Le nom de Sotchi résonne surtout dans la tête des sportifs et des amateurs d’olympisme. Ceux qui tiennent à jour le calendrier des villes hôtes des JO savent que Sotchi accueillera les prochains JO d’hiver, en 2014. Dans le cadre d’un travail sur la Mer Noire, Florence Lebert photographie (au Rolleiflex) depuis 2007, cette station, fréquentée par les touristes hiver et l’été. Une partie des photos était récemment exposées au festival Photo de Mer de Vannes.

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Comment t’es-tu intéressée à Sotchi ?

Je travaille avec une amie journaliste, Bérénice Debras, sur la Mer Noire. En 2007, date de l’annonce officielle, de la nomination de Socthi en tant que ville hôte des JO de 2014, nous décidons d’aller voir cette ville de plus près. Nous y sommes retournées l’été suivant en 2008, au printemps 2011 et au mois de mars, cette année. Pour l’anecdote, lors de notre premier voyage nous avions croisé Benoit Gysembergh [photoreporter de Paris Match décédé récemment] qui faisait un reportage sur la ville, pour son journal. Il était adorable et avait un côté paternaliste. Nous avions passé du temps avec lui, il nous donnait des conseils. Quand il m’a vu avec mon Rolleiflex, il m’a dit : « tu fais partie de ces gens qui photographient avec leur nombril ». [Elle rit]

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Ta première impression en arrivant là-bas ?

J’arrive dans une ville touristique mais avec un type de vacances aux antipodes de ce qu’on aime en Europe. Les Européens sont plutôt tournés vers le calme, la nature, la campagne, la mer dans des cadres reposants. Les Russes veulent exactement le contraire : il y a du bruit partout. Il faut imaginer que sur le front de mer chaque boutique met la musique à fond et qu’elles ont toutes une bande-son différente. Bref, une vraie cacophonie à quoi il faut ajouter les décibels des stands de tirs et des attractions.

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Comment la ville a-t-elle évolué ?

Tout change très vite. Ils créent des infrastructures pour les JO et pour pouvoir attirer une clientèle russe et internationale haut-de-gamme. Il n’y a pas de modèle de référence mais certaines options urbaines ou architecturales qui renvoient à ces des villes comme Doubaï ou Nice. Les Russes fantasment sur la Côte d’Azur. Des résidences poussent de partout sans aucune harmonie dans les styles architecturaux. Ils n’ont pas de vision globale pour la ville. Chacun fait son business dans son coin.

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Sotchi est pourtant appelée la Perle de la mer Noire…

Oui, elle a été la ville de villégiature de Staline et de la Nomenklatura. Poutine y a une résidence présidentielle. D’ailleurs c’est lui qui a beaucoup poussé cette ville qu’il adore…Nous sommes tombées sur d’anciennes cartes postales qui montrent une station de villégiature balnéaire avec des datchas. Et puis, sous la période soviétique, ils ont construit des centres de vacances et des sanatoriums pour les ouvriers méritants qui venaient en cure thermale. Il y a des sources sulfureuses pas très loin de la ville. Que va devenir tout ce patrimoine ? Je n’en sais rien. En tout cas, le souci de le préserver n’existe pas vraiment.

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Quel est le regard de la population sur tout ça ?

Les habitants de Sotchi subissent tous les désagréments liés aux travaux : le bruit, les odeurs, les embouteillages etc…La plupart des entreprises russes qui ont dégotté des appels d’offre emploient des Ouzbeks sous-payés et qui travaillent dans des conditions difficiles. On nous a parlé de certains accidents du travail qui sont plus ou moins camouflés…Quand c’est le cas, les familles n’ont pas les moyens de venir à Sotchi pour savoir ce qui est arrivé à leur proche. C’est trop loin et trop cher.

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Les habitants de Sotchi côtoient un flot d’expatriés qui ont débarqué en raison des JO…

Beaucoup d’expats étaient déjà là avant. Mais bien sûr pour ceux qui font du business, les JO sont une manne. Nous avons rencontré beaucoup d’Américains et de Hollandais. Certains businessmen se positionnent déjà pour ramener une clientèle haut-de-gamme dans les futures infrastructures. Il y a aussi des Européens qui viennent clairement en Russie pour faire du business « à la russe ». Leur argument est qu’il y a trop de cadres en Europe pour faire des affaires et qu’ils doivent payer en permanence. Ils estiment qu’ils travaillent plus librement en Russie. En fait, il y a d’autres contraintes que ces Européens connaissent parfaitement. Pour réussir, il faut également avoir de solides soutiens.

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La ville sera-t-elle prête ?

Ca dépend des sites. Adler, la station qui accueillera les compétitions de glisse sera prête, c’est sûr. Mais, certaines stations de ski en périphérie de Roza Khutor qui organise les épreuves sur neige ne le seront pas. Quand on va sur les chantiers, on se demande vraiment comment ils vont tenir les délais. Tout est à l’état d’échafaudage. C’est comme s’il fallait créer une ville en 6 mois. Et puis, la question se pose : qui est-ce qui va acheter tous ces appartements ?

 >>>>>>> Légendes : Toutes les photos sont reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur  ©Florence Lebert / Picturetank

Façade du Sanatorium Metallurg, construit en 1956 /// Femme portant une jupe à l’effigie des JO de 2014  /// Vacanciers sur la plage de Dagomys près de Sotchi /// Bateau-restaurant sur la plage /// Le front de mer de Sotchi en hiver sous la neige /// Skieurs attendant leur navette à la sortie des pistes de Gasprom /// Chantier du village de Rosa Khutor, station qui accueillera les épreuves de ski alpin de JO de 2014. Le bâtiment principal est une réplique de la gare ferroviaire de Sotchi.

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19 journalistes ont été tués dans le monde, depuis le début de l’année. 9 Net-citoyens et citoyens-journalistes sont également morts. Une ONG comme Reporters sans frontières défend la liberté de la presse partout dans le monde. Plusieurs fois par an, elle sort un album photo que le public peut acheter. Nous en avons souvent parlé dans ce blog : ici et . Les ventes de cet album financent (entre autres recettes) les activité de l’ONG. Le nouveau numéro est consacré au photographe de l’agence Magnum, Paolo Pellegrin. Un petit aperçu…

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1. Un sans-abri à Fresno, États-Unis 2011

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2. James, résident du foyer House of Mercury, un abri dans le nord-est de Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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3. Une famille dans le quartier de Crescent à Rochester. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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4. Vanelia, une jeune mère de Puerto Rico, chez elle dans le quartier de Crescent. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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5. Un gérant de fast-food au nord-est de Rochester est interrogé, soupçonné d’avoir menacé un client avec un fusil de chasse. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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6. Des membres du RID de Miami (Robbery Intervention Detail) font un contrôle de routine à Miami, Floride. États-Unis, 2012

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7. Un enfant du côté mexicain de la clôture à Colonia Rancho Anapra, un quartier voisin de Ciudad Juárez. États-Unis/Mexique, 2011

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8. Des membres du TRU, la Tactics and Rescue Unit de la police de Miami, effectuent un contrôle. Miami, Floride. États-Unis, 2012

Toutes les photos sont l’oeuvre de @Paolo Pellegrin-Magnum Photos

Quand j’ai rencontré Stéphanie Foäche pour parler de ses photos prises en Turquie, elle préparait déjà son travail sur le village de Sainte-Marguerite-de-l’Autel (Haute-Normandie). Elle faisait la route très tôt le samedi matin pour pouvoir capter les lumières du lever du soleil et passer le maximum de temps sur place. Les photos de cette série ont donc un ancrage géographique. Cette fois-ci, l’humain apparaît davantage dans le cadre. Mais, ce qui est frappant, c’est de retrouver ces atmosphères hors du temps que la photographe créée avec talent. Stéphanie Foäche ouvre une porte d’entrée à notre imaginaire avec ces images d’arbres enlacés par la brume, un escalier en bois abandonné au bord du chemin, des jeunes filles qui rient en pleine campagne. La photographe créée un décor laissant le soin aux spectateurs d’imaginer l’histoire.

© Stéphanie Foäche-filles

Chemin engourdi

Maison du pays d'Ouche

Caravane enneigée

gamin-camion

Le guet

Qui a dit ? (n°7)

14/05/2013

« Fondamentalement, je crois que nous devons redécouvrir un monde sans ironie. »

Robert Adams (né en 1937)