©Lucile Chombart de Lauwe

©Lucile Chombart de Lauwe/Le bar Floréal-photographie

Lucile Chombart de Lauwe, photographe du Bar Floréal, a reçu une mention spéciale du jury du Prix Roger Pic pour son travail sur la Mongolie. Cette série intitulée « Foyers (urbains) Mongols » propose une plongée dans la capitale Oulan-Bator, une ville en pleine mutation. Elle a photographié au moyen format des habitants, chez eux, dans les différents habitats présents dans la capitale mongole. Cette série a été effectuée en cours de deux voyages : le premier en mars-avril 2011, le second en décembre 2011. Retour sur expérience avec la jeune photographe.

– PHOTOSMATONS : Racontez-nous la genèse du projet.

– Lucile Chombart de Lauwe : je suis allée une première fois en Mongolie en été. Après ce voyage, je me suis dit que j’y retournerai seule et en hiver. Je voulais voir à quoi ressemblait la Mongolie en hiver. C’était en 2007. Entre-temps, précision qui a son importance, je suis devenue photographe. J’y suis donc retournée fin 2010-début 2011. Je voulais voir comment les gens vivaient dans ces conditions si particulières (il peut faire jusqu’à – 40° et le pays est relativement isolé).

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©Lucile Chombart de Lauwe/Le bar Floréal-photographie

– PHOTOSMATONS : et finalement vous avez beaucoup travaillé sur la capitale Oulan-Bator…

– LC de L : oui j’ai été très attirée par cette ville à l’urbanisme anarchique et débordant. C’est quand même une des capitales les plus moches, les plus froides et les plus polluées du monde. Mais moi elle m’a plu (rires). Il y a un maillage d’habitations assez particulier : des bâtiments ultra-modernes côtoient des bâtiment soviétiques. A côté de ça, des quartiers entiers de yourtes s’installent dans des conditions rudimentaires sans assainissement, ni électricité.

– PHOTOSMATONS : les Mongols se sont facilement laissés photographier dans leur intimité ?

– LC de L : oui. Globalement, les Mongols aiment et sont fiers de leur culture. L’accueil et l’échange sont ancrés. Par exemple, on ne frappe pas à l’entrée d’une yourte. On entre et on vous sert le thé. Quand j’y suis retournée en décembre 2011, mon projet était arrêté. J’ai choisi un panel de 9 familles habitant dans les différents types d’intérieurs que j’ai cités. J’avais travaillé, avant de partir, avec une sociologue française sur un guide d’entretien auquel devait répondre chaque famille choisie. Les questions étaient posées par une traductrice. Mais une fois la traductrice partie, je restais seule dans la famille, sans parler la langue et plein de choses se passaient ! Les échanges ne se font pas qu’à travers les mots !

©Lucile Chombart de Lauwe

©Lucile Chombart de Lauwe/Le bar Floréal-photographie

– PHOTOSMATONS : cette transition (entre nomadisme et sédentarité, entre traditions et mode de vie disons plus occidental) est-elle bien vécue par les personnes que vous avez rencontrées sur place ?

– LC de L : les Mongols ont une formidable capacité d’adaptation. Ca peut, pour nous, sembler brutal. Ils ont l’habitude des changements radicaux et de vivre dans des conditions très rudes. Un Mongol ne se plaint pas. Il faut être rapide pour profiter de tous ces changements. Par ailleurs, je n’ai pas observé de nostalgie chez eux. Certes, ils gardent une fierté non dissimulée d’avoir été l’un des plus grands empires du monde (il y a des bouteilles de vodka à l’effigie de Gengis Kahn par exemple !). Ayant été « écrasé » par les russes, on voit aujourd’hui un retour de certaines traditions écartées pendant cette période.

– PHOTOSMATONS : pourquoi avoir choisi l’argentique pour ce projet ?

LC de L : ça permet une qualité de détails et une douceur que j’adore. On ne travaille pas de la même manière avec l’argentique : c’est plus posé et plus lent. Dans ce pays, l’argentique et le moyen format sont apparus comme des choix évidents.

©Lucile Chombart de Lauwe

©Lucile Chombart de Lauwe/Le bar Floréal-photographie

– PHOTOSMATONS : vous avez obtenu pour ce travail une mention spéciale du jury du prix SCAM Roger Pic 2012. Ce genre de prix change-t-il beaucoup de choses sur le plan professionnel ?

– LC de L : oui, ça compte beaucoup. C’est un moyen de rendre visible un travail. Quant aux effets concrets, ils se voient à long terme. Obtenir un prix ou une mention ne suffit pas, il faut continuer à produire ensuite. Personnellement, j’ai été très touchée par cette mention.

Les photos tirées de la série Foyers (urbains) Mongols sont exposées au festival Neiges de culture sous la yourte du Village Nomade, installé en altitude sur le domaine skiable de Serre-Chevalier.

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Après avoir lu ce livre, certains d’entre vous se diront « j’aurais pu l’écrire ». C’est d’ailleurs ce que m’a dit l’amie photographe qui me l’a mis entre les mains. Dans Mon travail n’intéresse personne, Pascaline Marre raconte, non sans ironie, ce beau métier qu’elle exerce : photographe. Le livre est sorti en 2011 aux éditions belges Husson.

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Elle raconte l’envers du décor. L’envers vécu par tout journaliste ou photographe free lance qui démarche des rédactions pour vendre des sujets… Qui en plus d’avoir trouvé un sujet convaincant, inédit, d’avoir passé du temps dessus doit manier avec agilité les codes du personal branding (= être son propre VRP).

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Dans ce long texte, Pascaline Marre enfonce quelques portes ouvertes et n’évite pas certaines généralités un peu faciles (les méchants rédacteurs en chef et les rédacteurs installés confortablement derrière leur bureau et qui ne comprennent rien au travail de terrain). Mais, paradoxalement ce décryptage féroce d’un monde de la presse, enserré dans des codes rigides, devient un parfait guide à destination du jeune pigiste qui pourra y picorer de précieux conseils.

Fant™mes d'Anatolie

Pascaline Marre a fait les choses à l’envers. Comme son travail n’intéressait personne, elle en a fait un livre. Elle y montre son travail, son parcours et nous fait pénétrer dans son intimité de photographe et partage avec son lecteur des questionnements très personnels. La photographe a donc su rebondir avec cette excellente idée. Une jolie pirouette faite à ceux qui n’en pas voulaient pas lui donner une chance. Certains d’entre vous se mordent peut-être les doigts de ne pas l’avoir eu…

Descriptif du livre : Mon travail n’intéresse personne de Pascaline Marre (éditions Husson, 24 €). Possibilité de le commander sur le site des éditions Husson ici.

Toutes les images ©Pascaline Marre sont reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur.