Chers touristes…

25/05/2014

La série de portraits réalisée par le photographe Jolipunk a fait le tour du web. Des personnes à Cuba, en Inde lèvent le doigt devant l’objectif du photographe. La réponse du berger à la bergère ? Cette série veut faire réagir sur le tourisme mondialisé. Jolipunk change le prisme : plutôt que de sourire pour faire de jolis portraits, les locaux font un beau bras d’honneur. Ca ne mange pas de pain certes mais ces photos un peu what the fuck font réfléchir au tourisme mondialisé. Et ça nous rappelle que l’on est toujours à un moment ou à un autre le touriste/autochtone de quelqu’un (demandez aux parisiens…) 

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Le doigt d’honneur est donc aussi universel que la bouteille de Coca ?

Non, le « middle finger » n’est pas un signe universel. Néanmoins son sens existe dans toutes les langues et avec différents types de combinaison de doigt ! Le middle finger est beaucoup utilisé en occident et grâce (ou à cause) de la télévision, les journaux et internet, il s’internationalise de plus en plus.

J’ai lu l’anecdote qui a fait débuter ce projet : ce touriste qui vous refuse la photo parce qu’il en a marre d’être mitraillé par les touristes et redoute (éventuellement) de se retrouver en carte postale. C’était où et quand ?

C’était en 2008, à Bali ! Bali fut mon premier grand voyage hors des frontières européenne : a la fois la découverte d’une culture totalement différente mais aussi des joies colonisatrices du tourisme de masse.

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Les photos s’accompagnent de quelques phrases de contexte souvent très percutantes comme par exemple cette agricultrice qui dit « ici le problème c’est l’eau » à qui le photographe répond « vous avez l’eau courante » et elle conclue « oui dans vos hôtels »….

Oui ! Vous l’autre sûrement remarqué, sur beaucoup de forums ou commentaires les gens essayent de savoir : le sens, la mise en scène, il y a les « pour » qui s’engouffrent dans l’idée et les contre qui s’insurgent en criant : « ça va ils vont pas se plaindre on leur donne de l’argent !!! ». Du coup je me suis mis à écrire ces petites anecdotes…. Pour raconter l’echange et la motivation de chacun, ce qu’ils ont a dire. Il m’en reste d’ailleurs encore beaucoup a écrire.

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Cette série n’était pas prévue pour tourner autant sur les blogs et magazines. Je regrette de ne pas y avoir écrit une intro pour chaque pays. Car chaque pays a un contexte historique politique et sociologique différent. Certain sont rompus au tourisme et d’autres sont au contraire ravis de nous recevoir.

J’ai également lu que votre propos ne se voulait pas moralisateur…Effectivement, n’est-on pas toujours le touriste bof de quelqu’un d’autre ?

Pour continuer le propos ci-dessus, il n’y a pas de meilleure façon de voyager : de bien ou de mal ! Je ne suis pas un apôtre d’une cause particulière et je n’essaye pas de dire que partout dans le monde les locaux vous disent merde. Je fais de la photographie autrement dit figer une idée, un point de vue en 1/125eme de seconde.
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Mais cette série est là pour véhiculer une idée simple : échanger partager et comprendre l’autre … Certains pensent qu’on comprend réellement un peuple par ses réalisations culturelles. Moi, je pense qu’il faut parler aux gens !

« Le tourisme est une question complexe », ça peut être une relation donnant-donnant (les touristes s’y retrouvent, les locaux aussi) et ça peut être plus compliqué. Vous en êtes où dans votre réflexion sur la question?

Oui cela reste très complexe ! Nous le voyons bien avec les réactions sur cette série : le tourisme sert à développer un pays blablabla…Des propos que je juge limite colonialistes. Oui l’argent sert a développer un pays mais aussi parfois à bétonner sa côte, par exemple ! L’argent sert à des groupes hôteliers qui créent d’autres infrastructures à touristes. Ces infrastructures sont pensées pour que vous n’en sortiez pas !
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Exemple à Cuba : ils ont développé des petits îles hotels relié par un pont de 10km. Vous y arrivez par une route traversant une petite ville.
J’étais en voiture et je voulais bien finir mon voyage, en passant par la petite ville pour rejoindre se fameux pont, le décor était propre et joli : les maisons peintes, les habitants bien habilles …
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Mais comme j’ai un sens de l’orientation de merde je me suis trompé de direction… Et la j’ai vu l’arrière boutique : une ville cubaine délabré … Comme les coulisses d’un décor de théâtre
En clair ils ont refait, repeint et décoré l’itinéraire pour les bus touristique
Donner une carte postale au touriste qui ne correspond évidemment pas a la réalité d’un pays rongé par le communisme.
C’est toute l’idée des fucking tourist !
Une expo aura lieu en juillet a la galerie Géraldine Banier 56 rue Jacob à Saint-Germain à Paris. 
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Le 3 mai dernier (journée mondiale de la liberté de la presse), Reporters sans Frontières (RSF) a lancé une nouvelle formule de son album les 100 photos*. Invité de ce numéro anniversaire : Martin Parr. Le photographe-star britannique a offert 20 clichés inédits. 20 comme 20 ans, l’âge de ces publications furieusement avant-gardistes à leur époque, noyées dans l’abondante offre qui est née depuis. 

@Martin Parr-Magnum Photos -Japon, Myazaki, plage artificielle du Ocean Dome, 1996

« Quand RSF a lancé l’idée de faire des albums, à l’époque personne n’y croyait », se souvient Olivier Basille, secrétaire général de Reporters sans Frontières. 20 ans plus tard, l’ONG célèbre la pérénnité de ces albums, dont les ventes représentent 50 % de ses recettes, comme nous l’expliquait  sur ce blog Jean-François Julliard, le prédécesseur d’Olivier Basille. C’est une partie de la garantie de l’indépendance, en clair. Le retour sur le devant de la scène et l’appétence du public pour le photo-reportage a permis la création de nombreuses revues qui lui sont consacrées (6 mois, Polka etc…). Une concurrence de fait pour l’album de RSF. « C’est sûr qu’économiquement ça créé de la concurrence pour notre album, reconnaît Olivier Basille. Mais, paradoxalement, nous nous réjouissons de l’existence de ces publication, je rappelle que RSF  défend, entre autres, le pluralisme de la presse. » 

@Martin Parr-Magnum Photos -Japon, Myazaki, plage artificielle du Ocean Dome, 1996

Dans ce contexte d’offre abondante, il était temps de rafraîchir la maquette et d’innover. « Les grands noms de la photographie (qui cèdent leurs droits sur les photos) nous apportent crédibilité et assurent les ventes, ne cache pas le secrétaire général. Mais il était normal d’ouvrir les pages à la nouvelle vague, d’associer la relève à un album dont le but est de collecter de fonds. Nous ne pouvions pas continuer à dire aux autres de réparer la voiture sans mettre nous-mêmes les mains dans le cambouis. » Donc, en plus des 20 clichés inédits pris en Thaïlande et au Cambodge offerts par Martin Parr, les dernières pages du numéro sont consacrées à un entretien avec un jeune photographe cambodgien Philong Sovan. Olivier Basille confie aussi que  l’ONG réfléchit à un projet dans lequel RSF pourrait payer ou mandater des photographes et les faire bénéficier de la visibilité de l’album pour publier leurs travaux. « Sans devenir un média à part entière et à condition de trouver des partenaires financiers, l’idée serait de mettre la main au portefeuille en produisant des travaux censurés ou non produits ailleurs. »

D’ailleurs, cet album est l’occasion aussi de rappeler que la proportion de photographes augmente ces dernières années, parmi les journalistes tués sur les terrains d’informations. « Ce retour en force de l’image professionnelle devient de plus en plus nécessaire pour contrer la propagande et apporter de l’information, alors que désormais tout le monde prend des photos, note Olivier Basille. Cela demande aux photographes professionnels d’aller voir au plus près. » L’hommage rendu par RSF à Rémi Ochlik et le soutien au prix Lucas Dolega sont de douloureuses piqûres de rappel.

L’album

Je ne suis pas une grand admiratrice de l’esthétique de Martin Parr de l’agence Magnum mais sa démarche et la pertinence de son propos font mouche. Son regard distancié et moqueur, notamment dans cette série sur le tourisme de masse, est redoutablement efficace. Les autres, chez Martin Parr, sont souvent un révélateur de ce que nous sommes. Le photographe poil à gratter nous confronte à nos (mauvaises habitudes). Mettez vos amis au défi : quiconque voyage s’est retrouvé dans une des situations photographiées dans cet album. Et puis il y a cet état d’esprit, cette phrase de Parr : « Le quotidien est imbu d’une atrophie morale et d’une absurdité telles que le seul moyen de s’en accommoder est d’acquérir un certain sens de l’humour ». Quoi de mieux pour conclure ?

* Pour soutenir RSF, l’album des 100 photos est disponible chez tous les marchands de journaux au prix de 9,90 € ou sur le site de l’ONG.