« J’ai fini par aimer cette enseigne brillante qui annonce « Photomaton », ce petit tabouret rond qui n’arrête pas de tourner, ce rideau court et plissé. Rien ne fait battre mon coeur plus vite que ces quatre flashes qui crépitent et étincellent en prenant ma photo. A ce moment-là, je suis qui j’ai envie d’être. Je suis le modèle et le photographe. » Signée Andrea Corrona Jenkins (a.k.a. Hula Seventy), une photographe américaine basée à Portland, la phrase est reprise par Raynal Pellicer, auteur passionné de Photomaton (éditions de la Martinière). 


Photosmatons vous invite vivement à vous plonger dans le livre ou aller consulter le site dédié qui ravira les amateurs de gif animés. Ce post n’a pas vocation à résumer le livre très bien documenté, alimenté par de nombreuses photos d’archives qui retrace l’histoire et les nombreux usages du photomaton. Nous voulons surtout découvrir son auteur. Quelqu’un qui se passionne pour cette cabine-qui-permet-de-se-prendre-en-photo-tout-seul a forcément des choses à nous dire… C’est évident. De Photosmatons Le Blog à Photomaton le livre…Conversation avec Raynal Pellicer.

D’où vous vient cette passion pour le photomaton ? 

Il y a trois ans, j’écrivais un livre sur la photographie d’identité judicaire Présumés coupables. Photomaton s’inscrit dans une suite logique, même si cette fois l’aspect identitaire passe vraiment au second plan. Autre raison, je ne suis pas photographe mais réalisateur et je trouve le procédé Photomaton extrêmement télégénique. Les bandes constituées de 4 à 8 clichés (à l’origine), pris à très courts intervalles réguliers, dans des attitudes différentes s’inscrivent sur le même principe que les bandes amovibles du praxinoscope ou du zootrope de la fin du XIXe siècle ! En enchaînant portrait par portrait, image par image, on donne ainsi l’illusion du mouvement, comme de véritables petits films d’animation, avec un charme quelque peu désuet…

Ce charme désuet qui redevient très branché…

Effectivement, il y a cet engouement pour le photomaton vintage, c’est à dire pour le procédé argentique, en noir et blanc avec quatre poses différentes. La qualité des tirages, l’instantanéité du développement et même les portraits ratés contribuent au charme du procédé. D’ailleurs, en cette période du tout numérique, d’autres procédés comme le Lomo ou le Polaroid suscitent également un nouvel intérêt !

Que pensez-vous du relooking des cabines de photomaton du métro parisien par le designer Philippe Stark ? (article du Parisien ici

La société Photomaton a enfin compris qu’elle ne pouvait pas réduire l’usage des cabines uniquement à la réalisation de portraits d’identité. Pendant des années, dans chaque cabine, on pouvait lire l’avertissement suivant :  « il ne faut pas rigoler avec vos photos d’identité ». Involontairement, cette consigne faisait écho à Roland Barthes qui déjà en 1979 écrivait « rien de tel qu’une photo « objective », du genre Photomaton pour faire de vous un individu pénal, fiché par la police « . L’idée de faire relooker les cabines par Philippe Starck rompt ainsi avec l’usage purement administratif ! Tant mieux. Pour ma part, je préfère le côté mécanique des anciennes cabines où il fallait ajuster le tabouret à la bonne hauteur pour la prise de vue…

Passons à nos questions Photomatons…Si vous aviez quatre personnes célèbres à réunir dans une cabine ?

Quatre candidats à l’élection présidentielle ! Quatre hommes et femmes politiques que tout oppose, réunis dans une même étroite cabine, collés les uns contre les autres, visage contre visage pour mieux remplir le cadre.

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