Alors que l’Inde est considéré comme l’un des cinq pays les plus violents dans le monde pour les femmes*, Reporters sans frontières consacre son album de rentrée aux femmes indiennes. Un bel hommage à Celles qui changent l’Inde. Six photographes de l’agence Magnum (Alessandre Sanguinetti, Martine Franck, Alex Webb, Olivia Arthur, Patrick Zachmann et Raghu Rai) ont photographié différentes personnalités de la plus grande démocratie du monde, aussi imparfaite soit-elle. C’est d’ailleurs la première fois que l’association qui défend la liberté de la presse s’intéresse à l’Inde. Une exposition photos accompagne la sortie de l’album, elle se tient au Petit Palais à Paris, du 21 octobre 2011 au 8 janvier 2012.

Maharashtra. Malsej Ghat. Co-star Katrina KAIF, on set. 2010 © Alessandra Sanguinetti /Magnum

* Ce classement ressort d’une étude réalisée par Trustlaw, une entité de la Fondation Thomson Reuters. Les autres pays qui, au même titre que l’Inde, sont dangereux pour les femmes sont l’Afghanistan, la République Démocratique du Congo, le Pakistan et la Somalie. L’Inde est épinglée en raison des nombreux infanticides et des avortements choisis par les parents quand le bébé est une fille (à ce titre rappelons le très beau diapo sonore de Walter Estrada Undesired). Le Fonds population des Nations unies estiment que 50 millions de fillettes ont disparu en Inde ces 100 dernières années.

Marahashtra. Anuya Kulkarni at home with her husband Ashok Kulkarni, son Anand and mother in law Sharada © Patrich Zachmann/Magnum

Pour compléter ce post, je me permets de signaler le livre Inde, la révolution par les femmes de Dominique Hoeltgen qui aborde le même thème que cet album de RSF.

Delhi. Security guards in mall/hotel complex. At work at security check points. Also training class © Alex Webb/Magnum

Et l’interview que Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF, nous avait accordée pour les 25 ans de RSF. Il y explique l’importance de la part des albums dans le financement de RSF.

Gujarat state. Ahmedabad. Ela BHATT, founder of SEWA (Self Employed Women's Association).

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Cet accent si marqué du Finistère nord, le mélange des Bleus de l’Océan et du Jaune des cirés Guy Cotten, les marins taiseux…Le diaporama sonore de Théophile Trossat m’a beaucoup touché. « Une journée bateau » fait échos à des rencontres  que j’ai pu faire lorsque j’étais journaliste pour un journal breton. Les marins sont des taiseux, des gens parfois difficiles d’accès. Le métier est difficile, d’autant que ce secteur économique n’est pas présenté comme porteur (euphémisme). Et pourtant, j’avais été très surprise de voir le dynamisme et l’envie de jeunes apprentis qui voulaient prendre la mer. Erwan, le marin au centre de ce diapo sonore, me rappelle des élèves du lycée maritime du Guilvinec. Certains, comme lui, suivaient une tradition familiale où père et grand-père étaient aussi marin-pêcheurs. Par ses photos et le choix de coupler les images et le son, Théophile Trossat réussit à montrer, avec pudeur et poésie, un monde dont on parle finalement peu…

PHOTOSMATONS – Théophile, comment as-tu eu l’idée de travailler sur un jeune marin-pêcheur? 

Théophile Trossat – Un vieil ami, que je n’ai pas vu depuis des lustres et devenu Breton depuis, connaissait un patron pêcheur. Il a su que j’étais photographe et c’est lui qui a demandé à ce patron pêcheur si je pouvais embarquer. L’idée de partir en mer dix jours m’enchantait vraiment. Etre enfermé dans un petit espace avec des gens que j’imaginais bourrus pour les prendre en photo… Ça sentait le paradis. La suite de l’histoire a surtout montré que ça sentait le poisson pourri et le gasoil. Mais, pour ce qui est de l’ambiance, j’ai pas été déçu…

PHOTOSMATONS – Donc le patron accepte de te prendre à bord…

T.T. – Voilà…Trois mois plus tard, j’embarque donc sur le Kreiz ar mor [ndlr : « au milieu de la mer » pour la traduction], grâce à Yannick Calvez, le patron. J’ai rencontré Erwan sur le bateau. C’était le plus jeune et le plus actif, il était partout. En rentrant j’ai édité le sujet tel quel sans vraiment déterminé un angle, si ce n’est celui de suivre le quotidien de marin à bord d’un caseyeur. Rentré à l’EMI-CFD, l’école de photo que j’ai faite, nous devions choisir un sujet à traiter pendant l’année. Avec l’aide d’un de mes profs, Wilfrid Estève, j’ai choisi de reprendre contact avec Erwan pour lui annoncer que je reviendrais chez lui le prendre en photo. Il a accepté, à ma plus grande surprise. Finalement, j’ai passé 10 jours en mer et 4 à terre chez les parents d’Erwan. Comme c’était mon premier montage et que je ne connaissais pas Final cut, j’ai mis un peu de temps à le monter, environ 2 semaines…

PHOTOSMATONS – Est-ce que tu peux décrire Erwan en quelques mots ? 

T.T. – Je ne crois pas pouvoir dire que je le connais vraiment. De ce que j’ai vu c’est en un gros bosseur, volontaire et généreux. Il a l’air de savoir à peu près ce qu’il veut faire de sa vie, il est assez réfléchi. Son attachement à la famille, que ce soit ses parents, son frère mais aussi sa belle-famille, ses oncles et tantes et ses grand parents m’a beaucoup marqué. Tous habitent dans un périmètre assez restreint d’une quinzaine de kilomètres. Quand il rentre de marée, il fait le tour pour voir tout le monde. Je ne crois pas qu’il soit beaucoup sorti de cet îlot familial, je ne crois pas non plus qu’il ait envie d’en partir.

PHOTOSMATONS – Dans tout reportage ou travail de ce type, des évènements inattendus arrivent…

T.T – J’ai été vachement surpris par l’accueil chez les parents d’Erwan, je logeais dans leur village via couchsurfing, mais je passais toute la journée chez eux. Entre les repas et les cafés chez les uns et les autres, les ormeaux du samedi soir…c’était vraiment top. Je les remercie encore, je leur ai promis que je reviendrais et j’y compte bien. L’idéal serait de trouver une bourse ou une résidence qui me permettrait d’y retourner le plus souvent possible et de les suivre pendant plusieurs années.

*Kreiz ar Mor signifie Au Milieu de la Mer en français. C’est le nom du bateau sur lequel travaille le personnage principal de ce diaporama sonore. 

>>>>  Alexandre Mendez est un fétichiste de l’appareil photo jetable. On ne naît pas fétichiste, a priori on le devient. Alexandre m’a raconté que ça venait de l’enfance. J’ai tout de suite pensé aux départs en colo quand les parents achetaient aux enfants (ceux nés avant l’an 2000) une casquette, un sac à dos neuf et le stock de Kodak vendus par 3. Je comprends bien l’effet « madeleine de Proust » que peut avoir ce genre d’objet. Donc, depuis 1 an 1/2, Alexandre est en colo permanente : il prend ses amis en photos avec quantité d’appareils jetables avec flash, longtemps achetés à la Fnac (3€ les deux). Mais il a dû « monter en gamme » (7€ les deux), la Fnac ne commercialise ce type d’appareils premier prix.

>>>>  Au départ, c’était juste pour faire un album photo Facebook. Album qui s’est transformé en blog avec cette série « Nous avons un certain mode de vie ». Seules des indications typographiques  sont ajoutées aux photos : initiales des personnes en présence, lieu, mois, année. Sinon, pas de retouches. Les photos sont publiées telles quelles. Faut comprendre qu’Alexandre trimbale partout un appareil jetable. Il carbure à 4 ou 5 appareils toutes les deux semaines, parfois moins, parfois plus. Il a récemment fêté le 100e appareil (parce que, oui, il les compte). Cet après-midi là, alors qu’on discutait sur le toit d’un bar, le soleil tapait fort, il a sorti l’appareil de son sac sans prendre de photo. « C’est super pratique un appareil photo jetable, on l’emporte partout, même en voyage et on a pas peur de le casser », note Alexandre. Je fais plein d’expériences avec, je joue beaucoup avec la lumière. »

>>>>  Ce projet, c’est une façon de cultiver l’instant de vie. Instant de vie partagé parfois avec des inconnus, surtout avec ses amis. Amis qui ont été positivement surpris du résultat et qui ne voyaient aucun inconvénient à ce que des brides de leur vie soient exposées dans le projet d’Alexandre. Tant mieux parce qu’ils deviennent comme des personnages d’une série photographique que le spectateur/follower retrouve avec amusement. « Ah tiens A.G dans une soirée, ah mais oui il me semble bien reconnaître M.D. » Alexandre se glisse dans certaines de ses photos. C’est pire que « Où est Charlie pour le retrouver car ses apparitions restent l’exception. Parfois aussi on voit des seins et des culs…Une touche glam’ et sexy qui ne gâche rien. Il faut vite plonger dans le blog d’Alexandre comme lui plonge dans l’instant.

Les photos ont été choisies par Alexandre Mendez. Les légendes qui y sont liées sont aussi de lui.

Photo 1 : « Miroir ô mon beau miroir, la femme, la fille, ce soir elle sera la plus belle pour aller danser… » ©Alexandre Mendez
Photo 2 : « Haute voltige, des femmes, un homme, une grosse cylindrée, le ciel, un moment suspendu » ©Alexandre Mendez
Photo 3 : « Un long dimanche de brunch, marchant côte à côte vers un même point » ©Alexandre Mendez
Photo 4 : « Une immersion dans les méandres de la nuit fétichiste, cuir, masque, latex, regards en coin, observé, observant » ©Alexandre Mendez
Photo 5 : « Poo-poo-pee-doo Betty Boop en couleurs ça pourrait donner ça de nos jours » ©Alexandre Mendez