Tchétchènes hors-sol et en sous-sol

12/08/2009

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A M. Grisot, par Servane Philippe

Le sous-sol – ô combien chargé d’histoire – du Centre d’histoire de la résistance et de la déportation (CHRD) de Lyon, accueille jusqu’en septembre l’exposition Tchétchènes hors-sol. En d’autres temps, les cris perçants des résistants torturés par la Gestapo ont résonné dans ces cachots*. Ils supportent aujourd’hui les images d’une autre résistance. Celle du peuple tchétchène, de cette société mutilée et atomisée par la guerre. Le prélude d’Aude Merlin, spécialiste du Caucase, détaille les conflits successifs avec le voisin russe du XIXème siècle à aujourd’hui.

En 2004 et 2005, la plasticienne Maryvonne Arnaud est partie à la rencontre d’hommes, de femmes et d’enfants qui (sur)vivent dans des camps de réfugiés en Pologne, en Turquie ou en Ingouchie. 70 000 Tchétchènes sont « installés » en Europe.  » J’ai photographié un peuple nié (…), des visages graves et dignes (…) les trous d’obus comme autant de vies détruites et autant de gestes pour détruire. J’ai compris la haine « , écrit la plasticienne. 

Peuple immortel

Certaines photos sont blanchies à l’extrême. L’oeil peine à distinguer le visage caché par cet écran volontairement opacifié. D’autres, pourtant prises dans les camps, paraissent étrangement lumineuses :  Le fil de l’expo peut sembler déroutant, parfois dur à suivre. La photographe s’interroge sur la capacité de son média à retranscrire la réalité. Le visiteur, lui, s’y retrouve grâce aux témoignages écrits et sonores. Eux seuls permettent de se rendre compte de ce que les images ne montrent pas.

Les photos de Grozny prises lors d’un voyage en 2008 apportent un contraste saississant avec celles des camps. Des portraits de Poutine et de Kadyrov s’affichent ostensiblement sur des façades d’immeubles en chantier. Une pub pour l’I-phone trône sur un trottoir impeccable. De jolies Tchétchènes se baladent en mini jupe et bottes de cuir, le pas lége et le foulard assorti au sac à main. Avec cette série de clichés, la photographe veut témoigner d’une violence plus pernicieuse. Celle qui reconstruit pour effacer, pour gommer les stigmates de la guerre. Or, derrière ces apparats et les discours officiels, il y a la réalité d’un régime qui instaure la terreur et les milliers de personnes toujours réfugiées.

Fin de la visite. Pour ne pas s’apesantir, on voudrait s’accrocher aux phrases de Soultan Iachourkaev, un auteur tchétchène :  » le peuple est immortel tant que l’espoir est vivant. Et c’est par cet espoir que vivent aujourd’hui les Tchétchènes ».

NOTE :  L’exposition Tchétchènes hors sol se tient jusqu’au 20 septembre 2009 au Centre d’histoire de la résistance et de la déportation de Lyon.

* Le CHRD est symboliquement installé dans les anciens locaux de la Gestapo qui entre 1942 et 1944, occupait le 14 avenue Berthelot dans le 7ème arrondissement de Lyon.

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