L’un pose le décor avec minutie comme un esthète : Paul Strand. L’autre flâne et se fond dans le bordel ambiant. Il ne fige pas, il fait vivre : Henri Cartier-Bresson. Cette différence -deux styles- est au coeur de l’exposition Mexique 1932-1934*, à la fondation Henri Cartier-Bresson à Paris, qui rend hommage au voyage mexicain de deux grands noms de la photographie. Ces deux-là ont arpenté le Mexique dans les années 30 : Paul Strand arrive en 1932 et repart en décembre 1934 soit six mois avant le départ de Henri Cartier-Bresson. Si leur style diffèrent, ils partagent cet attrait pour le cinéma et se croiseront à New York, en 1935. Ils travailleront ensemble au sein d’un groupe de cinéastes engagés appelé Nykino. 

Paul Strand, Nets (filets), Michoacan, 1933 ©Aperture Foundation Inc.,Paul Strand Archive

A chaque étage, son photographe. Au 1er, les photos de Paul Strand posent le décor. Le regard du photographe né à New York est très documentaire, appliqué, rigoureux. Alors que Cartier-Bresson évince les paysages, Paul Strand y porte une attention très particulière. Il construit le cadrage de sa photo, joue avec la lumière ou les éléments, par exemple, les nuages. Interpellé par la piété ambiante, il photographie des églises et portraiture des icônes religieuses comme s’il photographiait des hommes. En 1940, un portfolio « Photographs of Mexico » édité à 250 exemplaires retrace son voyage mexicain. Il est composé de 20 images reproduites en photogravures et vernies à la main. Les photos de l’un des portfolios sont exposées.

Henri Cartier-Bresson.Prostituée, Calle Cuauhtemoctzin, Mexique,1934 ©Magnum Photos/Courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

Avec son Leica, Cartier-Bresson se focalise sur les instants pris sur le vif. Par exemple, cette prostituée qui sort d’une porte comme d’une pochette surprise qui n’est pas sans rappeler les Surréalistes. « Le petit français aux joues de crevette », surnom donné par Lupe Cervantes sa fiancée d’alors, a un réel coup de coeur pour le Mexique et le transmet en photographiant le vivant. Ici, les fesses généreuses de la première femme de Diego Rivera. Là, cette captation furtive, pleine d’érotisme gracieux, de deux femmes en train de s’aimer. Sinon peu de paysages mais beaucoup de personnes prises dans la rue. « Se dessine ici l’esprit l’état d’esprit qui habitera Cartier-Bresson toute sa vie : la photographie est une façon de vivre, il n’aime pas les voyages courts, ni le pittoresque », résume Agnès Sire dans la préface du catalogue de l’exposition

*Mexique 1932-1934, à la fondation HCB jusqu’au 22 avril. 

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