19 journalistes ont été tués dans le monde, depuis le début de l’année. 9 Net-citoyens et citoyens-journalistes sont également morts. Une ONG comme Reporters sans frontières défend la liberté de la presse partout dans le monde. Plusieurs fois par an, elle sort un album photo que le public peut acheter. Nous en avons souvent parlé dans ce blog : ici et . Les ventes de cet album financent (entre autres recettes) les activité de l’ONG. Le nouveau numéro est consacré au photographe de l’agence Magnum, Paolo Pellegrin. Un petit aperçu…

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1. Un sans-abri à Fresno, États-Unis 2011

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2. James, résident du foyer House of Mercury, un abri dans le nord-est de Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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3. Une famille dans le quartier de Crescent à Rochester. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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4. Vanelia, une jeune mère de Puerto Rico, chez elle dans le quartier de Crescent. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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5. Un gérant de fast-food au nord-est de Rochester est interrogé, soupçonné d’avoir menacé un client avec un fusil de chasse. Rochester, état de New York. États-Unis, 2012

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6. Des membres du RID de Miami (Robbery Intervention Detail) font un contrôle de routine à Miami, Floride. États-Unis, 2012

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7. Un enfant du côté mexicain de la clôture à Colonia Rancho Anapra, un quartier voisin de Ciudad Juárez. États-Unis/Mexique, 2011

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8. Des membres du TRU, la Tactics and Rescue Unit de la police de Miami, effectuent un contrôle. Miami, Floride. États-Unis, 2012

Toutes les photos sont l’oeuvre de @Paolo Pellegrin-Magnum Photos

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Le 3 mai dernier (journée mondiale de la liberté de la presse), Reporters sans Frontières (RSF) a lancé une nouvelle formule de son album les 100 photos*. Invité de ce numéro anniversaire : Martin Parr. Le photographe-star britannique a offert 20 clichés inédits. 20 comme 20 ans, l’âge de ces publications furieusement avant-gardistes à leur époque, noyées dans l’abondante offre qui est née depuis. 

@Martin Parr-Magnum Photos -Japon, Myazaki, plage artificielle du Ocean Dome, 1996

« Quand RSF a lancé l’idée de faire des albums, à l’époque personne n’y croyait », se souvient Olivier Basille, secrétaire général de Reporters sans Frontières. 20 ans plus tard, l’ONG célèbre la pérénnité de ces albums, dont les ventes représentent 50 % de ses recettes, comme nous l’expliquait  sur ce blog Jean-François Julliard, le prédécesseur d’Olivier Basille. C’est une partie de la garantie de l’indépendance, en clair. Le retour sur le devant de la scène et l’appétence du public pour le photo-reportage a permis la création de nombreuses revues qui lui sont consacrées (6 mois, Polka etc…). Une concurrence de fait pour l’album de RSF. « C’est sûr qu’économiquement ça créé de la concurrence pour notre album, reconnaît Olivier Basille. Mais, paradoxalement, nous nous réjouissons de l’existence de ces publication, je rappelle que RSF  défend, entre autres, le pluralisme de la presse. » 

@Martin Parr-Magnum Photos -Japon, Myazaki, plage artificielle du Ocean Dome, 1996

Dans ce contexte d’offre abondante, il était temps de rafraîchir la maquette et d’innover. « Les grands noms de la photographie (qui cèdent leurs droits sur les photos) nous apportent crédibilité et assurent les ventes, ne cache pas le secrétaire général. Mais il était normal d’ouvrir les pages à la nouvelle vague, d’associer la relève à un album dont le but est de collecter de fonds. Nous ne pouvions pas continuer à dire aux autres de réparer la voiture sans mettre nous-mêmes les mains dans le cambouis. » Donc, en plus des 20 clichés inédits pris en Thaïlande et au Cambodge offerts par Martin Parr, les dernières pages du numéro sont consacrées à un entretien avec un jeune photographe cambodgien Philong Sovan. Olivier Basille confie aussi que  l’ONG réfléchit à un projet dans lequel RSF pourrait payer ou mandater des photographes et les faire bénéficier de la visibilité de l’album pour publier leurs travaux. « Sans devenir un média à part entière et à condition de trouver des partenaires financiers, l’idée serait de mettre la main au portefeuille en produisant des travaux censurés ou non produits ailleurs. »

D’ailleurs, cet album est l’occasion aussi de rappeler que la proportion de photographes augmente ces dernières années, parmi les journalistes tués sur les terrains d’informations. « Ce retour en force de l’image professionnelle devient de plus en plus nécessaire pour contrer la propagande et apporter de l’information, alors que désormais tout le monde prend des photos, note Olivier Basille. Cela demande aux photographes professionnels d’aller voir au plus près. » L’hommage rendu par RSF à Rémi Ochlik et le soutien au prix Lucas Dolega sont de douloureuses piqûres de rappel.

L’album

Je ne suis pas une grand admiratrice de l’esthétique de Martin Parr de l’agence Magnum mais sa démarche et la pertinence de son propos font mouche. Son regard distancié et moqueur, notamment dans cette série sur le tourisme de masse, est redoutablement efficace. Les autres, chez Martin Parr, sont souvent un révélateur de ce que nous sommes. Le photographe poil à gratter nous confronte à nos (mauvaises habitudes). Mettez vos amis au défi : quiconque voyage s’est retrouvé dans une des situations photographiées dans cet album. Et puis il y a cet état d’esprit, cette phrase de Parr : « Le quotidien est imbu d’une atrophie morale et d’une absurdité telles que le seul moyen de s’en accommoder est d’acquérir un certain sens de l’humour ». Quoi de mieux pour conclure ?

* Pour soutenir RSF, l’album des 100 photos est disponible chez tous les marchands de journaux au prix de 9,90 € ou sur le site de l’ONG.

Rappel des faits

Lucas Dolega a été blessé le 14 janvier 2011 en Tunisie. Le 17 janvier, il décède de ses blessures. Lucas était un photoreporter français qui couvrait la révolte tunisienne lors du « printemps arabe ». Lucas Dolega est mort dans l’exercice de sa profession. Son décès a ému l’ensemble de la communauté des photojournalistes français et au-delà. Cet évènement a rappelé au grand public les conditions difficiles dans lesquelles travaillent certains photographes dans les zones de conflit.

Le prix Lucas Dolega

Un concours a été lancé en hommage à Lucas par l’association qui porte son nom, en partenariat avec Nikon, la Mairie de Paris, RSF et Polka. LE Prix entend à soutenir les jeunes photographes qui exercent leur travail dans des zones à risques. Il est doté de 10 000 €. Le gagnant remportera également une exposition à Paris, une publication de tout ou partie de son travail dans Polka et le financement d’un nouveau reportage. Cette belle dotation montre la volonté de l’association d’accompagner un jeune photographe.

Le thème

Les participants doivent présenter un reportage photographique, fait ou terminé en 2011, sur une situation de conflits et ses conséquences sur les populations civiles. Le terme « conflit » s’entend au sens large : guerre, révolte, émeute, catastrophe naturelle ou sanitaire. « Le prix est ouvert au plus grand nombre, insiste la secrétaire de l’association Juliette Robert. Nous ne sommes pas uniquement dans la photo de guerre. Nous voulons surtout montrer que de jeunes photographes vont sur le terrain. » L’association espère recevoir un nombre important de candidatures françaises et étrangères qui seront examinées par un jury de professionnels.

Les modalités

La participation à ce prix est gratuite. Il suffit de s’inscrire en remplissant le formulaire de participation téléchargeable sur le site. Vous avez jusqu’au 10 novembre 2011 à minuit pour envoyer votre sélection de photos. Pour plus d’informations : envoyez un mail à contact@lucasdolega.com.

(Photo ©Lucas Dolega. Reproduction interdite sans autorisation préalable)