personnages de Johanna.

CHAPITRE 3 : les enveloppes décorées

De l’art (si désuet) d’envoyer des paquets ou des lettres. De l’art (encore plus raffiné) de les décorer.

Dans la série Leica, voici l’histoire d’une grand-mère iconoclaste. Mamika pose dans des costumes de superman ou en cougar dominatrice pour son petit-fils, le photographe Sacha Golberger. Le journaliste Nadir Chougar l’a rencontrée pour le magazine Vivre Paris. Il a fait un long portrait de la dame. Voici un extrait où il est question de Leica…forcément, ça nous intéresse. (Merci à Nadir Chougar et Pierre Morel pour les autorisations de reproduction).

Frederika Goldberger aka Mamika ©Pierre Morel

« Ma grand-mère, c’est un bonhomme ». Ainsi Sacha Golberger résume-t-il son aïeule. En septembre dernier, le photographe publiait Mamika (Balland). Un livre de clichés chiadés et loufoques et exposant la folle mamie dans des situations poilantes. Un humour potache parfois, relevé à la lumière d’un destin. Mamika, c’est Frederika Goldberger. 91 ans, juive hongrois et baronne. Un visage creusé de rides et de blessures. Le nazisme et le communisme y ont laissé leur trace. Aujourd’hui, elle a 3000 amis sur Myspace, 5500 sur Facebook et la mémoire qui flanche. Alors quand la dame se raconte, on se dépêche d’écouter. »

Frederika Goldberger, 91 ans ©Pierre Morel

UN LEICA CONTRE UNE USINE

« Quelques années après la fin de la guerre (1939-1945), une fois que les Hongrois eurent reconstruit le pays, le régime est devenu communiste. Un beau jour, en arrivant à l’usine avec mon époux, toutes les machines avaient disparu. Nous sommes allés sur le pont pour constater que les communistes les avaient chargées sur un bateau. C’était la fin de notre entreprise. Pour la sauver, mon mari a soudoyé le responsable en lui abandonnant son appareil photo. Aujourd’hui, il ne reste rien des richesses de ma famille. Nous n’avons rien perdu, les communistes nous ont tout pris. J’ai finalement quitté la Hongrie lorsque ma femme de chambre m’a révélé être un agent soviétique. Elle savait, de source sûre, que mon mari et moi devions être envoyés au goulag. Je suis d’abord allée en Suisse. Là-bas, j’ai quitté Michi. Il m’avait trompé avec ma meilleure amie. Il s’est rendu à Londres tandis que je suis partie pour Paris. Je préférais l’Amérique. A l’époque, c’était l’avenir. Mais ma mère parlait le français et connaissait très bien Paris. Je ne pouvais pas la traîner à New-York. »

Cette Hongroise de 91 ans a une mille vies ©Pierre Morel

Pour voir les photos délirantes de Mamika, c’est ici.

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Il m’a été présenté comme « un jeune photographe africain prometteur ». Et pour cause, en 2009, Nestor Da gagne le prix découverte de la Fondation Blachère lors des 8èmes Rencontres de Photographie de Bamako. Il part alors en résidence six mois dans l’école de photographie d’Arles. Belle récompense pour cet artiste autodidacte, né en 1982 en Côte-d’Ivoire. Reconnu comme photographe professionnel en France et aussi au Burkina Faso, le pays où il vit. L’appelation d’artiste-photographe lui va  particulièrement bien tant elle révèle le travail très plastique de ce photographe qui colle et découpe ses propres photos.

©Nestor Da. Crucifixion.

Nestor, qui es-tu ? Un photographe ? Un artiste plasticien ?

Un photographe qui aime transformer et reconstruire les images pour leur donner un côté plastique.

Tu te souviens de la première fois où tu as eu un appareil photo entre les mains ?

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était en 1998 à Bobo-Dioulasso [ndlr : au Burkina Faso].

Pourquoi coller sur tes photos des bouts de magazine ou peindre dessus ?

J’aime rendre les images maniables et transformables.

Tu  dis porter un « regard africain et contemporain » sur le monde ? En quoi est-ce que le fait d’être Africain influence ton travail ?

On pourrait dire un regard européen si j’étais Européen ou Américain si je venais d’Amérique. C’est notre environnement qui nous construit et qui fait de chacun de nous quelqu’un d’unique. Un regard africain et contemporain sur le monde signifie simplement que je regarde les choses en tant qu’individu qui s’est construit au cœur des réalités africaines, et que je ne suis pas seulement spectateur de ce qui m’entoure et influence mon travail.

©Nestor Da. Sans titre.

Tu as gagné le prix de la fondation Blachère c’est-à-dire six mois de résidence dans la prestigieuse école de photo d’Arles. Comment le photographe autodidacte que tu es a-t-il vécu cette expérience ?

Ça m’a beaucoup impressionné de voir l’importance donnée à la photographie par la France. J’ai pu accéder au monde de la photographie par son histoire, ses influences, ses différents regards et sensibilités, et acquérir une certaine technique photographique.

Que penses-tu de la place et de lisibilité accordée aux artistes africains contemporains en Europe et en Afrique ?

Je pense qu’il y a de plus en plus de choses qui sont faites pour permettre aux artistes africains contemporains de se faire leur place dans le monde de l’art, mais il faut pour cela s’en donner les moyens.  Ce n’est pas toujours évident en Afrique car il n’y a pas les mêmes facilités au niveau matériel. Et l’accès à l’art en général est limité.

Peux-tu citer le nom d’un photographe qui t’inspire ?

L’un des artistes qui m’inspire actuellement est Vik Muniz, un Brésilien, avec son travail de retouche et de manipulation de l’image.

©Nestor Da. Sensation.

Quels sont tes projets ?

Mes projets ont un peu changé. Pour le moment, je veux sortir de mon pays pour enrichir mon travail par de nouvelles rencontres artistiques, d’autres inspirations, en continuant le long et infini voyage de l’apprentissage. J’aime être nomade et créer des projets en fonction des lieux, des mouvements, des gens rencontrés. J’ai envie de rendre accessible la photographie à des gens qui n’ont pas les moyens de s’y intéresser.

Pour avoir plus de renseignements biographiques sur Nestor Da, cliquez sur cette page du site Ivoireinfo.com. Allez également visiter son Flick’r qui montre une partie de ses travaux.

Le dernier-né de la collection Les Carnets de la Création des Editions de l’Oeil est précisément consacré à Nestor Da. Pour le commander, cliquez ici.

Frederik Meza est un photographe salvadorien qui sillonne son pays pour le site d’informations latino-américain El Faro.net. Il a eu carte blanche pour faire une sélection de photo et nous raconter en quelques mots comment il vit son travail. Avec des mots simples et forts, il dresse un portrait express de ce petit pays d’Amérique centrale frontalier du Guatemala et du Nicaragua. Depuis plusieurs années, il est rongé par la violence.

Merci infiniment à Herman Campos, contributeur et traducteur.

« Je suis un photographe qui a le désir de conserver grâce à mes photos ce que fut Le Salvador, celui qui est en train de se perdre. Ce pays à une culture très riche, il a de nombreuses traditions. Cependant tout ceci est avalé, férocement dévoré par la violence sociale qui sévit dans le moindre recoin du pays. »

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« C’est un petit espace qui, au centre des Amériques, vit ses croyances et ses idéologies à travers ses fêtes colorées. Et c’est cela que mes photos veulent représenter : chacune de ces fêtes dans lesquelles le Salvadorien met son âme, son cœur et sa vie, que ce soit sur un terrain de foot, dans une église, lors d’une danse traditionnelle ou même dans le travail de tous les jours. »

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« À travers une expérience de quatre années comme photojournaliste, j’ai visité tous les endroits où j’ai pu rencontrer le Salvadorien authentique, « Guanaco », comme on le connaît. Et derrière lui, on découvre un peuple travailleur et pauvre, avec l’envie de grandir et de triompher, d’effacer la tristesse par le sourire. »

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« Le travail que j’effectue cherche à combiner scènes et personnages, lumières et ombres, dans le but de faire ressortir chaque détail qui donne vie à ce pays. « 

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Les légendes :

Photo 1 : Match de foot improvisé devant la maison. Région rurale de Quezaltepeque ©Frederik Meza/El Faro.net

Photo 2 : Supportrice du club sportif Aguìla. Finale de football salvadorien ©Frederik Meza/El Faro.net 

Photo 3 : Paroissienne qui prie Saint Judas Tadeo, le saint des cas impossibles ©Frederik Meza/El Faro.net

Photo 4 : Fête des petites lanternes dans la ville de Ahuachapàn, en l’honneur de la naissance de la vierge Marie ©Frederik Meza/El Faro.net

Photo 5 : Cette femme représente la Llorona (la pleurnicharde), un personnage de légende latino-américaine. Fête de la Calabiusa, célébration locale de la citrouille ©Frederik Meza/El Faro.net

Le texte original en espagnol est à suivre

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