>>>>  Alexandre Mendez est un fétichiste de l’appareil photo jetable. On ne naît pas fétichiste, a priori on le devient. Alexandre m’a raconté que ça venait de l’enfance. J’ai tout de suite pensé aux départs en colo quand les parents achetaient aux enfants (ceux nés avant l’an 2000) une casquette, un sac à dos neuf et le stock de Kodak vendus par 3. Je comprends bien l’effet « madeleine de Proust » que peut avoir ce genre d’objet. Donc, depuis 1 an 1/2, Alexandre est en colo permanente : il prend ses amis en photos avec quantité d’appareils jetables avec flash, longtemps achetés à la Fnac (3€ les deux). Mais il a dû « monter en gamme » (7€ les deux), la Fnac ne commercialise ce type d’appareils premier prix.

>>>>  Au départ, c’était juste pour faire un album photo Facebook. Album qui s’est transformé en blog avec cette série « Nous avons un certain mode de vie ». Seules des indications typographiques  sont ajoutées aux photos : initiales des personnes en présence, lieu, mois, année. Sinon, pas de retouches. Les photos sont publiées telles quelles. Faut comprendre qu’Alexandre trimbale partout un appareil jetable. Il carbure à 4 ou 5 appareils toutes les deux semaines, parfois moins, parfois plus. Il a récemment fêté le 100e appareil (parce que, oui, il les compte). Cet après-midi là, alors qu’on discutait sur le toit d’un bar, le soleil tapait fort, il a sorti l’appareil de son sac sans prendre de photo. « C’est super pratique un appareil photo jetable, on l’emporte partout, même en voyage et on a pas peur de le casser », note Alexandre. Je fais plein d’expériences avec, je joue beaucoup avec la lumière. »

>>>>  Ce projet, c’est une façon de cultiver l’instant de vie. Instant de vie partagé parfois avec des inconnus, surtout avec ses amis. Amis qui ont été positivement surpris du résultat et qui ne voyaient aucun inconvénient à ce que des brides de leur vie soient exposées dans le projet d’Alexandre. Tant mieux parce qu’ils deviennent comme des personnages d’une série photographique que le spectateur/follower retrouve avec amusement. « Ah tiens A.G dans une soirée, ah mais oui il me semble bien reconnaître M.D. » Alexandre se glisse dans certaines de ses photos. C’est pire que « Où est Charlie pour le retrouver car ses apparitions restent l’exception. Parfois aussi on voit des seins et des culs…Une touche glam’ et sexy qui ne gâche rien. Il faut vite plonger dans le blog d’Alexandre comme lui plonge dans l’instant.

Les photos ont été choisies par Alexandre Mendez. Les légendes qui y sont liées sont aussi de lui.

Photo 1 : « Miroir ô mon beau miroir, la femme, la fille, ce soir elle sera la plus belle pour aller danser… » ©Alexandre Mendez
Photo 2 : « Haute voltige, des femmes, un homme, une grosse cylindrée, le ciel, un moment suspendu » ©Alexandre Mendez
Photo 3 : « Un long dimanche de brunch, marchant côte à côte vers un même point » ©Alexandre Mendez
Photo 4 : « Une immersion dans les méandres de la nuit fétichiste, cuir, masque, latex, regards en coin, observé, observant » ©Alexandre Mendez
Photo 5 : « Poo-poo-pee-doo Betty Boop en couleurs ça pourrait donner ça de nos jours » ©Alexandre Mendez


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Il y a plusieurs mois, Photosmatons rencontrait Stéphane Burlot. Lors de cette rencontre, le photographe racontait combien le métier s’était durcit. Il racontait une époque révolue où les groupes étaient plus accessibles. Le photographe Ronan Thenadey est d’une autre génération. Il s’est lancé, en 2006, après une école de photos à Bruxelles. Déjà rodé à l’exercice, il a écumé soirées et concerts pour photographier des groupes et leur public pendant des années. Un choix audacieux qui engendre parfois le doute. « Il y a un an, j’en ai eu marre. Je n’avais plus envie » Un passage à vide qui n’a pas duré. De toute façon, il « n’aurait pas pou faire autre chose » et c’est exactement ce qu’on se dit quand on le connaît. Il couvrira le Hellfest, comme chaque année. Un passionné, on vous dit. 

« Jamais, je n’ai envisagé de devenir « photographe de concert » ! J’ai commencé à faire de la photo en soirée. J’étais le mec qui avait toujours un appareil et qui shootait. Je me suis payé mon premier compact numérique, un Canon Power shot. J’avais aussi un Canon argentique datant des années 80. Je pratiquais tout le temps, c’est  vraiment là que j’ai touché la photo pure. Je tirais mes photos dans la salle de bain d’un couple de copains. Un vrai déclic ! C’était il y a sept ans.

Aujourd’hui, je me promène beaucoup. J’ai deux sacs à dos (un pour le matos, l’autre pour les fringues) et le choix de vie qui va avec. Pas de logement fixe, pas de copine, pas d’attachement à un endroit défini. Je ne suis pas matérialiste donc je dépense peu. Hormis, bien sûr, pour le matériel photo dont j’ai besoin.

Pour n’importe quel concert, je suis tributaire de l’artiste, de ce qu’il donne, des conditions d’éclairage aussi. Il faut qu’il se passe quelque chose sur scène. J’essaie de sublimer les photos, de réussir à faire sortir ce qui est beau dans l’image, j’essaie de créer ma propre recette en traitement d’images. L’idée évidemment est de trouver sa propre touche. Car, beaucoup de gens font de la photo de concert, en amateur souvent, et…font un peu tout et n’importe quoi, disons qu’ils n’appliquent aucune règle photographique.

Je suis très exigeant quand je travaille mes photos. Et cette façon de faire finit par payer… Depuis quelques mois, je gagne de l’argent. Je fais aussi un peu d’alimentaire [des photos de pub] et de la vidéo. J’ai été chef opérateur sur un clip. Je gagne en moyenne 700 € par mois. Quand on me propose 150 € pour une photo, c’est une publication honnête. Le problème récurrent dans la presse est le manque d’argent : si le magazine n’est pas adossé à un gros groupe de presse, il ne paye pas. Certains demandent carrément des photos gratuites ! Ca m’arrive de travailler bénévolement pour des publications qui me plaisent et qui me font une belle vitrine, comme je l’ai fait pour le magazine Noise [qui lui consacre un portfolio dans le dernier numéro]. Il y a aussi de purs escrocs : récemment un Thaïlandais me proposait 80 € pour une photo du groupe The Kills. Il voulait l’exploiter sur des t-shirts !

Vivre de sa passion reste quelque chose de fragile. Et, en même temps, j’ai conscience d’avoir la belle vie. Je passe mon temps à voir jouer des groupes que j’apprécie. A ce niveau-là, je suis comblé. Peut-être que ce mode de vie n’est pas viable sur la durée ? En fait,  j’y pense pas. Je souhaite simplement gagner ma vie correctement en participant à des projets qui me tiennent à coeur. Mais, pour rien au monde, j’échangerai la vie que je mène actuellement ! »

Toutes les photos ©Ronan Thenadey. Reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur. 

Pour aller plus loin >>>>>>>>>>>

– Son site internet

– Son flick’r

– Le clip pour lequel il a été chef opérateur

– Un projet auquel il est associé : ici et

Quand on n’a pas le temps d’entretenir un blog

Quand on ne prend pas le temps d’entretenir un blog, on fait du twitter. Quand on n’emporte pas son appareil partout où l’on va, on photographie avec son i-phone. Le résultat est parfois très convaincant. Par exemple, les photos prises par Melissa Lyttle : ici.

/ Melissa Lyttle

/ Melissa Lyttle

@Richard Fasseur

@Richard Fasseur

Partir sac sur le dos et appareil photo en bandoulière avec un pohotographe professionnel. Jouer au reporter de l’image dans les conditions réelles d’un reportage avec lever aux aurores pour la lumière matinale et immersion dans les populations locales. Tout ça, à l’autre bout du monde ou à quelques kilomètres de chez soi.

Voilà le choix de vacances que font les clients de chez Aguila. Cette agence spécialisée, basée du côté de Montpellier, propose des séjours ciblés pour les passionnés de photo qui veulent apprendre ou approfondir les aspects théoriques. Après tout, même George Brassens observait que « Sans technique un don n’est rien qu’une sale manie ».

Flair. Et c’est justement là qu’est le flair des fondateurs d’Aguila.

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Je me baladais dans les rues de Bruxelles en juin dernier. Il faisait beau, j’avais du temps. J’en profitais pour traîner aux alentours de la Grand Place.

J’arrive dans une rue pavée, sombre. Au bout de la rue, je vois une palissade en bois avec une photo noir et blanc. J’ai d’abord cru que c’était un homme, un chanteur de soul ou de blues. J’ai pensé ça parce qu’en dessous une affiche indiquée « It’s not only rock’n’roll baby ». En fait, c’est une dame.

Cette photo dégage du mystique. Deux choses : la puissance du sourire est démultipliée par la position des mains liées. Le rayon de soleil irradiant contraste avec l’obscurité de la rue. La femme sur la photo regarde vers le ciel, les passants leurs pieds ou droit devant eux. Ces marcheurs citadins ancrés dans la contingence du quotidien ne voient pas la force de cette affiche car (paradoxe du travail bien fait) elle s’insère parfaitement dans ce paysage urbain (c’est le propre du travail de JR).

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Un soir de décembre 2008, je testais le photomaton vintage du Point Ephémère…Je rencontre un vieux assez étrange…En fait, je découvre qu’il est aussi fada que moi de photomatons. Cette rencontre nocturne et furtive est de celles (rares) qui ont créé l’envie de faire ce blog. Il y a quelques semaines, un photographe argentin me contacte pour me demander ses coordonnées. Il voulait faire un article sur Pierrot qui n’est pas sans rappeler le personnage joué par M. Kassovitz dans Amélie Poulain. J’étais incapable de l’aider, ne sachant ce qu’il est devenu, n’ayant jamais eu de moyen de le contacter. J’exhume donc ce post comme on lance une bouteille à la mer…Puisse-t-il aider à retrouver Pierrot ! Si vous avez des indices, n’hésitez-pas… 

Un soir je me suis mis dans la tête de faire des photomatons dans la cabine old school du  Point Ephémère ( 200 quai de Valmy, Paris Xe). Quand j’étais ado, les photomatons coûtaient moins cher et permettaient de faire des guirlandes de photos : sur la première la grimace, sur la seconde les gros yeux…etc, etc. Quand je suis arrivée à Paris, j’ai appris avec délectation que dans certains endroits bien choisis de la capitale, des cabines à flashs multiples permettaient de faire des photos d’identité à l’ancienne. Et pour un prix défiant toute concurrence : 2 €.

J’y vais un jeudi soir vers 22h. A l’extérieur du Point éphémère, des types s’enfilent des bières… Ils me regardent avec un sourire scrutateur. De quoi vous mettre à l’aise… Bref, je m’approche du photomaton, éclairé par un néon, une lumière blême à la Wong Kar-Waï. Je m’installe dans la cabine (je découvrirai plus tard qu’il s’agit des photomatons de la Joyeuse de photographie). A l’intérieur, c’est un beau pêle-mêle de tags, de messages gribouillés (avec les classiques du genre), des photos abandonnées et des flys de concert.

Quand je sors pour récupérer mon forfait, je vois un homme déjà âgé, maigrelet, avec une barbe blanche et le pantalon retroussé. Il tourne autour de moi sans rien dire comme un chat qui rode. Il me gêne et je le lui fais sentir.  Doucement, il demande : « je peux rester pour voir ce que ça donne ? « .

Il s’appelle Pierrot et aime se faire prendre en photo ou récolter les photos laissées ou oubliées par les gens. Pierrot, c’est un peu le Mathieu Kassovitz d’Amélie Poulain, la jeunesse en moins. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas lui qui a inspiré le personnage.

Quatre minutes plus tard, l’appareil crache ma bande de photos. Pierrot la regarde, se contente d’un « ah oui, pas mal ! ». Il sort de sa poche un billet vert de Monopoly. Au crayon bille, il y a inscrit cette adresse (que je vous invite à consulter) : http://adepier.free.fr . Le site créé par Antoine de Pierrefeu consacre une page à Pierrot,  » le colporteur parisien épris de liberté ». L’appellation est bien trouvée, elle donne un aperçu du personnage.

[Post publié le 3 décembre 2008]