La presse n’a pas manqué de relayer l’ouverture de l’exposition que la galerie du Jeu de Paume à Paris consacre à l’artiste et dissident chinois Ai Weiwei (prononcer Aïe Ouéoué). A ce titre le quotidien Libération lui a ouvert les pages du numéro du 21 février (lire l’interview réalisée par Philippe Grangereau ici)L’artiste qui jongle avec la polysémie et la prononciation des mots a offert aux lecteurs de Libé une photo sur une double page. On y voit des crabes, uniquement des crabes, rouges et gris foncé. « Un joli panier de crabes » qualifié par Nicolas Demorand dans son édito…

…La légende de cette photo est capitale pour en comprendre l’ironie et le sens : « en chinois crabe de rivière se dit « hexie » c’est le mot vulgaire pour dire « censure » car sa prononciation est la même que celle du mot « harmonie ». Or le gouvernement chinois invoque depuis 2004 la nécessité d’une « société harmonieuse » (« hexie shehui ») pour justifier la censure qu’il impose. Par dérision les internautes ont adopté cet euphémisme. »

Il est bon de noter cette expo dans ses tablettes. Peut-être sera-t-il plus malin (ou pas…?) d’éviter la foule du premier week-end et des premiers jours. Toutes les infos pratiques sont sur le site du Jeu de Paume.

Toujours en parcourant les pages de Libé, trois jours plus tard, un autre papier agit comme une caisse de résonance à l’interview de Ai Weiwei. Dans une tribune intitulée « La culture, bien de très haute nécessité », Nicolas Roméas et Valérie de Saint-Do, revendiquent « l’art et la culture comme outils d’intelligibilité au monde et d’invention du futur, armes de l’imaginaire face à la tyrannie d’une réalité qui ne souffrirait aucune alternative. Dans ce combat pour un autre monde, les outils du rêve, de l’affect sont aussi nécessaires que ceux de la raison et du militantisme politique » (in Libération, 24/02/2012, pp. Débat). Un peu à l’image de Ai Weiwei qui lutte avec ses armes contre cette « tyrannie d’une réalité qui ne souffrirait aucune alternative ». Et d’éviter ainsi de tomber dans le panier de crabes.

 

Crédits 2e photo : Sept images, 1994 Tirages n&b © Ai Weiwei

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Alors qu’il sillonne l’Indonésie en juillet 2011, Jérémie Marais (touriste français et grand ami de ce blog) croise le chemin de Ricky, 24 ans. Photographe de concerts (entre autres) et francophile en plus… Jérémie a écrit un texte, sorte de carte postale virtuelle, pour nous présenter Ricky. Grâce à cette carte postale virtuelle, je découvre l’existence du Serigala Syndicate* qui promeut en France les modes de Bandung. J’apprends, au passage, que l’on ne porte pas de nom de famille à Java… 

Photosmatons, je vous présente Ricky, Ricky Arnold Yuniarto en entier, sans nom de famille car il est Javanais. Il a 24 ans, est photojournaliste à Provoke ! Magazine, un canard musical. Passionné, des projets plein la tête et francophile en plus. Je l’ai rencontré sur les pentes du volcan Tangkuban Prahu, à 30 km au nord de Bandung (où il vit), en compagnie d’une famille française.

Il s’intéresse principalement à la musique, mais aussi à d’autres choses comme le tourisme (il est parfois guide touristique) et les problèmes sociaux. Il prend des photos de concerts, entre autres. « Mon meilleur souvenir de photojournaliste, c’est ma première photo, de Risa Saraswati, une chanteuse d’un groupe indie que j’adore. Aujourd’hui je travaille pour elle aussi, j’ai fait la couverture de son album et je suis le photographe officiel de son groupe qui s’appelle Sarasvati. Quel destin hein ? ». Il gagne 1,7 million de rupiahs par mois (environ 150 euros), et 100 000 à 150 000 rupiahs par photo quand il pige pour d’autres médias.

« Quand j’ai envie de voir quelqu’un, je m’intéresse à comment il ou elle vit, à sa famille, etc, m’a expliqué Ricky quand je le questionnais sur ses débuts dans la photo. Je considère ce désir comme un désir de photographe. Je dirais que mon premier contact avec la photo date de mon enfance, j’aimais bien dormir chez mes amis (même encore aujourd’hui), et je prenais leur portrait sans appareil, dans ma mémoire. Depuis l’âge de 19 ans, j’étudie la photographie dans un club à l’Université de Padjadjaran qui s’appelle Parasastra. »

Sa priorité cette année est d’être diplômé en français, après six ans d’étude. Il prévoit aussi de faire la couverture du deuxième album de Sarasvati ET celle d’un autre groupe, Deugalih & Folks, ET de monter une expo solo… Il a déjà participé à une expo de photos de concerts, Stand Your Ground, en collaboration avec Demajors, un label de Jakarta.

Ricky ne manque donc pas d’idées, ni de projets et conclue en souriant : « j’espère que je pourrai faire tout ce que j’ai mentionné, c’est beaucoup hein ? »

Jérémie Marais.

Serigala veut dire loup. « Nous avons voulu représenter la jeunesse par l’image d’un animal nocturne et communautaire », précise Ricky / Tous les photos sont ©RickyArnold

Pour voir le portrait de Ricky, cliquez sur more…

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« On aimerait s’asseoir dans tes photos et rester là ».

Peu importe qui a prononcé cette phrase, un jour, en voyant les photos de Stéphanie Foäche. Ce qui compte, me semble-t-il, c’est que dans le fond ce commentaire suffit. Une économie de mots pour définir la sensation que j’ai éprouvée devant les photos de Stéphanie Foäche, par ailleurs photographe amateur. Elle a fait beaucoup de plongée sous-marine et finalement c’est aussi une source d’inspiration. Ses photos pourraient être prises ici ou ailleurs. En fait, il s’agit beaucoup de la Turquie où la photographe a vécu un temps. Les paysages sont de nulle part, calmes et sereins, suspendus dans un espace/temps différent. L’humanité (présente par traces ici et là) s’efface. Comme pour en attester, Stéphanie explique que « les portraits ne [l]’intéressent pas ». Est-ce de cette absence que née l’envie de rester dans les environnement dessinés par l’oeil de Stéphanie ? A méditer…

Vers la mer noire, Turquie ©Stéphanie Foäche

Le refuge d'Harran, Turquie ©Stéphanie Foäche

Sur le départ, Turquie ©Stéphanie Foäche

Cabanon lointain, Bulgarie ©Stéphanie Foäche

Iskele du Bosphore, Turquie ©Stéphanie Foäche

Légendes : Stéphanie Foäche.