En novembre dernier, A travers ma bulle a assisté à une des séances de l’atelier photos avec les apprentis photographes de la cité de l’Espoir à Montreuil (93).  

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Comme tous les samedis, dans la cité de l’Espoir à Montreuil, les enfants de l’atelier photo se retrouvent devant le centre de loisirs. Quel sera leur nombre ? A chaque séance, c’est la grande inconnue pour les animatrices. Aujourd’hui, il y a cinq filles et sept garçons âgés de 4 à 12 ans. Pas facile d’adapter le cours à une tranche d’âge aussi large. En aparté deux des intervenantes, se demandent si elles acceptent Mohammed et Mariam, deux petits bouts de chou de 4 ans. « Bon allez on les prend ! » dit Mariche à demi convaincue.

Après l’exercice de concentration (fermer les yeux et faire silence), Mariche la photographe annonce le programme. « Aujourd’hui, c’est noir et blanc ». Tout un symbole ! Les enfants de la cité qui participent à l’atelier sont tous noirs. Les animatrices, elles, sont blanches et n’habitent pas là.

Autour de la table ronde, les enfants se contorsionnent sur leurs chaises pour voir le livre de clichés. Aïssatou, 9 ans, une des « grandes du groupe » bougonne « j’aime pas le noir et blanc ». Son jeans rose en velours, son gilet bleu ciel et sa parka jaune parlent pour elle. A droite de la table, Bakary, 3 ans de moins la regarde avec ses yeux brillants. La remarque fuse : « t’es bête parce que quand tu te marieras ton mari sera aussi en noir et blanc ». Touchée, coulée. La flèche de Bakary clôt la séance des réclamations.

Il est déjà 17h. Le soleil progressivement se couche. Il est grand temps de sortir faire les photos. Les grands prennent l’appareil en mains. Les petits comme Mohammed font de ravissants modèles pour les aînés. Finalement, devant ou derrière l’objectif, chaque enfant trouve sa place à l’atelier photo.

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Alexis Cordesse est l’un des 12 photographes avec Yann Arthus-Bertrand, Jane Evelyn Atwood à avoir participé à « Clichy sans clichés ». A cette occasion, il a réalisé une série de portraits d’habitants du quartier de la Forestière. Cette opération réalisée en octobre 2006 voulait faire découvrir la ville de Clichy autrement que par le prisme de la crise des banlieues.

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● Grâce à un appareil photo, peut-on changer le regard qu’on porte sur un endroit comme Clichy ?

Non, un appareil photo ne peut rien changer. Ce n’est qu’un outil. C’est le point de vue du photographe qui fait tout car ce point de vue évolue. De Clichy, je ne connaissais rien. Je m’attendais juste à trouver une réalité plus contrastée que celle véhiculée par les médias pendant les émeutes de banlieue.

J’ai travaillé sur le mode du dialogue et de l’échange avec les habitants de la Forestière [ndlr : une cité défavorisée de Clichy]. J’avais l’expérience du photographe, ils avaient l’expérience du lieu.

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● Associer aux images, les mots des personnes photographiées n’est-ce pas une façon de légitimer la présence du photographe ?

Effectivement. Cela me plaît aussi de travailler les limites de mon médium. Le fait de mettre les textes des personnes prises en photos à côté de leur portrait leur permet de s’exprimer. L’écueil à éviter est de faire croire que tout le monde a quelque chose à dire. C’est faux ! J’ai choisi de travailler avec ceux qui voulaient transmettre quelque chose.

● Qu’est-ce ce genre de projets apporte aux habitants ?

L’aspect participatif du projet leur a plu. Mais, il ne faut pas se leurrer ça ne fait pas nourrir d’espoir. De toute façon rien ne peut leur faire penser qu’il y a de l’espoir. Il suffit de regarder mes clichés d’immeubles décrépits.