UNE VILLE, UN PHOTOGRAPHE #1. Aimer la ville, trouver ses aspérités, chercher ses recoins, s’étonner de ceux qui y vivent, relever sa bizarrerie ou la difficulté de cohabiter…Les photographes excellent dans cet exercice. Dans cette nouvelle série « Une ville, un photographe », Photosmatons a demandé à certains d’entre eux de parler d’une ville qu’ils connaissent bien, parce qu’ils y habitent, y passent souvent ou ont eu l’occasion d’y vivre. Pierre Morel, régulièrement invité dans ce blog, inaugure la série avec la ville dans laquelle il s’est posé depuis quelques mois : Belgrade, capitale de la Serbie. N’hésitez pas à réagir (poser des questions ou donner vos bonnes adresses) dans les commentaires !

Trois mots pour qualifier Belgrade ? 

Large, européenne, alternative.

Premier souvenir photographique là-bas ?

Un brouillard extrêment dense d’automne en Novembre. Il recouvre toute la ville créant une ambiance complétement dingue, « lunaire » bien que je sois jamais allé sur la lune et qu’il n’y a pas de brouillard là-bas. On ne voyait pas à 10 mètres.

Qu’est-ce que tu préfères prendre en photos ici les gens/l’architecture/les paysages… ?

Venant de France, c’est tellement plus facile ici de prendre les photos. Je n’ai jamais eu aucun problème de méfiance. Qui plus est les personnes sont bien plus accueillantes. Pour la photo de rue, c’est donc un régal. L’architecture n’est pas si communiste que ça. Mais bien sur c’est un point intéressant. J’adore prendre en photo la jeunesse de Belgrade, les endroits où sortir, les lieux alternatifs qui existent.

Un quartier particulièrement intéressant à visiter/photographier ?

Nouveau Belgrade (Novi Beograd), la nouvelle ville construite sous Tito dans les années 70, pleine de barres d’immeubles, de tours et de grandes avenues. Les quartiers s’appellent des Blocks avec des numéros pour les repérer.

Moment préféré de la journée pour la photographier ?

Tous. A Belgrade, beaucoup plus qu’à Paris, il y a une lumière complétement folle. Je pense que cela tient à la largeur des rues, c’est une ville qui respire. Une ville lumineuse, je me régale à ce niveau là. La ville est sur le même fuseau horaire que Paris mais bien plus à l’est, cela signifie des journées qui commencent beaucoup plus tôt ou, à l’inverse, l’hiver des nuits dès 16h. Mais j’adore les ambiances nocturnes, donc c’est parfait.

As-tu un rituel à Belgrade?

Le matin, aller dans la chaîne de boulangerie locale (Hleb & Kifle) qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Paul (l’enseigne française) et qui permet d’avoir des baguettes et du pain de qualité ainsi que quelques spécialités locales.

Parlons technique, y a-t-il un type de matériel particulier que tu utilises ou conseilles ?

Une focale fixe comme partout. Un gros boîtier n’est pas un problème, les gens ne sont pas suspicieux. Je shoot avec mon 5d2, mon 35mm et mon 50mm principalement.

Tes bons plans, les adresses pour bien manger, boire et sortir ? 

L’immeuble BIGZ. L’ancienne imprimerie nationale de Yougoslavie reconvertie en une sorte de squat légal avec plusieurs clubs, des bars, des start-up, des studios de musiques…J’en dis pas plus. C’est l’endroit à voir.
Sinon les rives du Danube et de la Sava sont super bien aménagées et agréables pour la promenade. Y a un paquet de bars sur l’eau, tous différents. C’est ce qu’il faut faire.
Pour manger, une de mes adresses favorites, le restaurant « Ste je tu je », 18 Cara Dusana Street dans le centre. Ambiance serbe, bouffe locale, viande bien tendre.

J’ai retrouvé dans les archives de Photosmatons un post sur le thème du voyage. Je l’ai rédigé en 2011. Faute de pouvoir partir en vacances, je voulais en parler sur mon blog. Vaste sujet. J’avais demandé à une copine de me parler de son tour du monde. Six mois passés entre Amérique du sud et Asie : Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Chili et l’Ile de Pâques, la Polynésie française (Iles de la Société), la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Bali, Singapour et le Cambodge.

A l’époque, son récit m’a rappelé un texte du photographe Pierre Morel. Il revenait d’un séjour à Beyrouth. Dans ce post publié sur son blog (ici), il interroge la capacité de pouvoir se sentir dépaysé ou surpris en voyage dans ce monde si documenté. Les textes de Pierre et Ioana ont été publiés ensemble, pour qu’ils se fassent échos.

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« On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels… »
Nicolas Bouvier

Liban

PIERRE : « Au delà de l’exotisme propre à la destination et à son climat , c’est la concrétisation de mon imaginaire qui m’a le plus questionné. A force de concevoir le monde à travers le prisme de l’information et du document, vivre la réalité relève de l’assouvissement du fantasme. Le monde que j’imagine est idéalisé, dans le sens du virtuel, et lorsque je m’y trouve physiquement, j’ai cette sensation de vivre quelque chose que j’anticipais, l’impression de me retrouver dans un reportage ou dans un film déjà vu, le sentiment d’être derrière l’écran d’un jeu vidéo. (…)

Arrivée au Liban

Le monde carte postale existe ainsi subitement et mes déplacements ne sont que la transformation en réalité effective d’icônes que je connais déjà inconsciemment. Notre imaginaire en prend un coup ! Notre époque est si documentée que l’expérience même du voyage et de l’exotisme s’en trouve transformée. Plus de surprises, plus réellement de vraies découvertes. Notre société du spectacle m’a apporté une culture visuelle et littéraire qui ressurgit de manière soudaine lors de l’expérience vécue. (…)

Avec la standardisation des marques, des modes de consommations et des cultures, il n’existe plus de différences entre les centres des villes mondes. Des artefacts de la mondialisation nous renvoient toujours au lieu d’où nous venons. Être dépaysé, cela devient difficile (…) »

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IOANA : Qui n’a jamais vu de photos des statues de l’île de Pâques ? des temples d’Angkor ? du Corcovado ?Il faut bien reconnaître que lorsqu’on les rencontre, “pour de vrai”, la première pensée, c’est : “ah bah oui, c’est bien ça”, comme si on cherchait une confirmation de ce que l’on connaissait déjà. Et quelle déception de trouver Santiago du Chili si sembable à n’importe quelle grande ville occidentale…
Mais aucune photo, aucun reportage ne peut fidèlement reproduire les couleurs d’un soleil qui décline, les odeurs de riz et d’encens mêlés, la fraîcheur sucrée d’un ananas, la douceur d’un museau de lama.

Et comment apprend-on qu’en Argentine, tout le pays fait la sieste entre 14h et 17h ? Qu’à Singapour, tous les panneaux de signalisation sont en anglais, chinois et indien ? On peut le voir sur une photo, mais on ne le comprend seulement qu’en déambulant dans cette ville-Disney.

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Le plus doué des écrivains, de ses mots les plus affutés, ne parviendrait pas à rendre conforme au réel le craquement de la cordillère des Andes, dans le désert d’Atacama. Il faut pour cela marcher sous un soleil de plomb pendant deux heures, sur un sentier si étroit qu’il n’est possible que de mettre un pied devant l’autre. A flanc de coteau, à vingt mètres du sol. Puis dévaler une dune. Respirer enfin à l’ombre de ces canyons rugueux. S’asseoir sur une pierre hostile, et écouter.

Entendre enfin ce craquement, qui fait se sentir tout petit. Voilà pourquoi rien ne remplacera le voyage. »

Trois photographes ont accepté de partager leur souvenir photographique de 2010. Subjectif et très personnel, voici leur choix.

Souvenir 2010 de Juliette Robert ©Juliette Robert

Juliette Robert, photographe du collectif de pigistes Youpress :  » Début décembre, j’étais au Cachmire avec une journaliste de Youpress, pour faire un sujet sur les demi-veuves : ces femmes dont le mari a disparu sans laisser de traces. Quelles que soient les raisons des disparitions, cela a laissé ces épouses sans ressources, parfois sans famille et devant s’occuper de leurs enfants. Nous avons visité pas mal de foyers, toutes les situations étaient différentes. Aucune n’avait reçu de journalistes et comme je voulais des photos les plus naturelles possibles, je devais me faire oublier, c’était loin d’être évident. Lire le reste de cette entrée »

Le photographe Pierre Morel attend avec impatience la rentrée. Ce jeune photojournaliste de 22 ans ne cesse de l’écrire. Un de ses récents statuts Facebook indiquait qu’il « n’a jamais autant attendu septembre et la rentrée !… ». Bon, on a pas vraiment cherché à savoir pourquoi.

Plutôt que de le questionner sur la rentrée, on lui a demandé de raconter ses vacances (de travailleur). Et quoi de mieux, pour ça, qu’une carte postale virtuelle ? Au passage, bonne rentrée à tous les impatients de septembre ou les déjà nostalgiques d’août !

L'animateur radio Nicolas Demorand photographié au début du mois à Paris ©Pierre Morel

« Salut !

J’ai la chance d’avoir pu prendre 10 jours au calme, en Rhône-Alpes. C’était en juillet. Un travail de commande pour un magazine. Hormis ça, je suis resté travailler à Paris. C’est assez difficile à accepter le retour, début août, pour travailler. Mais c’est aussi la chance de pouvoir bosser sans les bouchons, les métros saturés et toute l’excitation, très fatiguante, qu’on trouve habituellement dans cette ville. En fait, j’ai un peu banni le mot vacances de mon vocabulaire. Le mot travail également même si je l’emploie dans cette carte postale. J’ai fait le choix de faire ce métier et d’être indépendant, ce qui implique de faire des reportages en août…C’est aussi l’opportunité de partir toute l’année presque où je veux 🙂

Cet été,  j’ai loupé la convention européenne de jonglerie où je vais chaque année depuis 5 ans. C’est le plus grand rassemblement de jongleur au monde qui a lieu pendant une semaine, l’été, dans un pays européen. Pour une fois j’avais préparé un synopsis et démarché quelques journaux pour partir en reportage. Aucun n’a répondu. A vrai dire, je n’ai pas trop forcé pour vendre ce sujet. Qu’importe, je vais retenter de le vendre pour l’édition de l’année prochaine qui aura lieu à Munich.

Si j’avais pu, je serais allé aux journées d’étés des Verts et d’Europe écologie à Nantes. J’ai envie de me remettre à la photo politique en suivant dès aujourd’hui et jusqu’en 2012 un parti et son/sa candidat/e. L’idée étant d’avoir un travail photo dans la durée… Un de mes gros projets à venir !

Dernière chose, tu m’interrogeais sur la photo de vacances idéale. Je crois qu’il faut réussir à dégager une histoire, c’est toujours mieux. Les personnes que je photographie le mieux sont mes proches et mes potes, en cela c’est l’idéal de les avoir en « photo de vacance ». J’adore photographier ma vie personnelle [à voir le reportage sur sa mère l’artiste Marie Morel]. Je considère que cela ne fait qu’un avec ma pratique professionnelle, celle qui est rémunérée. Je ne suis pas un photographe avec, en permanence, un boîtier prêt à déclencher. Cela dit  j’adore documenter mon existence et ma confrontation avec la réalité. Dès lors, oui, je reste toujours photojournaliste, même en « vacances ».

Bonne rentrée, Pierre »

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