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Par Servane Philippe

Nicolas Cornet, photographe et journaliste indépendant, sillonne l’Asie depuis 1987. Dans les années 80, il a même ouvert un studio de photo publicitaire à Saigon où il vivait. En parallèle, il travaillait, et continue à le faire comme photographe indépendant, pour des magazines européens. Citons arbitrairement Géo, Le Figaro Magazine, Grands Reportages et d’autres… Il a sorti fin 2009 un livre intitulé sobrement Cambodge disponible chez Aubanel.

 » Depuis plusieurs années, j’ai été amené à travailler au Cambodge. Ce pays m’intriguait. J’y ai effectué des reportages pour des magazines et à mesure que j’y travaillais, je trouvais ce pays attachant, sans arriver à analyser pourquoi… C’était complexe, mystérieux. Les codes sont moins lourds que ceux des pays confucéens ; une partie de la structure sociale héritée de l‘Inde est pourtant moins cloisonnée que dans le système des castes. Les relations avec les gens sont agréables du fait de la « grande proximité humaine ». L’intimité se partage. Les conditions pour les rencontres me conviennent bien: du temps, du cœur et de la perméabilité.

D’une manière générale, dans les pays qui ont vécu un drame, les gens doivent vivre avec, la mémoire et le présent, l’histoire est aussi notre repère dans le temps.   Ce livre m’a donné l’occasion d’approfondir mes connaissances, de découvrir des lieux, et de faire des rencontres simples et profondes, « karmiques ». J’ai relu des auteurs qui ont eu chacun leurs aventures avec le pays, les gens, le vertige des temples et de la forêt : Malraux à travers Perken, Loti saoulé par les temples, Duras et son impossible Barrage, les chercheurs de l’Ecole Française d’Extrême Orient emportés par le Barratage de la Mer de Lait, Rodin et ses danseuses, Francois Bizot et le geolier du Portail, aucune de ces rencontre est anodine.

J’aime ce « goût de terre » qui vous poursuit dans un voyage au Cambodge : rizières en culture, glaise des digues et des canaux, temples de latérite et de grès… Cela me convient autant que les saisons qui alternent fortes chaleurs et pluies diluviennes.   A travers six chapitres, présentés comme de petits voyages, mon livre propose une narration photographique. Cette narration se fait sur plusieurs niveaux : un récit linéaire rythmé, des portfolios où le regard se pose et de petites frises qui rappellent la bande dessinée. Je continue à explorer les possibilités du récit de voyage photo et textes. »

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Les envies de Léo

01/01/2010

© Léo Delafontaine

Le photographe Léo Delafontaine, actuellement étudiant à l’école Louis Lumière, a un nouveau site web. Photosmatons profite de cette actualité pour vous raconter cette rencontre avec ce jeune homme de 24 ans. Elle remonte à quelques mois.

En mai dernier, au couvent des Ursulines, à Saint-Denis (93), un apéritif printanier* réunissait une trentaine de personnes.  La cour intérieure de cet ancien couvent est un écrin de verdure : ensemble de jardin blanc en fer forgé, parterres entretenus et musiciens venus jouer du jazz manouche. Une certaine idée du romantisme. Les propriétaires qui, exceptionnellement, avaient ouvert leurs portes, vivent dans les appartements au-dessus. Parmi les invités du jour, se mêlaient étudiants, danseurs et anonymes venus fêter la fin du projet de l’association Rue de la danse [pour en savoir plus sur Rue de la danse : c’est ici].

© Léo Delafontaine

C’est dans ce cadre primesautier que Photosmatons a croisé Léo, un jeune photographe de 24 ans, en deuxième rentrée à l’école Louis Lumière à Paris.  Il avait accepté de shooter les danseurs, pendant la durée du projet. En noir et blanc, « un choix sans doute lié à ce projet réalisé dans un cadre urbain », expliquait-il. « Et, peut-être aussi parce que c’était de la danse » . Lui qui a toujours travaillé en couleurs voulait se bousculer, établir un protocole qu’il suivrait du début à la fin du projet. Il aurait pu, par exemple, changer d’appareil photo. Car il s’est vite rendu compte que le Hasselblad choisi pour capter les danseurs n’était pas adapté à l’exercice. Mais non, il fallait suivre le protocole établi. Sur le travail en lui-même : « Je prends peu de photos. Je me pose dans un endroit, j’attends pour que le danseur m’oublie. Je ne veux pas que la personne se sente braquée par l’objectif… Le résultat de cette série de photos ? Je suis plus ou moins content. J’aurai aimé réussir à saisir plus d’expression du visage et à ancrer les danseurs dans l’espace urbain. »

Léo est un garçon déterminé. Malgré la rapidité de notre entretien, le mélange de détermination et de motivation était palpable chez ce jeune homme brun.

© Léo Delafontaine

Une anecdote.  Il a fait naître son premier projet photographique en montant une fausse agence de photos, l’Agence 700. Ce léger mensonge lui a permis d’obtenir l’autorisation de pénétrer dans les ports industriels de la vallée de la Seine, des endroits fermés au public. En 2007, il réalise une série d’images en couleurs au Havre, à Rouen et à Honfleur. Les lignes de ces espaces démesurés, façonnés par l’homme s’harmonisent ou jurent avec celles parfois plus douces de la nature. Il y a aussi de l’humour dans ses photos. On dirait que Léo s’amuse :  ici avec un élévateur qui prend forme humaine, là avec des porte-conteneurs imbriqués comme des Lego. « J’étais accompagné en permanence par une sorte de chaperon car les terminaux sont des endroits immenses et ultra sécurisés ».

Nous avions évoqué la difficulté du métier de photoreporter, surtout par les temps qui courent. Il racontait que le reportage fait figure d’idéal pour nombre d’étudiants de sa promo. Très intéressé par ce genre photographique -qu’il a pratiqué à l’étranger comme en attestent les galeries de photos New-York, Islande, Kosovo, Léo imaginait financer des séjours à l’étranger pour faire des reportages par des travaux plus « alimentaires » comme des campagnes de pub. Il y a toujours des chemins détournés pour arriver là où l’on veut aller. C’est tout ce que l’on souhaite à Léo pour 2010.

Bonne année à tous !

* les initiateurs de cet apéritif-concert sont les organisateurs de Rue de la danse, association de danse de Saint-Denis.