Le parfum des beaux jours se diffuse dans l’atmosphère. Quand on ne peut pas partir pour des raisons pratiques (manque d’argent, obligations pros et j’en passe et des moins bonnes), on peut toujours s’évader sur la Toile. Le potentiel de frustration est énorme (on le concède) mais on ne peut pas bouder le plaisir de lire les autres…Ceux qui, par leurs récits, ne font que confirmer qu’on serait bien mieux à plonger dans un lac en Amérique du Sud ou à faire un barbecue en Afrique du Sud que devant un ordinateur…Le site Allez Gizèle parle justement de tout ça, il est axé sur le voyage. Rencontre avec les créateurs du projet : Marion et Antoine.

OverlandTasmanie-11

Présentez-nous en quelques mots Allez Gizèle…

Allez Gizèle est un site de voyage. Antoine et moi, qui sommes à l’origine du projet, nous voulons apporter un regard journalistique sur le voyage pour les 25-35 ans. Notre réflexion est celle-ci : au moment de lancer Allez Gizèle, on a constaté que dans le domaine du journalisme et de la photographie, il n’existait aucun support destiné spécifiquement à notre tranche d’âge et qui parlait de voyage. On voulait vraiment porter un regard journalistique et photographique sur cette thématique. L’idée pour nous était ensuite de trouver des idées de sujets décalés, avec du fond et un angle précis. Notre cible, évidemment, ce sont des gens qui voyagent. Pour le reste, c’est vaste : fille, garçon, en couple, célibataire, sportive, fêtard, gay, hétéro, végétarienne peu importe. On croit et on espère qu’il y en a pour tous les goûts. Ensuite, notre baseline est « Inspiration et Idées de voyage ». Sur Allez Gizèle, les journalistes parlent évidemment de destinations, d’endroits où aller et de choses à faire mais aussi de tout ce qui entoure le voyage : la musique, les fringues, les bouquins à lire, les architectes à connaître, les films de réalisateurs étrangers à voir. Pour nous, le voyage est aussi devenu une façon de vivre et il y a plein de choses qui gravitent autour du simple fait de prendre sa valise et de se barrer. C’est de ça aussi dont on veut parler.

bruxelles

Quelle est la place de la photo sur le site ? et les différents réseaux sociaux ?

teufelsbergberlin

Dès le lancement du projet, on s’est dit qu’il fallait donner une place très importante à la photo. On ne peut pas monter un site de voyage en sous-estimant le pouvoir des images. Du coup, chaque reportage est assorti d’un diaporama d’une quinzaine de clichés. On a aussi un tumblr participatif, « L’Office des touristes », dans lequel on propose aux gens de publier leur photos marrantes en voyage. On a évidemment tout de suite créé un compte Instagram Allez Gizèle. Mais on voulait apporter quelque chose de plus que ce qui se faisait d’habitude sur des comptes perso. Du coup, on est parti à la recherche de photographes de voyage qu’on aimaient bien et qui nous inspiraient. Petit à petit, on s’est mis à les relayer sur notre compte. Aujourd’hui, même si on poste encore pas mal de photo à nous, on publie de nombreux clichés de photographes d’Instagram. Ca permet à nos abonnés de les découvrir eux aussi et pourquoi pas de les suivre. Pour ce qui est du type de photos qu’on aime bien, on a un vrai coup de coeur pour la belle photo argentique, sans filtre et pas trop saturée, loin de beaucoup de photos numériques ultra retouchées qu’on voit aujourd’hui. Celles qu’on relaient sur le compte Instagram de Gizèle, c’est plutôt celles de bandes de potes à grosses barbes, chemises de bûcherons, chaussures de rando et des filles habillées en Tomboy qui font du camping sauvage dans des forêts ou sur des plages de dingue. Ça va alors de la photo de feu de camp, à celle d’étendues désertes ou de spots de surf. Il y aussi énormément de clichés de vans, c’est tellement évocateur de voyage et d’évasion. Pour résumer, l’idée de notre compte Instagram, c’est de permettre à nos lecteurs et aux gens qui nous suivent de s’assoir avec nous l’espace d’un instant autour d’un feu de camp après une bonne session de surf !

Les beaux jours arrivent, vous avez peut-être 3 suggestions de destinations ?

copenhague

Oui on s’apprête d’ailleurs à sortir deux articles pour donner nos hotspots de l’été et du printemps. Ça peut toujours servir ! Pour un week-end prolongé, Gizèle conseille Copenhague, parce que c’est le moment où il commencent à faire beau, où les jours rallongent. Du coup, les Danois sont assez euphoriques à l’idée de profiter du soleil et de la lumière. Il y a du monde aux terrasses des cafés, dans les parcs, et ça fait pas mal la fête. Et puis culturellement, Copenhague bouge énormément, outre les musées comme Louisiania, il y a des soirées de dingue dans plusieurs clubs de la ville et quelques festivals dont Distortion, dont on parle sur le site. Bref, c’est le printemps est le moment parfait pour y aller.

Sinon, en destination de l’été, on a eu un énorme coup de cœur pour San Francisco. La ville est géniale, chaque quartier vaut le coup d’œil. Pour notre part, on a une préférence pour le quartier latino de Mission, ses taquerias, ses magasins et ses habitants. Ça fait partie de ces quartiers encore populaires où les classes sociales se mélangent. Oui, ça se gentrifie mais pour l’instant en tout cas, c’est l’équilibre parfait, ça crée une émulation artistique, gastronomique, qu’il faut à tout prix aller voir.

lofotennorvege

Enfin, plus nature, plus solitaire, on conseille aussi les îles Lofoten, au nord du cercle polaire. C’est le bout du monde, c’est magique. C’est un archipel montagneux, qui regorgent de fjords et de pics rocheux. Aller là-bas, c’est se sentir couper de tout. Ça repose. Sur place, on peut faire de la rando, de l’escalade, du vélo. Et surtout, surtout, les plus téméraires peuvent même aller faire du surf en eaux (très) froides à… Et avec un peu de chance, ils peuvent même surfer au milieu des baleines. LA PLÉNITUDE, quoi !

Légendes : Tasmanie, Bruxelles, Berlin, Copenhague, îles Lofoten (Norvège).

Publicités

« Tant que la guerre sera regardée comme néfaste, elle gardera sa fascination. Quand on la regardera comme vulgaire, sa popularité cessera ». Oscar Wilde

Comme Oscar Wilde, James de Caupenne-Keogh est (à moitié) irlandais. Ce photographe franco-irlandais de 30 ans a commencé la photo en autodidacte puis s’est orienté vers le photojournalisme. Ses photos ont été publiées dans de nombreux journaux. En 2011, il est lauréat au Scoop Grand Lille, catégorie jeune reporter. Il a couvert les zones de conflit qui ont fait l’actualité ces dernières années (Irak, Syrie, Libye). Il m’avait précisé avant l’entretien qu’il ne se définissait pas comme « photographe de guerre ». Bilan : les zones de conflit ont été le principal sujet de conversation. Rencontre avec un photographe exigeant et modeste qui « veut apporter sa pierre à l’édifice ».

Syrie ©James Keogh

Syrie (2013) ©James Keogh

Photographe. A priori, la photographie n’était pas une vocation. « Au lycée, j’avais une très mauvaise image du métier de journaliste, souligne-t-il. C’est en photographiant mes camarades lors du mouvement du CPE que je me suis rendu compte que je n’avais pas de distance par rapport à mon sujet. » L’étudiant en mathématiques appliquées aux sciences sociales décide d’approfondir cette recherche de la bonne distance…en autodidacte. En 2006, il part pour couvrir la guerre Israël/Liban. Il a 22 ans. « J’avais monté une boîte de prod avec un ami…On a beaucoup appris mais financièrement notre affaire n’a pas du tout marché », sourit-il.

Syrie ©James Keogh

Syrie (2013) ©James Keogh

Tête brûlée. Le photographe a la tête froide. Celui qui a couvert des terrains de conflits  répète à plusieurs reprises qu’il n’est pas « une tête brûlée ». En revanche, ce qui apparaît clairement à travers ses mots, c’est une vision exigeante du journalisme. « La question que je me pose avant d’aller sur une zone de conflit ? En quoi ma présence va apporter quelque chose de plus ? Il faut que la décision ait du sens, le but n’est pas d’y aller pour son intérêt personnel. » Et de citer l’Ukraine. « J’aurais adoré y aller mais il y a déjà suffisamment de monde sur place. Qu’est-ce que j’apporterai de plus ? »

Alep, Syrie (2013) ©James Keogh

Alep, Syrie (2013) ©James Keogh

Fusillade. Autre conflit à la Une de l’actualité : la Syrie. La journaliste Leila Minano a raconté dans un récit poignant (à lire ou relire ICI ) la fusillade qui a éclaté alors qu’elle se trouvait avec deux autres journalistes français en Syrie. « La fusillade est interminable, écrit-elle. La voiture continue à avancer à toute berzingue. Je me demande jusqu’à quand la portière va pouvoir avaler les balles sans les laisser passer. Inutile, la voiture se renverse dans le fossé.» James accompagnait Leila. Il raconte la suite. « Nous rampions dans le champ…C’est là que j’ai perdu les autres. Je suis resté seul 4 à 5h, j’ai rampé puis marché dans un champ d’oliviers. »

Misrata, Lybie ©James Keogh

Misrata, Lybie (2011) ©James Keogh

A quoi pense-t-on quand on se retrouve dans ce genre de position? Comment gère-t-on la peur ? « C’est un sentiment qui n’est pas très productif dans ce genre de situation, souligne-t-il. Je me suis donc fixé des objectifs concrets : atteindre tel buisson puis tel autre. J’avais encore de la batterie sur mon I-phone, je me suis servi de l’application boussole » Facteur aggravant : les villages de la zone pouvaient être pro-Assad ou contrôlés par les rebelles. Finalement, James a trouvé refuge dans une ferme et retrouvé ses compagnons journalistes, le lendemain.

Gaddafi's soldier prisonner.

Siège de Misrata, Libye (2011) ©James Keogh

 Empathie. La question de l’empathie est intéressante. La bonne distance par rapport au sujet traité. Comment trouver le dosage idéal ? « Il faut avoir de l’empathie mais pas trop, répond James. Il ne faut pas être subjugué par l’empathie sinon tu casses la distance journalistique nécessaire et donc ta crédibilité. » Il ne croit pas à l’objectivité mais reste vigilant à cette notion de distance notamment quand il s’agit de traiter de la guerre. « Il y a des conflits comme la Syrie où tu ne peux aller voir que d’un côté, c’est un vrai problème. Fatalement, il y a de l’empathie qui arrive car tu n’as pas de contre-champ. Il y aurait beaucoup plus de nuances de gris [dans la couverture médiatique du conflit] si on pouvait aller voir ce qu’il se passe du côté des forces pro-Assad »

Soudan, 2012 ©James Keogh

Soudan (2012) ©James Keogh

La guerre. En relisant mes notes, j’ai constaté que nous avions surtout parlé de la guerre. Pourtant, James de Caupenne m’avait d’emblée précisé qu’il ne se définissait pas en tant que photographe de guerre. Il travaille par ailleurs sur un projet qui concerne des mineurs en Roumanie. J’avais prévu de l’interroger sur ce travail à venir. Mais voilà, la guerre exerce une telle fascination… C’est un constat, implacable, difficilement explicable. D’ailleurs, pourquoi aller photographier des conflits ? « J’ai un attrait pour ça mais je ne sais toujours pas pourquoi ». Il n’est pas le seul à chercher la réponse.

Légendes détaillées :

1/ Commissariat de Tel Rifat, Syrie > Le retour de la police dans les zones libérées montrent aussi le retour d’une certaine stabilité.

2/ Syrie > Ligne de front d’Al Shekh Said, Alep.

3/ Syrie > Les premières victimes d’un conflit sont souvent les handicapés mentaux. Comme ici, ces patients ont été abandonnées par les soignants au tout début de la bataille d’Alep.

4/ Siège de Misrata, Libye > The rebels went inside a building in construction to get a clean shot.

5/ Siège de Misrat, Libye > Des soldats kadhafistes sont faits prisonniers et sont interrogés.

6/ Soudan > cimetière.

Le photoreporter James de Caupenne-Keogh s’est prêté au jeu de commenter une photo prise lors d’un de ses reportages. La photo en question date d’avril 2011, elle a été prise à Misrata alors qu’une partie de cette ville portuaire libyenne était assiégée.

Image

« Je couvre des terrains de conflit mais je ne me définis pas comme photographe de guerre. Et pourtant j’ai choisi cette photo qui raconte un conflit…C’était lors du siège de Misrata en Libye, en avril 2011.

Les forces de Kadhafi voulaient absolument reprendre cette zone stratégique. Il était aux alentours de 6h du matin, la maison dans laquelle je me trouvais s’est mise à vibrer. Les forces de Kadhafi bombardaient la zone. On entendait des missiles qui tombaient. J’ai juste eu le temps de d’enfiler des chaussures et de prendre un boîtier.

C’était très violent, les rebelles avec qui j’étais se demandaient aussi ce qu’il se passait. Il y avait beaucoup de fumée et on entendait des cris d’hommes. Ces cris m’ont fait rentrer dans la cour d’une maison. Au début, je vois un cratère et je vois cet homme en larmes [au centre de la photo]. Je n’ai pas compris tout de suite.

J’apprends en fait que le sang et les morceaux de chair sur le mur sont ceux du père de cet homme. Les restes de son père dont le corps a été complètement morcelé gisent dans le cratère. Toute l’horreur de la guerre incarnée dans cette image…Depuis, cette photo me colle à la peau. »

@ James Keogh. Reproduite avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Le festival Circulation(s) met en avant la photographie contemporaine européenne. Des expos ont lieu au Centquatre à Paris et dans certaines stations de métro, jusqu’au 16 mars. Voici une sélection volontairement très éclectique et féminine. Cet article est également paru dans Cheek Magazine

La plus intense : Virginie Plauchut – Sans preuve et sans cadavre

VirginiePlauchut

La Française Virginie Plauchut s’attaque au douloureux sujet de l’inceste. Sa série intitulée Sans preuve et sans cadavre mêle habilement photo et texte. En travaillant sur des témoignages, elle a photographié “ces simples objets du quotidien auxquels on s’est raccroché, qui auraient dû alerter, qui aujourd’hui encore dégoûtent, mais qui ne s’oublieront jamais”. Beaucoup de violences compilées dans des images remplies de poésie. Un travail fort.

La plus “théorie du genre”: Marina Poliakova – Bridegrooms?

PoliakovaCirculations

L’Ukrainienne Marina Poliakova photographie des hommes, nus, qui prennent des poses lascives (traditionnellement féminines) dans la nature. Le regard s’inverse dans cette série. La photographe pose des questions intéressantes, dont les réponses ne sont pas si évidentes: “La société peut-elle comprendre et accepter des hommes inoffensifs et efféminés? La femme contemporaine est-elle déçue par eux?”

La plus septentrionale : Elena Chernyshova – Jours de nuit, nuits de jour

CHERNYSHOVACirculations

Imaginez des conditions météo extrêmes: de violentes tempêtes, une moyenne de -30°, un hiver de neuf mois dont deux dans l’obscurité. Voici le quotidien des habitants de Norilsk en Sibérie qui, en plus de son climat hostile, cumule un autre handicap: elle figure parmi les 10 villes les plus polluées au monde. La russe et francophile Elena Chernyshova s’est intéressée à la capacité qu’ont les hommes de s’adapter aux environnements les plus rudes. Les habitants de cette ville en sont un bon exemple.

La plus “cherchez l’erreur” : Martina Dinato – Magia Fotografia

Dinato-Magia Fotografia 3 copie 2

Le “syndrome Photoshop”, à savoir la retouche de photo à l’excès, touche aussi le commun des mortels. C’est ce que montre l’Italienne Martina Dinato dans sa série Magia Fotografia. Tout le monde est tenté d’embellir la réalité, surtout quand il s’agit de photos de famille. Les photos sont présentées par deux: l’originale, la retouchée. La légende indique les demandes des clients: faire ouvrir les yeux de la demoiselle d’honneur, effacer de la photo une invitée indésirable aimablement nommée “sorcière”, ajouter une dent au marié pour un sourire Colgate au top.

La plus trompe-l’œil : Katherine Longly – Abroad Is Too Far

LONGLYCirculations

Katherine Longly, photographe belge, propose une balade dans les nouvelles villes chinoises. Ces dernières “répondent autant au problème d’urbanisation qu’au désir d’exotisme de la nouvelle génération”. Les architectures reproduisent les canaux vénitiens, la Tour Eiffel ou des villages avec des maisons à colombages dignes d’une carte postale de Bavière. Le tout, à des milliers de kilomètres des originaux.

Plus d’infos : festival Circulation(s)