J’ai retrouvé dans les archives de Photosmatons un post sur le thème du voyage. Je l’ai rédigé en 2011. Faute de pouvoir partir en vacances, je voulais en parler sur mon blog. Vaste sujet. J’avais demandé à une copine de me parler de son tour du monde. Six mois passés entre Amérique du sud et Asie : Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Chili et l’Ile de Pâques, la Polynésie française (Iles de la Société), la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Bali, Singapour et le Cambodge.

A l’époque, son récit m’a rappelé un texte du photographe Pierre Morel. Il revenait d’un séjour à Beyrouth. Dans ce post publié sur son blog (ici), il interroge la capacité de pouvoir se sentir dépaysé ou surpris en voyage dans ce monde si documenté. Les textes de Pierre et Ioana ont été publiés ensemble, pour qu’ils se fassent échos.

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« On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels… »
Nicolas Bouvier

Liban

PIERRE : « Au delà de l’exotisme propre à la destination et à son climat , c’est la concrétisation de mon imaginaire qui m’a le plus questionné. A force de concevoir le monde à travers le prisme de l’information et du document, vivre la réalité relève de l’assouvissement du fantasme. Le monde que j’imagine est idéalisé, dans le sens du virtuel, et lorsque je m’y trouve physiquement, j’ai cette sensation de vivre quelque chose que j’anticipais, l’impression de me retrouver dans un reportage ou dans un film déjà vu, le sentiment d’être derrière l’écran d’un jeu vidéo. (…)

Arrivée au Liban

Le monde carte postale existe ainsi subitement et mes déplacements ne sont que la transformation en réalité effective d’icônes que je connais déjà inconsciemment. Notre imaginaire en prend un coup ! Notre époque est si documentée que l’expérience même du voyage et de l’exotisme s’en trouve transformée. Plus de surprises, plus réellement de vraies découvertes. Notre société du spectacle m’a apporté une culture visuelle et littéraire qui ressurgit de manière soudaine lors de l’expérience vécue. (…)

Avec la standardisation des marques, des modes de consommations et des cultures, il n’existe plus de différences entre les centres des villes mondes. Des artefacts de la mondialisation nous renvoient toujours au lieu d’où nous venons. Être dépaysé, cela devient difficile (…) »

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IOANA : Qui n’a jamais vu de photos des statues de l’île de Pâques ? des temples d’Angkor ? du Corcovado ?Il faut bien reconnaître que lorsqu’on les rencontre, “pour de vrai”, la première pensée, c’est : “ah bah oui, c’est bien ça”, comme si on cherchait une confirmation de ce que l’on connaissait déjà. Et quelle déception de trouver Santiago du Chili si sembable à n’importe quelle grande ville occidentale…
Mais aucune photo, aucun reportage ne peut fidèlement reproduire les couleurs d’un soleil qui décline, les odeurs de riz et d’encens mêlés, la fraîcheur sucrée d’un ananas, la douceur d’un museau de lama.

Et comment apprend-on qu’en Argentine, tout le pays fait la sieste entre 14h et 17h ? Qu’à Singapour, tous les panneaux de signalisation sont en anglais, chinois et indien ? On peut le voir sur une photo, mais on ne le comprend seulement qu’en déambulant dans cette ville-Disney.

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Le plus doué des écrivains, de ses mots les plus affutés, ne parviendrait pas à rendre conforme au réel le craquement de la cordillère des Andes, dans le désert d’Atacama. Il faut pour cela marcher sous un soleil de plomb pendant deux heures, sur un sentier si étroit qu’il n’est possible que de mettre un pied devant l’autre. A flanc de coteau, à vingt mètres du sol. Puis dévaler une dune. Respirer enfin à l’ombre de ces canyons rugueux. S’asseoir sur une pierre hostile, et écouter.

Entendre enfin ce craquement, qui fait se sentir tout petit. Voilà pourquoi rien ne remplacera le voyage. »

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En été, on n’a pas franchement envie de s’enfermer dans les musées. Sauf, peut-être, quand on passe l’été à Paris, qui plus est dans l’atmosphère automnale de ces derniers jours. En parlant de derniers jours, l’expo du Bal*, près de la place de Clichy s’arrête le 21 août . Il est donc plus que temps de parler de Tokyo-e. Tokyo-e signifie « vers Tokyo » ou « les images de Tokyo », cette expo présente le regard de trois figures importantes de la photographie japonaise… soit trois regards qui racontent chacun cette ville et ce qu’ils perçoivent de ses mouvements ou de ses mutations.  

© Yutaka Takanashi (Un photomaton dans le quartier de Shitamachi, l'un des plus anciens de Tokyo)

Dans la série Machi, le photographe Yutaka Takanashi, co-fondateur du magazine Provoke en 1968, se concentre sur Shitamachi, l’un des quartiers les plus anciens de Tokyo. Ses portraits d’intérieur et d’extérieur, sans présence humaine ou presque, montrent un monde traditionnel peu à peu gagné par la modernité. Pour témoigner de la disparition programmée de ce monde, Yutaka Takanashi choisit des compositions très riches, remplies de détails, aux couleurs très léchées. Le livret de l’exposition résume très bien la sensation d’inquiétude étrange qui se dégage de ces natures mortes : « Takanashi retourne à Shitamachi comme on rend visite à ses morts ».

© Yukichi Watabe

Dans la même salle, il y a les photos au mur de Yutaka Takanashi et posées sur des consoles noires vitrées la série Une enquête criminelle de Yukichi Watabe. En 1958, le photographe, alors jeune reporter photographe, obtient l’autorisation de suivre les enquêteurs. C’est une sale affaire : un homme a été retrouvé mort. Différentes parties de son corps (un nez, un doigt et un pénis) ont été découvertes dans un bac à huile. Le long d’une voie ferré, dans un poste de police de quartier, le photographe suit ces Colombos japonais et le spectateur que nous sommes se délecte de cette série de photos esthétiques et documentaires.

© Kenzo Kitajima

Enfin, le sous-sol est entièrement consacré aux travaux de Keizo Kitajima, né en 1954. Une immense fresque de grands formats noir et blanc, collés les uns aux autres, occupe une large part de la pièce.  Cette scénographie rappelle que dès 1979, le photographe décide de recouvrir, du sol au plafond, les murs de la galerie CAMP (qu’il a créée en 1975). Il expose ainsi, chaque mois,  ses photos d’un quartier tokyoïte, équivalent du Pigalle parisien. Le livret de l’expo précise : « tout le travail de Keizo Kitajima est hanté par une idée fixe : l’identité, ou plutôt son revers (…). Chez lui, la question identitaire se pose quand elle mute, s’enrichit, se dissout, se confronte à une mécanique ou à ce qui la bouscule. (…) Se fondre dans la foule, jusqu’à se laisser absorber par elle. Aller au plus près des images, jusqu’à se perdre lui-même. »

»»» Aller au Bal »»» 18 impasse de la Défense »»» 75 018 PAris

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Un message est arrivé, il y a quelques jours, sur ce blog : « Ceci est pour vous » avec l’adresse d’un site. Séduisant et intriguant. Ce qu’il faut pour se lancer dans l’exploration de l’URL inscrite en guise de signature : http://www.bonjourjohanna.com/.

Je n’ai pas cherché à savoir qui est Johanna. Simplement, cette artiste est française/installée à Berlin/sans avancer d’âge je dirais qu’elle paraît plutôt jeune (ce qui laisse une sacrée marge, j’en conviens)/elle est brune ou teinte en brune/jolie aussi.

En guise de réponse à son message, j’ai fait ce post qui brosse, en trois traits, une esquisse de ses activités artistiques. Johanna fait des photomatons (chapitre 1), du street art (chapitre 2) et décore ses enveloppes quand elle envoie des lettres (chapitre 3).

CHAPITRE 1 : Les photomatons

CHAPITRE 2 : Le street art

Mes copains, Strasbourg, 2011 ©Johanna Tagada

« No money but ideas » dit un monstre collé sur un mur de Zürich en Suisse. Ce monstre et les autres, Johanna Tagada les appellent « Mes copains » comme elle l’explique dans le mini documentaire réalisé par Steve Ellington sur les personnages de Johanna.

CHAPITRE 3 : les enveloppes décorées

De l’art (si désuet) d’envoyer des paquets ou des lettres. De l’art (encore plus raffiné) de les décorer.