Crédits (de haut en bas et de gauche à droite) : ©Abbas/Magnum Photos, ©Susan Meiselas/Magnum Photos, ©Alex Majoli/ Magnum Photos, ©Marc Riboud/Magnum Photos

Depuis 25 ans, Reporters sans frontières (RSF) se bat pour le respect de la liberté de la presse. 50 % des recettes de cette organisation non gouvernementale proviennent de la vente d’albums photos. Les photos de grands noms du photojournalisme et de la photographie ont été publiées dans ces ouvrages. Citons, parmi d’autres : William Klein, Sabine Weiss, Reza….Trois albums sont publiés chaque année : le 3 mai pour la journée de la liberté de la presse, en septembre et en décembre. Jean-François Julliard, secrétaire général de l’ONG depuis 2008, nous raconte. (Interview réalisée fin juillet 2010)

D’où vient l’idée de commercialiser des albums photos ?

Au départ, il ne s’agissait pas d’en tirer des profits mais de mettre en avant le travail des photographes et des journalistes qui prennent des risques. Les premiers albums étaient faits de photos de différents photographes très en prise avec l’actualité, notamment le reportage de guerre. Il s’agissait de faire connaître Reporters sans frontières auprès du grand public et de soutenir le photojournalisme. D’ailleurs, le tout premier (qui date de 1992 ou de 1993) n’était pas un 100 photos mais une compilation de 100 dessins.

Trois albums sortent chaque année, au même prix (9€90) et aux mêmes périodes (le 3 mai journée de la liberté de la presse, en septembre et en décembre). Cette formule va-t-elle évoluer ?

Ca fonctionne bien pour l’instant mais on réfléchit toujours à comment mieux faire. La publication des albums photos ne va pas cesser, c’est certain. En revanche, on est toujours en train de réfléchir à améliorer. Le marché de la presse ne va pas très bien et ça concerne tout le monde. On réfléchit à comment utiliser tous les nouveaux médias et autres supports comme Internet et les autres plateformes. C’est ce qu’on a testé avec le dernier album Magnum qui a été lancé avec une application i-phone.

Comment ces albums sont-ils réalisés ?

C’est différent à chaque fois. Dans tous les cas, c’est une collaboration entre le photographe, les ayants droit ou l’agence et nous. Sachant que la règle, à chaque fois, est que les photographes ne prennent pas de commission et cèdent leurs droits. Par exemple, avec Magnum, on s’est mis d’accord sur le fait de faire un album. Tous les photographes de l’agence ont cédé gracieusement leurs droits à RSF, sans quoi il n’y aurait pas de publication possible. Nous n’avons pas les moyens de payer des droits aux photographes. Une fois que l’on a cet accord de principe, on décide ensemble. Le photographe fait une pré-sélection de 200-250 photos. Puis on affine ensemble. Certains photographes sont assez directifs, au bon sens du terme. Ils ont une idée très précise de ce qu’ils souhaitent. D’autres nous laissent complètement la main.

Peut-on parler d’acte militant de la part des photographes ou des agences ?

Oui, c’est comme un acte militant, un engagement. Souvent les photographes sont très concernés par ces questions-là, notamment ceux qui travaillent sur l’actualité. Et puis, nous ne sommes pas naïfs. C’est également une belle publicité pour le photographe, pour l’agence. Nos albums bénéficient d’une plus grande visibilité que n’importe quel ouvrage photo. Les ouvrages photos traditionnels n’ont pas le même tirage, ni la même promotion dans les médias. Nos albums sont montrés aux journaux de 20h de TF1 et de France 2, on en parle à la radio et dans la presse. Les photographes et les agences s’y retrouvent aussi. Disons que c’est une mise en avant de leur travail.

Certains photographes ont-ils refusé de le faire ?

Il n’y a jamais eu de refus catégorique autant que je sache.

Y a-t-il des « noms » que vous aimeriez publier ?

Oui, il y a quelques grands photographes que l’on voudrait faire. Je pense à James Natchwey, par exemple. On voudrait publier un album avec René Burri. On aimerait aussi retravailler avec des gens qui ont compté pour nous et qui sont toujours restés proches de RSF : Raymond Depardon ou Sebastiao Salgado. On a déjà fait des albums avec eux au tout début… A une époque où ils n’ont peut-être pas eu la promotion qu’ils méritaient. Depuis, ces professionnels ont eu un parcours exceptionnel.

Le précédent album regroupe 101 photos de différents photographes de l’agence Magnum. Il célèbre les 25 ans de RSF. Pourquoi 101 ?

Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que c’était un clin d’œil. Pour nos 25 ans, nous voulions un album un peu différent. Donc pourquoi ne pas aller jusqu’à changer ce titre de 100 photos à 101 ?  Et puis, symboliquement, la 101ème photo de cet album, c’est une photo d’Haïti. On trouvait ça sympa de rendre un hommage spécial à ce pays victime d’un tremblement de terre en début d’année. C’est un pays dans lequel on a beaucoup, beaucoup travaillé. A une époque, d’énormes problèmes se posaient en terme de liberté de la presse. Nous voulions aussi marquer un anniversaire et avoir quelque chose d’atypique dans cette collection des 100 photos avec un 101. Peut-être qu’un jour il y aura un 102 ou 103. Tout est possible !



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