Il ne se lasse jamais de photographier New York, je ne me lasse pas d’en parler.  Le photographe Philippe Béasse investit à nouveau les lignes de Photosmatons pour parler de sa série People of New York. Il aime rappeler ses références : Saul Leiter, Norman Rockwell, Edward Hopper, Joel Sternfeld. On continue la promenade entamée dans les rues de Big Apple avec le photographe Philippe Béasse qui a photographié les gens de New York.

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Many white and a black

« Cette photographie a été prise dans le hall de l’International Center of Photography sur la 43ème rue. Que dire ? Encore un immense cadeau, tout simplement. Je n’ai rien pu voir d’autre ce jour-là. »

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Harlem Story

« Combien de fois ne m’a-t ’on pas posé la question : «  Vous aviez vu qu’il y avait quelqu’un dans la fresque ? » A votre avis, aurai-je fait la photo s’il n’y avait eu personne ? »

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Fuck the music

« La  Hight Line ou Green Line est l’incontournable artère qui irrigue les hauteurs de Meatpacking et de Chelsea. Surplombant l’intimité des buildings qu’elle frôle ou caresse, cette ancienne voie de chemin de fer offre aux artistes de rue une connexion naturelle avec les milliers de badauds qui l’empruntent. Ici même la musique se photographie. »

Il ne se lasse jamais de photographier New York, je ne me lasse pas d’en parler.  Le photographe Philippe Béasse investit à nouveau les lignes de Photosmatons pour parler de sa série People of New York. Il aime rappeler ses références : Saul Leiter, Norman Rockwell, Edward Hopper, Joel Sternfeld.

« Photographier New York sans y associer les hommes et les femmes qui font la ville et pour lesquels la ville existe est une absurdité absolue mais une tâche tellement difficile (…) effectuer ainsi une intrusion dans le quotidien des New-yorkais qui vivent et qui travaillent demande une humilité permanente. 

Je ne me cache jamais, je m’applique à ce que le sujet me voit, puis m’oublie, semble accepter tacitement ma présence et celle de mon objectif. J’ai un genou à terre, pour retrouver la perspective des maîtres qui utilisaient les 6×6 ventraux  argentiques, je ne représente aucune menace mon 28mm est ridicule. J’ai silencieusement, du regard, demandé la permission de faire le cliché, on me l’a accordée, l’image est faite, on me l’a offerte. »

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Barber Secret in Hells Kitchen

 » Il y a une telle douceur entre ce barbier et son client, la boutique au sous-sol semble tout droit sortie de l’univers pictural de Norman Rockwell qui montre la voie et la manière de saisir un instant de vie pour en faire un moment de grâce. »

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Doorman on 42nd Street

« J’ai quinze photos de cet homme, nous avons joué ensemble, moi faisant le tour pour trouver le meilleur angle et lui tournant brusquement en souriant pour me compliquer la tâche. »

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Eating Corn in Grand Central

« Je bénie une fois encore Norman Rockwell et son humanisme de m’avoir ouvert les yeux sur l’Amérique des petites gens, cet homme dont on peut se demander où il a bien pu trouver cet épis de maïs semble tout droit sorti d’une page du Post. »

UNE VILLE, UN PHOTOGRAPHE #3. Pendant les vacances en Bretagne, Photosmatons poursuit ses rencontres… Philippe Béasse fait de la photo, depuis des années, pour son plaisir. L’autre plaisir qu’il se fait régulièrement est de s’envoler pour les Etats-Unis, un pays qu’il adore parcourir. Cet amoureux de Big Apple expose, jusqu’au 24 août, une série de photos sur la ville au château de Tronjoly, à Gourin (56).

C’est l’ambassadeur des Etats-Unis en France himself, Charles H. Rivkin, qui a inauguré l’exposition de Philippe Béasse. Et quand l’Ambassadeur se déplace, il n’apporte pas les Ferrero mais plutôt une horde de men in black…qui vous lancent des regards suspicieux parce que vous sortez fumer une clope avant la fin des causeries officielles. On ne badine pas avec la sécurité de l’Ambassadeur, assurée par les Marines. Dans ce château au nom improbable -Tronjoly-, la venue du plus jeune ambassadeur américain bouscule le cadre et le calme si champêtres. Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander pourquoi il venait à Gourin ? Le fin mot de l’histoire se trouve sur la page Wikipédia de la ville qui explique très bien les liens particuliers existants entre la mégalopole américaine et cette commune rurale bretonne. Pour des raisons économiques, de nombreux Gourinois se sont envolés aux Etats-Unis, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Beaucoup de Français vivant ou ayant vécu à New York ont un lien avec Gourin. Selon le maire David Le Solliec, ils sont 5000 New Yorkais dans ce cas, alors que la commune ne compte que 4400 habitants ! New York est la ville la plus Gourinoise du monde, plus Gourinoise que Gourin ! Je ferme cette parenthèse et laisse place au New York de Philippe Béasse.

Trois mots pour qualifier New York ? 

Energie : On la ressent en permanence, comme une secousse sismique, sourdement, voluptueusement. Il pourrait y avoir un sentiment de panique tant l’énergie est palpable. Mais, à aucun moment, on ne se sent en danger !

Audace : Il en faut pour tenter l’expérience new-yorkaise, pas pour y séjourner quelques jours ou quelques semaines mais pour s’y établir. Et quelle audace il a fallu pour élever l’ensemble de la cité vers les nuages !

Elégance : Il y a certes des écarts impressionnants entre tous les boroughs de New York mais l’ensemble créé une manière de vaisseau improbable, posé en équilibre sur l’eau comme sur le bout du monde et d’une folle élégance.

Premier souvenir photographique là-bas ? 

Les premières photos des toutes premières minutes sont prises comme le premier repas après une famine, jusqu’à l’écœurement. La  « bonne » première photo, celle qui donne un sens à toutes les autres, comme le titre d’un livre, s’impose tout naturellement et donne à une série son homogénéité et équilibre le regard.

Qu’est-ce que tu préfères photographier : les gens/l’architecture/le paysage ? 

Les gens ? C’est compliqué à New York… je n’aime pas voler les images. Il faut que j’établisse le contact lorsque je veux photographier des personnes. Les perspectives sur la ville explosent littéralement devant l’objectif. En fait, il y a eu tant de photographies faites sur New York qu’on est constamment tenté de se « censurer » pour ne pas tomber dans le cliché. Alors il reste les ambiances, les impressions, au sens pictural du terme et les sons aussi, curieusement les sons se laissent photographier. Je photographie avec mon état d’âme et les émotions du moment.

Un quartier particulièrement intéressant à visiter/photographier ?

C’est comme  si on me demandait de choisir entre mes enfants ! Mais bon, c’est le jeu. J’ai adoré photographier Coney Island, les attractions d’un autre temps, immobilisées par l’hiver, les cabanes glauques du walkboard, les boîtes à burgers ou à hot dogs. Le quartier, en déconfiture complète, est à deux pas de la superbe plage de Brighton et à 40 minutes en train du cœur de Manhattan. Il vit certainement ses dernières heures avec sa nostalgie. A mon avis, les promoteurs auront vite fait de s’approprier l’endroit. Au prochain séjour je me suis promis de découvrir le quartier de Red Hook. Il paraît que c’est une expérience incroyable.

Moment préféré de la journée pour prendre des photos ? 

Je vais à New York en hiver, pour des raisons de calendrier professionnel. J’aime me lever avant l’aube et profiter de la première lumière toute fragile, quand la ville commence à peine à s’animer…Contrairement aux idées reçues, New York s’endort aussi ! J’aime quand la ville est givrée, très tôt le matin, et qu’on peut apercevoir toute sa respiration.

As-tu un rituel dans la ville ?

On marche énormément dans cette ville. Et, il y a une chose que je fais systématiquement. Je fais les trajets dans les deux sens car les perspectives sont complètement différentes. Quand on a arpenté une rue d’Ouest en Est, il faut absolument faire le chemin inverse pour être certain de n’avoir pas manqué l’essentiel.

Y a-t-il un réglage que tu préconises ?

En travaillant les photos je remarque ne jamais monter au-dessus de 55 mm et ne jamais descendre en-dessous de 20mm.. Alors le 24-70 f :2.8 de Nikon est parfait pour moi, il fait des merveilles avec un plein format. Et je rêve d’avoir une genouillère à la jambe droite car pour retrouver la perspective des images qui m’ont fait rêver de New York (Saul Leiter), je photographie toujours un genou à terre avec une sorte d’humilité et de respect, bien vu dans les quartiers tièdes.

Aurais-tu des bons plans, des adresses à partager avec les lecteurs de Photosmatons ?

Une soirée au Fat Cat sur Christopher et la 7e, dans Greenwich Village, un club que j’ai découvert grâce à ma fille. On peut jouer au ping-pong entre les cafards en buvant des bières et en écoutant des groupes très différents. Il y a aussi le marché sous Grand Central Terminal, une balade par la ligne F qui surplombe Brooklyn de Manhattan à Coney Island. Pour jouer les touristes, on peut embarquer pour une croisière Circle Line depuis l’embarcadère de Pier 83, à l’ouest de la 43e. En hiver, le mieux est de prendre un départ vers 16h, pour voir la ville s’illuminer au retour.

Légendes : Reproduit avec l’aimable autorisation de Philippe Béasse. De haut en bas : « Sandwich man », « New York times, The grey lady », « Meet miss Subway », « Lunch time », « Rub under snow », « Barber shop », « Mr Parking », « Smoke and snow », « Trinity church ».