Un mur trop blanc, c’est trop tentant…*

18/04/2012

Ouvrez les yeux et regardez les murs de votre ville. Normalement, vous trouverez. Vous trouverez la trace d’une expression spontanée qui n’a pas attendu d’autorisation pour s’afficher. Pochoir, graffitis, tags, peintures, mosaïques, collages…le street art intervient dans l’espace public, il se l’approprie de manière éphémère, parfois durable. Ce mouvement englobe, dans un bouillonnement créatif, des esthétiques et des artistes très différents. Laissons-en là l’idée de le définir sans omettre une dernière caractéristique : il ne connaît pas de frontières.

Fort de ce constat, les trois auteurs du webdocumentaire Défense d’afficher ont choisi huit artistes, dans huit villes, réparties sur plusieurs continents. Huit réalisateurs sont chargés de nous balader dans la ville et de dresser un portrait de l’artiste. « Nous voulions poser cette question « qu’est-ce que le street art dit de la ville ? », souligne Sidonie Garnier, co-auteur avec Jeanne Thibord et François Le Gall de Défense d’afficher. Il fallait aussi que les réalisateurs(rices) connaissent très bien les lieux pour qu’ils se concentrent sur l’artiste et son travail. » 

Le choix de la diffusion sur le Net s’est imposé dès le départ même si les auteurs viennent plutôt de l’univers du documentaire. « Pour nous, le street art est mondialisé comme le Net, lance Sidonie Garnier. Et il y a un parallèle évidemment entre la rue et Internet, tous deux sont des espaces libres a priori accessibles à tous et que certains tentent de contrôler ». Internet a joué un rôle important dans la diffusion du street art : les graffeurs ou bien les amateurs ont pu prendre connaissance de la production d’artistes vivants à des milliers de kilomètres d’eux. D’ailleurs, certains artistes intervenant dans le webdoc ont été repérés sur la Toile.

La déambulation virtuelle faite de films courts (de 5 à 8 min) promène l’internaute de São Paulo à New York, de Nairobi au Kenya à Turku en Finlande, de Paris à Athènes, de Bogotá à Singapour. Libre à vous de choisir l’ordre du parcours, de sauter des étapes, d’activer ou pas les bonus insérés dans chaque film. La narration a le mérite de la simplicité. Sans voix off mais à travers des plans de la ville et une interview de l’artiste, Défense d’afficher lance des pistes de réflexion. A Paris, les détournements d’affiches du street artist Ludo questionnent la présence envahissante de la pub dans notre environnement visuel. Le Brésilien Alexandre Orion médite sur le rapport de l’homme à la ville. Bastardilla, seule femme au casting, saupoudre ses peintures de paillettes. Non pas parce qu’elle est une fille mais pour symboliser l’or qui abondait en Colombie avant que le pays ne soit pillé par les Conquistadores. En Grèce, Bleeps traduit en peintures les tourments économiques et sociaux qui touchent la population.

Venus d’horizons et d’endroits divers, proposant chacun une esthétique, une réflexion plus ou moins aboutie sur leur travail, les huit personnages de ce webdoc forment néanmoins une unité. « Ce qui est frappant c’est qu’ils ont tous au départ cette nécessité de réagir à ce qu’il se passe autour d’eux, conclue Sidonie. Ils choisissent donc de le faire dans la rue, un endroit où ils se sentent bien et qu’ils connaissent parfaitement. Un pichador a cette formule géniale : « on a la ville dans la paume de nos mains ».  » Et le besoin de s’exprimer au bout des doigts.

* Le nom de ce post « Un mur trop blanc, c’est trop tentant » est un tag inscrit sur une palissade à Roubaix.

Servane PHILIPPE. 

Toutes les photos sont publiées avec l’aimable autorisation de Défense d’afficher.

Légendes par ordre d’apparition : Bankslave à Nairobi, une peinture de Bleeps à Athènes, un skatteur de Trase One à Singapour, le graffeur finlandais Pallo et l’un de ses monstres en arrière plan, l’oeuvre et l’artiste : Ludo dans un abribus à Paris.  

Défense d’afficher un webdocumentaire écrit par Sidonie Garnier, Jeanne Thibord et François Le Gall. Mis en forme par Greg Mignolini et Adrian Gandour. Avec les réalisateurs : Timo Wright, Laurie Grosset, Trevor Tweeten, Lionel Rossini, Eva Munyiri, Dimitris Petalas, Pedro Watanabe et The Shadow Director. Et les artistes : Alexandre Orion (São Paulo), Bleeps (Athènes), Ludo (Paris), Pallo (Turku), Trase One (Singapour), Bankslave (Nairobi), Bastardilla (Bogotá), Meres One (NYC).

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