Nicolas Datiche raconte la vie après le typhon aux Philippines

02/12/2013

Nicolas Datiche est un photographe indépendant membre du Collectif Off Source. Basé à Tokyo, il nous avait fait vivre ses instants de photographie dans la capitale nippone. Après le passage du typhon Haiyan qui a ravagé les Philippines et fait plus de 5000 morts, il a décidé de se rendre dans les régions sinistrées. Voici le récit de ses quelques jours passés sur place.

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-> Pourquoi as-tu décidé d’aller aux Philippines ?

Au sein du Collectif Off Source, les catastrophes naturelles sont des thèmes que nous voulons couvrir. Depuis Tokyo, les Philippines ne sont « pas trop loin ». C’était l’occasion d’y aller et j’avais le sentiment que l’ampleur de la catastrophe avait des similitudes avec le Tohoku touché par le tsunami en 2011.

Life after the typhoon Haiyan

– > Combien de temps es-tu resté sur place ?

Je suis resté une petite semaine, rester plus longtemps en raison des conditions compliquées. Je suis parti de Tokyo avec un vol pour Cebu. Et de Cebu j’ai embarqué dans un des vols de la Pal express pour Tacloban. Le départ de Cebu a été long, très long (retard de 6 heures)…En plus des rotations militaires sur l’aéroport de Tacloban, l’avion de Pal Express qui effectue les rotations Cebu/Tacloban avait un problème de freins (il avait failli sortir de la piste à son retour de Tacloban). Ils ont dû faire venir un autre avion…

Life after the typhoon Haiyan

– > Comment as-tu travaillé ?

Les conditions de travail sur place sont assez difficiles, le manque de nourriture fait que tu dois t’alimenter avec ce que tu as prévu avant de partir. J’avais fait le stock de nourriture de survie ici à Tokyo…C’est aussi l’avantage de vivre dans une ville qui attend le big one ! Mais au bout de 3-4 jours, la nourriture de survie te sort par les yeux. Pour l’eau, ça n’a pas été trop compliqué. L’hygiène ? C’est simple, tu la laisses à Cebu…Pas d’eau courante, pas d’électricité. Et une ville dans un état d’insalubrité extrême, les corps dans les bodybags qui restent au soleil depuis une semaine, l’eau stagnante dans les ruines, les ordures rendent les conditions d’hygiène dangereuses. Surtout pour nous qui avons trop l’habitude de vivre dans des environnements aseptisés. Le minimum d’hygiène reste la désinfection des mains avec de l’alcool, le plus souvent possible. Les sinistrés (les Philippins) sont incroyablement agréables et faciles d’accès même après une catastrophe comme celle-là. Une grande majorité parle un anglais rudimentaire donc tu peux facilement échanger avec eux.

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– > Peux-tu décrire la situation sur place ?

Ce que j’ai vu sur place ? La pire situation que l’on puisse imaginer après une catastrophe naturelle. Des corps dans des sacs à tous les coins de rues. Une fois qu’ils sont ramassés par les équipes de secours, de nouveaux apparaissent. L’odeur est insupportable, les corps gonflés d’eau sont restés plus d’une semaine au soleil à 32 degrés. Tacloban ressemble à une ville rasée par un tsunami, j’avais l’impression d’être dans le nord du Japon. Sauf qu’ici les moyens font défaut, les pompiers n’ont pas de matériel pour travailler dans ces conditions. Certains fouillent les ruines en tongs !

Life after the typhoon Haiyan

– > Es-tu parti en ayant des commandes ?

Non malheureusement pas, j’ai l’impression que la presse française ne voulait pas mettre de photographes en commande sur cette histoire (hormis le Parisien qui a envoyé quelqu’un). La presse anglo-saxonne avait pour chaque canard un ou deux photographes en commande. Deux styles différents sûrement…

Life after the typhoon Haiyan

-> As-tu réussi à vendre des photos au retour ? Est-ce que ce voyage était économiquement rentable ?

Pour l’instant, comme on dit au babyfoot, je suis fanny sur ce reportage. Rentabilité 0, mais pour le collectif Off Source et même pour moi c’est une bonne expérience (certes un peu traumatisante). Je fais ce métier pour raconter des histoires et témoigner. Si je dois attendre d’être certain d’avoir un retour sur investissement pour aller témoigner, je ne vais pas beaucoup quitter mon fauteuil devant mon ordi. Par contre c’est clair que je ne peux pas me permettre de le faire à chaque fois…A un moment, c’est le banquier qui dira non.

© 2013 Nicolas Datiche/Off source. Toutes les photos sont reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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