L’inventaire des « locaux disponibles » de Michel Poulain

09/09/2012

Michel Poulain photographie les façades anciennes comme on ferait la liste des meubles pour un héritage. Il faut bien que quelqu’un se charge de faire l’inventaire. Dans les villes et villages du Finistère, ce photographe autodidacte arpente, repère et shoote. La série « Locaux disponibles » montre deux choses : des vitrines ayant pignon sur rue et ayant baissé le rideau et des anciennes façades de commerces transformées en habitation ou laissées à l’abandon. Michel Poulain enregistre les preuves visibles par tous d’un dépôt de bilan, d’un départ en retraite ou d’une envie de tenter sa chance ailleurs. L’évocation d’une époque où le commerce de proximité structurait la vie des villages, les commerçants étaient prospères et les façades de leur magasin de vraies réalisations artisanales. L’intérêt des photos est double : graphique et documentaire. Les spectateurs les plus curieux resteront sur leur fin : Michel Poulain ne documente que le visible. On n’en sera pas plus sur les histoires des personnes liées à ces locaux disponibles.  Ses photos ont d’ailleurs inspiré une nouvelle à un écrivain brestois, Arnaud Le Gouéfflec. Sortie prévue début 2013 chez Zédélé éditions (Brest).   

Comment a débuté la série Locaux disponibles ?

Lors d’un stage photo, je devais faire un exercice. L’ordre du jour était « les façades commerciales », il fallait travailler sur le lettrage, les couleurs, les formes. Lors de mes repérages dans les rues de Brest, je me suis rendu compte que beaucoup de ces enseignes, souvent celles les plus intéressantes graphiquement, appartenaient à des commerces fermés, des locaux disponibles. J’ai donc pris un peu de recul, je suis passé de l’autre côté de la rue et j’ai commencé à inclure dans le cadre toute la façade du local.

Pourquoi s’intéresser à ce patrimoine « modeste » ?

Ce patrimoine pourrait effectivement être qualifié de « modeste » au même titre que l’on parle des « arts modestes ». Je m’y intéresse parce qu’il est riche ! Au départ, il y a une curiosité frustrée. On aimerait pousser la porte, vérifier que tout est en place, que rien n’a bougé. Ensuite, parce que certaines façades sont esthétiquement très réussies. Plus que de simples vitrines, elles sont (de moins en moins) l’oeuvre d’artisans spécialisés tels que les mosaïstes ou les peintres en lettres. Il y a aussi l’intérêt historique, au sens de la mémoire, puis celui de l’économie locale d’une rue, d’un quartier, d’une ville. Enfin, l’idée est aussi de garder une trace, tout simplement.

Que représentent ces vitrines pour vous ?

Si l’expression de « locaux disponibles » ne recouvre qu’une première étape dans l’évolution de ces vitrines, c’est qu’elles s’inscrivent , le temps d’un changement de statut ou de propriétaire, sur notre carte mentale d’une rue, d’un quartier, d’une ville. Ces portes, pourtant (ou d’autant plus) closes, alimentent notre vision de la cité. Certaines en arrivent même à représenter des repères familiers…participant de sa mémoire au contraire des représentants de la grande distribution, parqués en zone péri-urbaines. En creux, en négatif, elles révèlent l’économie d’une ville.

Légendes des photos (de haut en bas) : 37 rue de Commandant Drogou Brest ©Michel Poulain, 3 rue jim sévellec Brest ©Michel Poulain, 27 rue de la libération Landerneau ©Michel Poulain, 1 rue Dr Louis Bagot Roscoff ©Michel Poulain.

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