Le photographe Ronan Thenadey reprend la route des festivals cet été. Nous avions déjà évoqué sa carrière dans ce blog (le mot carrière le ferait rire parce qu’il fonctionne à l’instinct et ne planifie rien). Sa première halte se fera, comme tous les ans depuis 7 ans, au Hellfest, du 20 au 22 juin, à Clisson (44). Le rassemblement d’amoureux de musiques extrêmes chatouille tous les ans la sensibilité de certains qui ont parfois du mal à manier le second (voir troisième ou quatrième) degré.

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Comment décrirais-tu le Hellfest à des gens qui n’y sont jamais allés ?  

Le Hellfest est un rassemblement dans la bonne humeur. Des gens viennent du monde entier, ils se retrouvent pour l’amour du metal au sens large : du Punk Hardcore au Death Metal en passant par le Stoner. Les gens viennent voir leurs groupes préférés, faire la fête et passer un bon moment. C’est devenu un endroit de rêve pour tous les amoureux de Metal. Quand tu aimes ce genre de musique, tout est fait pour que tu t’y sentes bien.

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Tu fais beaucoup de photos du public… 

Oui je shoote énormément le public, et les groupes sur scène évidemment. Nous sommes plusieurs photographes officiels et pour ma part je suis très concentré sur les gens hyper lookés, les moments forts ( slam, bataille de boue…) et les …filles (rires) ! Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas que des métalleux et des gens déguisés dans le public, il y a aussi des familles. Au Hellfest on croise tous les âges, de 7 à 77 ans.

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Il y a une grosse dose de provoc au Hellfest, non ?

Les gens qui vont au Hellfest s’amusent des symboles religieux. Ils les détournent et en jouent, comme cette photo où un mec déguisé en fée mime une fellation sur un festivalier habillé en curé…Les festivaliers profitent de ces 3 jours pour se lâcher. Mais personne ne prend tout ça au sérieux.

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Certains prennent ça au sérieux, il y a des pétitions tous les ans… 

Je n’ai pas vraiment envie de parler de ça. Ca ne me touche pas. Je n’ai pas envie de parler de ces gens qui ne sont pas nombreux et qui, de toute façon, ne changeront jamais d’avis.

Y a-t-il un moment particulier qui t’a marqué ? 

En 2011, je repère des types déguisés en viking qui s’amusent à se brûler les poils pubiens et la barbe avec des briquets. J’ai profité de ce moment pour shooter. Il y a une photo, particulièrement emblématique, où la barbe du type s’embrase littéralement. Ses potes l’entourent et restent impassibles. Et moi, j’ai ma photo ! Je l’ai légendée : « brûlons le viking hérétique ».

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Tu es photographe pour le Hellfest depuis 7 ans maintenant, c’est toujours aussi excitant ?

C’est hyper excitant d’y retourner à chaque fois. Le site change tous les ans et il y a toujours des moments incroyables, drôles et improbables. Je me mets une certaine pression avant chaque nouvelle édition. Il n’y a pas de routine, aucun confort qui s’installe.

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Quel est ce petit supplément d’âme que tu ajoutes à tes photos ?

Le supplément d’âme c’est mon attitude avec les gens. Je rigole avec eux. Je passe toujours un petit temps à discuter avant de les photographier. J’ai accumulé des milliers de photos depuis 7 ans. En me replongeant dans mes photos pour cette interview, je peux dire que je suis vraiment fier de certaines de ces photos.

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Un dernier message pour la route ?

J’invite tous les curieux et les gens que le festival intrigue à venir headbanguer avec nous et passer un bon moment qu’ils n’oublieront pas de sitôt !

Toutes les photos sont reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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Il y a plusieurs mois, Photosmatons rencontrait Stéphane Burlot. Lors de cette rencontre, le photographe racontait combien le métier s’était durcit. Il racontait une époque révolue où les groupes étaient plus accessibles. Le photographe Ronan Thenadey est d’une autre génération. Il s’est lancé, en 2006, après une école de photos à Bruxelles. Déjà rodé à l’exercice, il a écumé soirées et concerts pour photographier des groupes et leur public pendant des années. Un choix audacieux qui engendre parfois le doute. « Il y a un an, j’en ai eu marre. Je n’avais plus envie » Un passage à vide qui n’a pas duré. De toute façon, il « n’aurait pas pou faire autre chose » et c’est exactement ce qu’on se dit quand on le connaît. Il couvrira le Hellfest, comme chaque année. Un passionné, on vous dit. 

« Jamais, je n’ai envisagé de devenir « photographe de concert » ! J’ai commencé à faire de la photo en soirée. J’étais le mec qui avait toujours un appareil et qui shootait. Je me suis payé mon premier compact numérique, un Canon Power shot. J’avais aussi un Canon argentique datant des années 80. Je pratiquais tout le temps, c’est  vraiment là que j’ai touché la photo pure. Je tirais mes photos dans la salle de bain d’un couple de copains. Un vrai déclic ! C’était il y a sept ans.

Aujourd’hui, je me promène beaucoup. J’ai deux sacs à dos (un pour le matos, l’autre pour les fringues) et le choix de vie qui va avec. Pas de logement fixe, pas de copine, pas d’attachement à un endroit défini. Je ne suis pas matérialiste donc je dépense peu. Hormis, bien sûr, pour le matériel photo dont j’ai besoin.

Pour n’importe quel concert, je suis tributaire de l’artiste, de ce qu’il donne, des conditions d’éclairage aussi. Il faut qu’il se passe quelque chose sur scène. J’essaie de sublimer les photos, de réussir à faire sortir ce qui est beau dans l’image, j’essaie de créer ma propre recette en traitement d’images. L’idée évidemment est de trouver sa propre touche. Car, beaucoup de gens font de la photo de concert, en amateur souvent, et…font un peu tout et n’importe quoi, disons qu’ils n’appliquent aucune règle photographique.

Je suis très exigeant quand je travaille mes photos. Et cette façon de faire finit par payer… Depuis quelques mois, je gagne de l’argent. Je fais aussi un peu d’alimentaire [des photos de pub] et de la vidéo. J’ai été chef opérateur sur un clip. Je gagne en moyenne 700 € par mois. Quand on me propose 150 € pour une photo, c’est une publication honnête. Le problème récurrent dans la presse est le manque d’argent : si le magazine n’est pas adossé à un gros groupe de presse, il ne paye pas. Certains demandent carrément des photos gratuites ! Ca m’arrive de travailler bénévolement pour des publications qui me plaisent et qui me font une belle vitrine, comme je l’ai fait pour le magazine Noise [qui lui consacre un portfolio dans le dernier numéro]. Il y a aussi de purs escrocs : récemment un Thaïlandais me proposait 80 € pour une photo du groupe The Kills. Il voulait l’exploiter sur des t-shirts !

Vivre de sa passion reste quelque chose de fragile. Et, en même temps, j’ai conscience d’avoir la belle vie. Je passe mon temps à voir jouer des groupes que j’apprécie. A ce niveau-là, je suis comblé. Peut-être que ce mode de vie n’est pas viable sur la durée ? En fait,  j’y pense pas. Je souhaite simplement gagner ma vie correctement en participant à des projets qui me tiennent à coeur. Mais, pour rien au monde, j’échangerai la vie que je mène actuellement ! »

Toutes les photos ©Ronan Thenadey. Reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur. 

Pour aller plus loin >>>>>>>>>>>

– Son site internet

– Son flick’r

– Le clip pour lequel il a été chef opérateur

– Un projet auquel il est associé : ici et